17e anniversaire du drame de Sapouy : Le Balai Citoyen chez la mère de Norbert Zongo à Kougougou

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : dimanche 13 décembre 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

Il y a 17 ans que le journaliste d’investigation Norbert Zongo alias Henry Sebgo a été assassiné alors qu’il enquêtait sur l’assassinat suspecte de David Ouedraogo, chauffeur de François Compaoré, frère cadet du président déchu Blaise Compaoré. 17 ans après ce drame, le peuple continu d’exiger vérité et justice dans ce crime. En marge de cette commémoration, le mouvement le Balai Citoyen a organisé des activités ce 12 décembre 2015 dont une conférence publique et une visite à la famille de Norbert Zongo.

Partie de Ouagadougou ce 12 décembre 2015, une délégation de la coordination nationale, de la coordination régionale de Ouagadougou et de quelques « cibals (membres du Balai Citoyen) » ont pris la route de Koudougou. Elle était attendue par la coordination régionale du Balai Citoyen de Koudougou, porteuse des activités.

Une conférence publique sur l’héritage de Norbert Zongo

C’est l’amphi 1000 de l’Université de Koudougou qui a accueilli cette conférence publique. « L’héritage de Norbert Zongo » était le thème choisi. Zinaba Rasmane, chargé à l’organisation au sein de la coordination nationale du Balai Citoyen et modérateur du jour a planté de décors de la conférence en expliquant l’esprit et la démarche : « c’est un échange franc et direct avec celui que j’appelle maitre pour que nous, jeunesse, puissions connaitre et s’inspirer de la vie et l’œuvre glorieuse de Norbert Zongo ». Le conférencier, Bétéo D. Nebié, a étalé sa communication sur « l’amitié, la vérité et la constance du combat de Norbert Zongo ». Il a beaucoup insisté sur le caractère « exceptionnel » de l’homme. Pour lui, Norbert, comme il l’appelait, ne savait pas faire la différence entre l’amitié et la vérité. Chez lui, la vérité était au-dessus de l’amitié. A travers l’Indépendant, son journal, Norbert travaillait à révéler aux yeux de tous, les faces cachés d’un régime opaque et abusif, le régime de Blaise Compaoré. Le Dr. Nebié n’a pas manqué de partager quelques expériences personnelles qu’il a vécues avec Norbert.

« En 1996, j’étais à l’Institut des Peuples Noirs (IPN), un institut qui a été créé par Thomas Sankara pour promouvoir l’image de l’homme Noir. Norbert qui croyait beaucoup à l’Institut est venu voir notre directeur pour une interview qui sera publiée dans le Journal l’Indépendant qui était le plus lu à l’époque. L’interview a été faite et publiée mais elle contenait des erreurs. Le directeur disait dans l’interview ceci :
« depuis la tenue de l’assemblée constitutive en 1990, aucune réunion statutaire de l’IPN n’a été tenue. Quand je l’ai lu, j’ai fait la remarque à Norbert en disant : tu as fait une erreur ici et il me répond : qu’est-ce que c’est ? Je lui ai fait savoir qu’il y a au moins deux réunions qui se sont tenues après l’assemblée constitutive. Il me demande si j’ai la preuve de ce que je dis. Je lui ai répondu par l’affirmatif en lui signifiant que je possède les procès-verbaux des deux réunions. Il les a pris. La semaine suivante, il a écrit un autre article dont le titre était « Institut des peuples Noirs : les mensonges du directeur général ». Il a démonté le directeur en petits morceaux en lui disant qu’il y a beaucoup de gens qui veulent faire le travail alors il peut céder la place au cas où il ne veut pas le faire ou s’il est préoccupé par d’autres choses ».}

L’état d’avancement du dossier et la volonté politique du nouveau régime qui sera bientôt installé à poursuivre les investigations afin que vérité et justice soient rendue à Norbert Zongo à beaucoup alimenté les échanges. Des témoignages ont également été enregistré dont le plus poignant fut celui d’un instituteur. « J’étais instituteur en 1998 à Sapouy, la ville où Norbert Zongo a été assassiné. Quelques temps après le drame, la nouvelle s’est rependue comme une traîné de poudre dans la ville. Nous sommes allés pour voir. Sur les lieux de l’assassinat, nous avons constaté des corps calcinés et réduits en cendre. Sauf le corps du chauffeur était toujours entier. J’ai reçu le plus grand choc de ma vie et depuis ce temps, j’ai décidé de m’engager dans la lutte ».

Pour le Dr. Nebié, chacun a une mission sur terre et Norbert connaissait la tienne et a décidé de l’assumer pleinement jusqu’au bout. Il a ainsi invité chaque jeune à chercher à découvrir sa mission sur terre à l’image de Norbert au risque de regretter son existence au soir de sa vie. Après la conférence, une visite de courtoisie a été effectuée dans la famille de Norbert Zongo.

« Bon arrivé mes enfants »

A 16h, les cibals étaient devant le domicile familial de Norbert Zongo situé au quartier Yissouka, secteur 6 de la ville de Koudougou. L’émotion se lisait déjà sur certains visages. C’est Gérard Zongo, petit frère de Norbert Zongo et deux autres membres de la famille qui ont accueilli la délégation. Les visiteurs ont ainsi été installé au milieu de la cours sous un hangar en forme de case. C’est « l’espace de maman » affirme Gérard Zongo avant d’ajouter que « la maman n’est pas trop en forme. Elle est enrhumée, mais comme elle adore ses moments, elle a tenu à vous rencontrer ». Il rentre dans une maison et sort avec Augustine Zongo née Nana, mère du journaliste Norbert Zongo. Après les salutations d’usages et explication des raisons de cette visite de courtoisie, qui s’inscrit en marge de la commémoration du 17e anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo, la délégation du Balai Citoyen a remercié la famille Zongo pour l’accueil. « C’est à nous de vous remercier » lance maman Zongo. « Merci, que Dieu vous protège et vous guide, que Dieu vous donne tout ceux dont vous avez besoin. Merci et que Dieu vous bénisse ». A-t-elle ajouté. Les propos d’Augustine Zongo ne seront pas longs à cause de son rhume. après la maman, Gérard Zongo a pris pris la parole : « ce qu’elle a dit il y a des années de cela en ce qui concerne son exigence de vérité et de justice sur l’assassinat de Norbert, elle est et sera toujours dans cette logique. Nous sommes très heureux de vous recevoir ici. Sachez aussi que grâce à vous et aux visites d’autres personnes en famille ici, nous aussi on en profite pour découvrir des choses que la maman ne nous explique pas toujours ». C’est avec intérêt que les jeunes du Balai Citoyen, qui pour la plupart étaient à leur première visite dans la famille Zongo, ont suivi ces échanges. Ils ont promis de maintenir la flamme afin que vérité et justice soient rendues à Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune.

Après une séance photo, la visite a pris fin avec d’autres bénédictions et encouragements de la part de dame Augustine Zongo, mère de Norbert Zongo qui était très émue de cette visite de ces « enfants, petits fils et petites filles ».

Ismaël Compaoré

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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