Condamnation du journal "Le Reporter" : La SEP proteste

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : vendredi 7 août 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Médias
AUTEUR : Redaction

Le directeur de publication du bimensuel « Le Reporter » a été condamné à une peine d’emprisonnement de 3 ans fermes par le tribunal de grande instance de Ouagadougou dans un jugement rendu le 23 juillet 2015. Le journal a été astreint en justice pour diffamation par l’avocat, maître Bouyain Armand.

Suite à un procès où les confrères et leur conseil ont démontré de fort belle manière la véracité des faits avec des preuves irréfutables et, malgré les incohérences et failles manifestes dans le dossier de l’accusation, Boureima Ouédraogo, un journaliste émérite de notre presse nationale se voit infliger une peine de prison de trois ans et une amende de 300 mille francs CFA. La société des éditeurs de la presse privée du Burkina (SEP) se réjouit que appel ait été fait suspendant la décision. Cependant, elle proteste vivement contre cette sentence issue d’un procès dont l’impartialité et l’objectivité peuvent être critiquées mais qui est aussi nettement en déphasage avec les actions en cours pour redorer le blason de notre législation en matière de répression des délits de presse.

En effet, le gouvernement de la transition a tenu le pari de moderniser la législation en matière de presse. Dans ce sens, le projet de loi sur le régime juridique de la presse adopté en sa séance extraordinaire du conseil des ministres le jeudi 30 juillet 2015 consacre la dépénalisation des délits de presse. L’emprisonnement des journalistes est une pratique désormais rétrograde que bannissent tous les Etats qui s’honorent, qui ont à cœur de s’inscrire en démocratie et qui respectent la liberté d’expression et de presse. Dans le cadre du Burkina Faso, il faut dire qu’après plusieurs années de débats pluriels et un travail de conscientisation mené en profondeur, il est de notoriété publique qu’aujourd’hui, une vision quasi-générale s’est dégagée sur la nécessité d’abroger les peines privatives au profit des peines d’amende concernant les délits de presse. Cette prise de conscience a induit les récentes avancées législatives positives contenues dans la nouvelle loi sur la presse soumise à l’examen et à l’adoption des députés de la Transition. C’est donc avec regret qu’on constate que la peine d’emprisonnement est encore d’actualité dans les tribunaux et continue d’être requise à l’encontre des journalistes.

Tirant conséquence de ce qui précède, la SEP voudrait :
- Apporter son soutien moral au directeur de publication de « Le Reporter » et à l’ensemble du personnel du journal ;
- protester vivement contre la condamnation à la peine de prison de notre confrère car elle est antidémocratique ;
- saluer les efforts du gouvernement de transition et ceux du président du CNT pour le travail de modernisation en cours sur la législation en matière de presse,
- appeler les députés de la Transition à examiner avec esprit de suite les projets de lois sur la presse de façon générale qui leur sont soumis et comportant la dépénalisation des délits de presse afin de permettre l’adaptation de nos textes relatifs aux médias à l’évolution des sociétés démocratiques et aux standards internationaux en matière de liberté de la presse ;
- exprimer son entière disponibilité à apporter toute contribution aux travaux du parlement de transition sur toutes les questions en relation avec les nouvelles lois sur les médias et particulièrement celles liées à la dépénalisation du délit de presse.

Le président
Lookmann SAWADOGO

« Oui, nous [Blaise Compaoré et moi] habitons l’un en face de l’autre. Je l’ai invité à déjeuner. Nous avons échangé sur ce qui lui est arrivé, car, comme moi, il a subi un coup d’Etat. Je l’ai trouvé serein et je crois que je suis un exemple pour beaucoup. Il faut de la patience, de la sérénité … Le temps est un facteur important. »

Henri Konan Bédié in J.A n°2945 du 18 au 24 juin 2017.

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