Agriculture en Afrique : Quand les chefs d’Etats africains ne tiennent pas leurs promesses

PAYS : Mali
DATE DE PUBLICATION : mardi 24 juin 2014
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

« Nous, Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine réunis en la deuxième session ordinaire de notre Conférence du 10 au 12 juillet 2003 à Maputo [1] (…) déclarons notre engagement à redynamiser le secteur agricole, y compris l’élevage, les ressources forestières et les pêcheries par l’introduction de politiques et stratégies spécifiques au profit des petites exploitations traditionnelles des zones rurales (…) ; mettre d’urgence en œuvre le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) et les projets pilotes prévus et les Plans d’action évolutifs pour le développement agricole aux niveaux national, régional et continental. A cette fin, nous convenons d’adopter des politiques saines de développement agricole et rural et d’allouer chaque année au moins 10% de nos budgets nationaux à leur mise en œuvre, dans un délai de cinq ans (…). »

11 ans après la conférence de Maputo, seulement 8 sur les 54 pays d’Afrique ont tenu leurs promesses à savoir l’allocation d’au moins 10% de leurs budgets nationaux dans le secteur agricole [2]. Quel déshonneur ? Quelle catastrophe ? Quel manque de volonté ? Quel crime ? Face à l’avancée exponentielle du dessert et la croissance de la famine dans les pays africains, je qualifie ce manque de volonté de nos décideurs politiques comme un crime contre l’humanité. Oui un crime contre l’humanité, combien d’enfants meurent en Afrique par an à cause de la famine, de la malnutrition et de la disette des denrées de la première nécessité, qu’en est-il de la disparition des bovins sahéliens par la de faim et la soif, l’érosion hydraulique etc.

L’autosuffisance alimentaire un préalable pour le développement

A l’occasion du 10e anniversaire du lancement du Comprehensive Africa Agriculture Development Programme (CAADP) à Addis-Abeba, Carlos Lopes, secrétaire général adjoint de l’ONU et secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) a dit que : « L’Afrique n’est toujours pas parvenue à l’autosuffisance, alors que la Chine et l’Inde, qui disposent de 3 à 6 fois moins de surfaces cultivables disponibles, y sont arrivées. » [3]. Quel contraste ? Le continent noir a besoin d’une révolution verte pour ne pas dire la révolution agricole comme celle des autres continents : l’Amérique, l’Europe et même l’Asie. La chine et l’Inde par la révolution verte sont parvenues à une autosuffisance alimentaire alors pourquoi pas nous l’Afrique noire. L’autosuffisance alimentaire un préalable pour le développement d’un continent, et même pour la mise en place d’une bonne démocratie. Sinon comment peut on demander à quelqu’un qui ne sait pas de quoi se mourir demain de protester pacifiquement contre décision politique, en un mot de faire une opposition politique contre un régime.
Dans mon pays natal le Mali, 7,2% du budget national était accordé au secteur agricole en 2013. Lors du lancement de la campagne agricole de 2014, le président de la république M. Ibrahim Boubacar Keita a promu d’allouer 15% du budget national au secteur agricole. Une initiative à saluer mais d’après les anglais ‘Wait and See’

Qui sont les responsables de ce retard qu’accuse l’Afrique sur la sécurité alimentaire ?

Le 13 janvier 1984, Ernest Stern, vice-président senior de la Banque Mondiale, dans un symposium sur l’agriculture, reconnaissait : « Tout comme les autres donateurs, je pense qu’il est honnête de dire que, parmi toutes nos réalisations, nous avons échoué en Afrique. Nous n’avons pas bien compris les problèmes ; n’avons pas identifié les priorités ; nous n’avons pas toujours conçu nos projets pour les adapter à la fois aux conditions agro-climatiques et aux structures sociales, culturelles et politiques de l’Afrique … Nous, et tous les autres, sommes encore dans l’incertitude au sujet de ce qui peut être fait pour l’agriculture de l’Afrique. » Apres avoir lu cet aveu, on peut comprendre en partie pourquoi les Aides au Développement ont échoué en Afrique.

Ceci dit, il est toujours facile d’indexer une personne physique ou morale pour une faute, et nous-mêmes les fils du continent noir, sommes nous aussi comptables de ce retard qu’accuse l’Afrique sur le plan de la sécurité alimentaire ? La réponse est oui, nous sommes aussi responsables et au même titre que les autres.

J’accuse la majorité des dirigeants africains d’avoir d’abord profité des privilèges du pouvoir, en vivant largement au dessus des ressources du pays. Que nos élites renoncent aux avantages et dépenses somptuaires dans les capitales et les grandes villes au profit d’une révolution verte pour le devenir de la terre commune qui est l’Afrique.

Dans les années 60s, l’Asie était dans une situation semblable à celle de l’Afrique actuelle, mais la révolution verte a eu lieu et elle est parvenue à une autosuffisance alimentaire. Une secousse politique animée d’une une bonne volonté politique pourra bouleverser la tendance comme en Asie.

Une autre Afrique est possible.

« Nos descendants ont des droits sur nous »

Article initialement publié sur le blog de Issa Bala SANGARE

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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