Burkina : Allô police ! Qu’y-a-t-il après Sollé pour que vous nous abandonnez à notre sort ?

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : vendredi 25 mai 2018
CATEGORIE : Articles
THEME : Santé

Il est 7H15 GMT devant le bureau de l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) à Djibo (Sahel du Burkina Faso), deux pick-up de la police encadrent le convoi d’humanitaires et de journalistes qui vient de démarrer en partance pour Sollé, localité classée « rouge » et située à environ deux kilomètres du Nord du Mali.
L’UNHCR a eu écho de l’arrivée dans le septentrion burkinabè, de nouveaux demandeurs d’asile ayant fui la reprise des violences intercommunautaires entre populations peulh et dogon, depuis février 2018 à Coro dans la région de Mopti (Centre du Mali).

Crédit photo : H. Zouré


Tout le long du trajet qui relie Djibo (200 Km de Ouagadougou) à Sollé, le convoi à vive allure fend la savane dans un immense nuage de poussière. Le paysage qui se présente est récurrent. Des bergers promènent leurs troupeaux de bœufs et moutons à la recherche de pâturages et d’eau.

-Un environnement hostile et monotone-

Par endroit, des chameaux disputent avec les ânes les dernières feuilles vacillant sur les épineuses qui meublent la région du Sahel burkinabè. Dans de petits campements constitués de huttes et maisons de fortune en banco, des femmes font claquer les pompes pour recueillir de l’eau, une denrée précieuse dans cette partie du pays. Certaines, baluchons sur la tête, marchent à travers la savane.

Dans la savane, des policiers et gendarmes détachés procèdent à des contrôlent d’identité sur des nomades souvent enturbannés, à pieds, motos ou à vélo.

A diverses étapes du parcours, l’on aperçoit des chantiers de constructions (routes, écoles) dont certains demeurent en travaux mais d’autres abandonnés. Puis après 28 kilomètres de route, l’atmosphère convivial qui accueille le convoi à Pobé-Mengao (commune rurale) rompt avec la monotonie et le long silence depuis Djibo.

-Il y a de la vie au Sahel-

Là, des habitations à construction modernes avec électrification solaire côtoient des boutiques, des vendeuses à l’étalage en bordure de route, des chaleureuses discussions dans des kiosques, des antennes paraboliques avec un système administratif actif : mairie, écoles, entre autres.

Pobé-Mengao est la dernière commune rurale de la province du Soum en rentrant dans la province du Loroum qui a pour chef-lieu Titao, à 68 Km de Djibo. Toulfé se présente comme l’une des premières communes rurales du Loroum, relevant administrativement de Titao. Il s’agit d’une localité abritant plusieurs communautés dont les plus majoritaires sont les Foulssé et les Peulhs.

A Toulfé, les populations sont à la fois agriculteurs et éleveurs. Elles produisent essentiellement le petit mil et le sorgho dans les champs et les bas-fonds pour leur consommation. Un peu plus loin à Rimassa, des chameaux et des huttes démontrent le caractère précaire des habitants vivants dans un environnement hostile et aride.
Entre 9H00 – 9H15, le convoi marque une brève escale au Haut-Commissariat pour des formalités d’usage avant de poursuivre le chemin pour Sollé. Après Titao, les humanitaires et journalistes retiennent leur souffle car la route de Sollé est quasi-déserte, exceptée les petits campements, et réputée « dangereuses et sensibles ».

-La peur au ventre, on roule dans l’incertitude-

En traversant concomitamment des sentiers sablonneux et épineux, le convoi arrive vers 10H14 GMT à Sollé. Sur le mur du commissariat de police, des couches de ciment tentent de dissimuler les impacts de balles de l’attaque perpétrée sans faire de victime, dans la nuit du 15 au 16 octobre 2017 par des hommes lourdement armés et présentés comme proches de Al-Qaïda.

En face du commissariat, les élèves parés de leurs tenues kaki poursuivent les cours en cette fin d’année scolaire au Burkina Faso, à la différence d’autres localités du Sahel où des écoles sont fermées en lien avec la situation sécuritaire qui prévaut dans cette région.

Selon le Premier ministre burkinabè Paul Kaba Thiéba, en avril 2018, la sécurité volatile dans cette partie du pays a entrainé la fermeture d’au moins 200 écoles (primaires et secondaires), affectant du coup près de 900 enseignants avec plus de 20.000 élèves.

A environ 500 mètres du commissariat, on marque une longue pause pendant une heure de temps, en vue d’évaluer le risque de rallier le village de Bargo, où attendent les demandeurs d’asile que l’UNHCR a prévu de convoyer au camp de réfugiés de Mentao, à 10 Km de Djibo.

Pendant les tractations entre les différentes composantes du convoi, arrivent à bord d’un vélomoteur « tricycle » rouge, deux familles peulhs maliennes (12 personnes) composées d’un couple de septuagénaire, accompagné d’adolescents et d’enfants dont certains encore allaitant, agrippés aux seins de leurs mères.

« Allons à Bargo, à la frontière malienne »

Outre ces 12 réfugiés maliens qui ont fui les conflits à Mopti (Centre du Mali), 25 autres attendant l’UNHCR à Bargo, jouxtant la frontière nord du Mali. In fine, le convoi se résout à continuer le trajet, sans les policiers qui escortaient le convoi jusque-là.

La stupéfaction est perceptible sur les visages : « Qu’y-a-t-il après Sollé pour que les policiers chargés de notre sécurité décident d’interrompre leur marche ici ? », s’interrogent intérieurement ou à haute voix plusieurs membres de la délégation.
« Ont-ils des informations sensibles qu’ils nous cachent ? », s’étonnent certains. Tout compte fait, le temps presse et il faut se rendre à Bargo de sorte à être de retour à Mentao avant le coucher du soleil.

La frayeur dans le ventre et neutralisé par le sentiment de relever un défi, le convoi démarre et fend à toute vitesse la savane, sans aucun arrêt jusqu’à destination. En une demi-heure à peine, le personnel humanitaire et les journalistes rejoignent les 15 autres demandeurs d’asile, qui ont déjà préparés leurs bagages.

Une partie du personnel administratif avec à sa tête le préfet de Sollé, Issouf Ouattara, suit également la délégation. Au bout d’une vingtaine de minutes, les réfugiés, leurs bagages ainsi qu’une partie de leurs bétails (moutons) sont installés dans des véhicules spécialisés.

Sur place, une patrouille du Groupement des Forces Anti-Terroristes (GFAT, armée burkinabè) nous surprend en plein travaux et se propose de raccompagner le convoi jusqu’à Sollé. Quel soulagement !

Le retour à Mentao

De retour à Sollé, les policiers restés autour de la préfecture, reprennent la tête du convoi qui entame une course contre la montre en direction de Mentao.
Une fois au camp de réfugiés de Mentao, les réfugiés sont accueillis et installés par un personnel d’accueil composé notamment d’agents de l’UNHCR et de la Commission Nationale pour les Réfugiés (CONAREF).

Sauf qu’il est presque 17H00 GMT et « les journalistes doivent quitter Mentao » pour rallier leur pied-à-terre à Djibo. « Les consignes sécuritaires sont stricts », lance un humanitaire.

Le poste de police du camp de réfugiés de Mentao a subi trois attaques armées depuis 2017, dont la plus récente, perpétrée le 10 mai, a occasionné d’énormes dégâts matériels sans faire de victime.

Hassimi Zouré

« Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».

Nelson Mandela, in Un long chemin vers la liberté.

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