Corruption : « monsieur, allez pisser avant de revenir ! »

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mardi 9 décembre 2014
CATEGORIE : Articles
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

La corruption et encore la corruption et on en parlera encore longtemps. Du plus petit au plus grand, les pratiques demeurent les mêmes partout. Aucun pays de la planète n’est épargné. Mais comme presque toujours, lorsqu’il s’agit des mauvaises pratiques, l’Afrique est en tête du peloton. Les rapports établits par les organisations de lutte contre la corruption sont ahurissants. Généralement c’est au plus haut sommet qu’on trouve les corrupteurs et les corrompus les plus redoutables du pays.

Dans le rapport du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) de 2013, 96% des 2000 enquêtés indiquent que la pratique de la corruption est fréquente ou très fréquente et près de la moitié des enquêtés notent un accroissement du niveau de la corruption. Ce constat démontre bien à quel point la corruption est présente dans la société Burkinabè et par ricochet partout ailleurs. Toujours dans le rapport du REN-LAC, il est mentionné que 23 528 925 FCFA ont été injectés dans les transactions financières des pratiques corruptrices. Et qui sait ce qui se passe ailleurs, au Togo, au Bénin, en Côte d’Ivoire, etc. ? Ce sont sans doute des milliards qui disparaissent injustement vers des destinations inconnues. Qui n’a jamais entendu, en Côte d’Ivoire, un policier, au bord de la route inviter un passager en ces termes : « monsieur, allez pisser avant de revenir ». Ou au Niger : « vos papiers sont au complet mais nous sommes au soleil depuis le matin ». Le comble c’est que ce sont des structures destinées à éradiquer ou du moins à limiter cette pratique aussi vieille que le monde qui s’y adonnent à cœur joie.

Au Burkina Faso, la douane depuis longtemps maintient sa place au premier niveau. Elle est suivie de près par la Direction générale des transports terrestres et maritimes(DGTTM) et la police, quant à elle occupe la troisième place. Les exemples comme ceci sont légions.

Portant des sobriquets aussi variés et multiples tels que « pot-de-vin », « mouiller la barbe », « deal », « kène », « affaires » ou tout simplement « arrangement », ce fléau a à son actif plusieurs causes : pauvreté, injustice, impunité, partage inéquitable des ressources, faibles revenus … et les conséquences sont dramatiques. La corruption engendre des résultats économiques inefficients, entraîne une mauvaise répartition des talents en faveur des activités de recherche de rentes, fausse les priorités sectorielles etc.

Bref, d’une manière ou d’une autre chacun justifiera l’acte causé pour se donner raison mais ce qui est évident c’est que la corruption, sur toute la ligne est néfaste et ce, pour tous.

Vivement que les chaines de cette pratique honteuse, ennemie du développement soient définitivement rompues et les coupables et complices démasqués et punis à la hauteur de leur forfaiture !

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

img