Un conflit inter-communautaire entraîne un mort, des blessés et de nombreux dégâts matériels

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : vendredi 5 février 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

Bilga-mossi et Bilga-fulbé, deux villages, dans la commune de Nasséré, province du Bam, ont fini par perdre leur sang-froid, brisant du même coup, la cohabitation légendaire et exemplaire qui a toujours existé et caractérisé ces deux communautés. Un litige foncier portant sur une petite superficie de moins de 100 m2, pourtant inclue sur une terre à perte de vue que plusieurs générations de ces deux communautés peuvent exploiter à souhait, a dégénéré en affrontement. Bilan : un mort, 4 blessés et de nombreux dégâts matériels du côté de la communauté peulh et un blessé dans le camp de la communauté mossi.

Tout a commencé ce 24 janvier 2016, mais le malaise entre les deux communautés semble être centenaire voire plus, tellement les versions des deux cotés sur l’origine du village, de l’installation des peulh puis des mossis dans le village divergent. Ahmadoum Sondé, jeune peulh, a payé au prix de sa vie cette mésentente. Il a décidé de construire sa maison sur un terrain querellé. Après une interpellation de la communauté mossi, le jeune Ahmadoum a néanmoins poursuivi son chantier sous les ordres de son père Sondé Korka. Il est pris à parti et assommé par un groupe de jeunes de la communauté mossi armés de machettes, de gourdins et de cailloux. Conduit d’abord au centre de santé de Kongoussi, il est ensuite transféré à l’hôpital Yalgado de Ouagadougou ou il perd la vie.

Sondé Korka, père du défunt, est selon la communauté mossi, l’homme par qui tout a commencé. « C’est un envahisseur, un imposteur venu annexer nos terres. Il veut rendre la vie difficile à tout le monde dans ce village. Nous allons en finir avec cette histoire une bonne fois », nous a confié Ouedraogo Paulin de Bilga-mossi. « Je n’ai pas de problème avec quelqu’un dans le village. Je me suis toujours entendu avec la communauté mossi. C’est peut être une crise de jalousie sur ma personne si des gens estiment avoir des problèmes avec moi », a rétorqué Sondé Korka que nous avons rencontré à Kongoussi, à sa sortie d’hôpital accompagné de sa femme et de sa fille, également blessées lors de l’attaque.

Suite à ces échauffourées ayant entraîné la mort du jeune peulh Ahmadoum Sondé et des blessés, le parquet de Kongoussi s’est saisi du dossier et 06 personnes ont été mises sous mandat de dépôt le 1er février 2016 pour « coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort »

Dans la nuit du 1er au 2 février 2016, des jeunes de la communauté mossi, pour exiger la libération de leurs parents, sont allés attaquer Bilga-fulbé et brûler des concessions. « Nous avons posé cet acte pour montrer que nous ne sommes pas contents et qu’il faut libérer nos parents », nous a confié Ouedraogo Moumouni. Pour les jeunes de la communauté mossi, les arrestations ont été traitées avec partialité. « Pourquoi, aucun peulh n’a été interpellé ? Vous comprenez pourquoi ? », nous a lancé à son tour Ouedraogo Paulin.

Des éléments de la police de Kongoussi, appuyés par ceux de Kaya et des CRS venus de Ouagadougou se sont rendus sur les lieux, aux heures chaudes pour calmer la tension. La police judiciaire aussi y était. Selon le Procureur du Faso près le Tribunal de Grande Instance de Kongoussi, M. Kaboré, en plus du décès du jeune Ahmadoum Sondé et des blessés, les dégâts matériels enregistrés font état « de l’incendie d’un grenier contenant 20 sacs de maïs et des tiges de maïs, 4 cases, 10 poulets, 5 nattes, 7 seccos et des habillements pour enfants ».

La procédure judiciaire suit son cours. La communauté mossi continue d’exiger, en donnant des ultimatums, la libération des 6 personnes mises sous mandat de dépôt. Les menaces de certains jeunes font froid dans le dos. Certains membres de la communauté peulh, en majorité des femmes et des enfants, suite à l’attaque, sont en cavale, sans approvisionnements conséquents pouvant leur permettre de tenir longtemps. Ceux restés sur place craignent toujours pour leur vie si toutefois les hostilités venaient à reprendre. Les autorités politiques et administratives sont donc vivement interpellées pour un meilleur traitement de l’affaire avec diligence. Le problème est connu, la menace permanente et si rien n’est fait pour que la quiétude revienne entre ces deux communautés, elles en porteront une partie de la responsabilité si toute fois le pire venait à advenir.

Le Procureur du Faso près le Tribunal de Grande Instance de Kongoussi en est bien conscient. Il a lancé un appel au calme et à la retenue. « J’appelle les populations à faire confiance à la justice plutôt que de privilégier les règlements de compte ». Vivement que cet appel soit entendu pour qu’enfin la paix et la quiétude légendaire reconnues aux burkinabè reviennent entre les populations de Bilga-mossi et Bilga-Fulbé.

Nous reviendrons plus en détail sur cette affaire.

Ismaël COMPAORE

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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