Collectif TÉKRÉ : « Que le bilan du Président COMPAORE soit négatif ou positif, la Constitution lui commande de céder sa place »

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : lundi 29 septembre 2014
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique
AUTEUR : Redaction

En cette période d’ébullition politique au Burkina Faso autours du projet de modification de la constitution porté par le camp présidentiel, des mouvements et associations se mobilisent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays pour leur barrer la route et faire respecter la loi fondamentale. Au nombre de ses structures figure le Collectif TÉKRÉ, un regroupement de jeunes burkinabè vivant aux Etats-Unis. Dans une interview exclusive accordée à DROIT LIBRE TV, le collectif trouve que la situation politique du Burkina Faso exige ce genre de regroupement et une synergie d’actions partout dans le monde parce qu’« il est question de changer la Constitution de notre pays pour des velléités de pouvoir à vie ».

DLTV : Présentez-nous le « Collectif TÉKRÉ » ?

Collectif TÉKRÉ  : Le Collectif TÉKRÉ est un regroupement des ressortissants burkinabés résidant aux Etats-Unis. Nous sommes pour la plupart jeunes de tous les milieux de la société. TÉKRÉ se veut de participer au débat actuel concernant le respect des institutions et la démocratie au Burkina Faso.

DLTV : Pourquoi créer un tel collectif hors des frontières de votre pays ?

Collectif TÉKRÉ : Vivre à l’extérieur ne veut pas dire ne plus appartenir à son pays d’origine. Nous avons aussi le devoir de participer à la vie de la nation. L’Archibishop Desmond Tutu a dit :’’Si tu es neutre en situation d’injustice, alors tu as choisi le côté de l’oppresseur’’. Nous avons créé le collectif pour donner de la voix et témoigner de notre soutien indéfectible aux frères et sœurs qui se battent sur le terrain afin que nos institutions démocratiques soient respectées. Si on peut se réunir au Burkina pour une cause c’est qu’ici aux Etats-Unis, les burkinabè peuvent aussi se retrouver en collectif pour défendre nos valeurs de justice sociale et d’intégrité. Et la situation aujourd’hui en vaut la peine car il est question de changer la Constitution de notre pays pour des velléités de pouvoir à vie. Nous avons choisi de ne pas être neutre et d’être du côté du peuple c’est-à-dire de la justice et de la démocratie.

DLTV : Quels sont vos objectifs et moyens d’actions ?

Collectif TÉKRÉ : Notre objectif global est de contribuer à l’avènement du changement et au respect de nos institutions démocratiques. Nous ne sommes donc pas partisan du tripatouillage de nos textes fondamentaux tels que la constitution pour faire plaisir à un seul burkinabè aussi spécial soit-il. Pour l’instant, nous avons choisi la musique comme canal d’expression. A travers la chanson TÉKRÉ, nous appelons les différents acteurs de la scène politique à mettre tout en œuvre pour que l’intérêt du Burkina Faso prime sur leurs intérêts personnels. Notre musique se veut donc d’accompagner tous les mouvements de lutte sur place au Faso pour le changement et la démocratie. Cette chanson est aussi un appel à la sagesse et au « sougri » pour que le changement tant désiré par le peuple Burkinabè s’effectue de manière ordonnée et dans le calme.

Nos moyens d’actions sont d’abord la sensibilisation de la diaspora. Nous encourageons chacun à bien se former dans son domaine, à apprendre beaucoup et aussi à être prêt pour partager l’expertise au pays quand besoin se fait sentir. Nous en appelons donc au patriotisme des gens. Le second moyen d’action concerne l’utilisation des réseaux sociaux. Ayant beaucoup de membres du show-biz burkinabés ici, l’occasion était rêver de produire une chanson facile à véhiculer et difficile à censurer car les réseaux sociaux aujourd’hui ont une force inimaginable. Enfin, l’union faisant la force, nous sommes en train de conjuguer nos efforts avec les autres diasporas pour que le combat gagne en ampleur.

DLTV : Vous êtes donc un mouvement qui prône l’alternance en 2015 au Burkina Faso, quel bilan faites-vous alors des 27 ans de règne de Blaise COMPAORE ?

Collectif TÉKRÉ : Ce n’est pas notre rôle de dresser un bilan exhaustif des 27 années de règne du régime Compaoré. Nous laissons le soin aux historiens burkinabè et africains de s’acquitter de cette tâche. Ce que nous pouvons simplement dire, c’est que Blaise Compaoré est un fils du pays qui a apporté sa contribution à l’édification de notre nation. Il a fait ce qu’il pouvait, nous lui en remercions et nous pensons qu’il est temps de passer la torche à une nouvelle génération de burkinabè pour qu’eux/elles aussi puissent poursuivre le combat pour notre peuple. Les nations se construisent à travers des générations de défis et d’innovation et une seule personne ne peut à elle seule posséder tout le talent et l’énergie nécessaire pour s’occuper des préoccupations légitimes de notre peuple sur deux générations. Les hommes qu’ils soient fort ou pas passent et le peuple restera. Nous sommes en démocratie et que le bilan du Président Compaoré soit négatif ou positif, la Constitution lui commande de céder sa place à un autre fils/fille de ce pays qui viendra bâtir sur les acquis de son régime.

DLTV : Vous avez la particularité d’utiliser la musique comme arme de conscientisation et de revendication, pensez-vous qu’elle soit une arme efficace et suffisante ?

Collectif TÉKRÉ  : Si la musique peut adoucir les mœurs c’est qu’elle peut aussi remuer les méninges. La musique a toujours été le moyen le plus efficace depuis des siècles à faire passer les messages (bon ou mauvais). Nous sommes pacifistes et étant loin du pays, le moyen le plus rapide et efficace de toucher le peuple sans se déplacer est la musique. Dans le combat des nations pour la liberté des peuples, chacun apporte sa pierre à la construction de l’édifice. Rien n’est à négliger.

DLTV : Avez-vous d’autres formes d’actions ?

Collectif TÉKRÉ : Le regroupement des forces vives de la diaspora est une force à ne pas négliger. Des actions seront concrétisées dans les semaines à venir et nous vous tiendrons au courant de tout mouvement dans ce sens.

DLTV : Ces derniers mois, le Burkina Faso a enregistré la naissance de plusieurs mouvements et associations citoyennes poursuivant les mêmes objectifs que vous. Avez-vous été inspiré par une ou plusieurs de ces structures ?

Collectif TÉKRÉ : Absolument. Nous avons voulu témoigner de notre soutien indéfectible à tous ces mouvements sur le terrain en produisant cette chanson. Et si aujourd’hui nous avons plusieurs mouvements et associations qui prônent le respect de la Constitution, c’est que quelque part quelque chose ne vas pas. En tant que jeunes, c’est notre pays et il s’agit de notre avenir. Nous avons donc le devoir de répondre présent à l’appel. Ce que nous avons à faire maintenant, c’est de conjuguer nos efforts pour plus d’efficacité sur le terrain. C’est pour cette raison que nous n’avons pas voulu faire du collectif TÉKRÉ un mouvement.


DLTV : Quelles sont vos connexions avec les autres structures sœurs de la société civile sur place au Burkina ?

Collectif TÉKRÉ : Nous avons de très bons rapports. Si nous prônons l’union de tous pour cette lutte, la moindre des choses c’est de montrer la voie nous-même. C’est pour cela que nous avons d’abord voulu démontrer cette union au niveau des ressortissants burkinabé sur le sol américain.

DLTV : Avez-vous une affiliation avec un parti politique ?

Pas du tout.

DLTV : Pouvons-nous nous attendre à une descente du « Collectif Tékré » au Burkina ou à la création d’une représentation locale ?

Collectif TÉKRÉ : Rien n’est à négliger aujourd’hui et tout se fera en fonction de l’évolution de la situation.

DLTV : A l’image de votre single à succès « TÉKRÉ », qui « somme le président COMPAORE de respecter la constitution », quel message avez-vous à lancer au peuple burkinabè en général et en particulier aux jeunes qui vous adulent ?

Collectif TÉKRÉ : Seule l’union fait la force. Le burkinabè doit rester serein et savoir que l’histoire nous a démontré que l’on a toujours pu régler nos propres problèmes en famille. Et personne ne viendra pleurer à notre place pour quoi que ce soit. Nous encourageons les jeunes à toujours travailler main dans la main et surtout de s’engager pour apporter leur contribution dans cette lutte. Ce combat va au-delà du maintien en l’état d’un article de la Constitution. Ce qui est en jeu, c’est notre capacité à démontrer aux acteurs politiques de tout parti politique confondu que nous n’allons plus nous laisser faire sans réagir sur cette terre sacrée du Burkina Faso. Nous ne voulons plus être une jeunesse sacrifiée sur l’hôtel des ambitions politiques de X ou Y. Nous avons des préoccupations légitimes et il est grand temps que ceux qui animent la scène politique le comprenne. Si notre jeunesse se met debout, s’organise dans l’union, alors on pourra réclamer ce qui nous revient de droit : notre dignité, du pain, de l’eau potable, la santé, une éducation de qualité, et surtout des emplois. Tout cela ne verra pas le jour tant que nous la jeunesse burkinabè ne se mobilisera pas pour mettre la pression sur les hommes et femmes politiques qui nous gouvernent.

DLTV : Quel est votre mot de la fin ?

Collectif TÉKRÉ : Lors du premier voyage du président américain Barack Obama en 2009 en Afrique, il a dit ceci : « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ». Aujourd’hui Blaise Compaoré venu participer au sommet USA-Afrique nous dit qu’il n’y a pas d’institutions fortes sans des hommes forts.

Nous sommes d’accord mais la question qui se pose au niveau du Burkina est la suivante : Si en 27 ans le Burkina n’a pas eu d’institutions fortes, c’est qu’il n’y a pas eu d’hommes forts pour bâtir de telles institutions. Dans ce cas, il faudra donc laisser la place à d’autres hommes/femmes forts (es) ou pas de venir construire nos institutions sous la vigilance du peuple.

« Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ».

Article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH)

img