Côte d’Ivoire, le malaise dans l’éducation nationale se fait grandissant…

PAYS : Côte d’Ivoire
DATE DE PUBLICATION : jeudi 26 mars 2015
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

La rumeur court, monte, s’installe. Les enseignants ivoiriens sont mécontents du Chef de l’Etat qui a fait des promesses et oublié de les tenir aux dates indiquées. Parole d’homme libre. Que vaut l’honneur si la parole ne se tient pas ? Que vaut l’honneur si les phrases ne sont lancées que pour susciter des acclamations ? Qu’est ce qui a changé dans le fond, si on ausculte les anciens régimes ? Promesses, farine, roublardise. Ceux qui n’ont point d’armes, qui ne peuvent donc pas effrayer la tranquillité du palais du Plateau, depuis plus de deux semaines sont chez eux. Le terme le plus populaire est de dire qu’ils sont en grève. Une grève doucement brutale qui vient perturber une année scolaire, elle-même déjà minée de reformes. Toujours des reformes. Chaque année, ses réformes. Souventes fois con-venantes, souventes fois incongrues.

A Yamoussoukro, capitale politique, les écoles secondaires publiques affichent vides. Les élèves en colère, ont même manifesté. Abidjan, capitale économique, depuis le retour des congés de printemps, il n’y a pas cours dans les lycées et établissements d’enseignement public. Les élèves de quelques établissements bruyants de Yopougon et d’Attecoubé, se sont organisés pour aller déloger leurs camarades des établissements privées, qui continuent de recevoir les cours pendant qu’eux sont à la maison, à attendre, à subir les caprices des enseignants dont le salaire n’a pas bougé d’un iota. Il y a eu des actes sporadiques de violence, passés sous les boisseaux du silence volontairement ou involontairement. C’est selon.

Le constat est réel. La situation est critique. La télévision nationale n’en a fait aucun cas. Elle n’en a cure, trop préoccupée à pomper sans se lasser les programmes de visites présidentielles. Elle est focalisée sur ces tournées aux senteurs de précampagne du Président de la République. Le Président est en mouvement. Ses ministres avec. Seul en Afrique on s’est familiarisée avec ces façons de faire. Les ministres sont en Mission avec le Président. La République est en mouvement, avec elle, les cortèges kilométriques et dispendieux qui l’accompagnent.

Visites futiles ou utiles ; normales et anormales ? Une région a-t-elle nécessairement besoin de recevoir un Chef d’Etat pour avoir des routes re-profilées, les draps de ses hôtels lavés à la machine, les écoles repeintes abusivement, les routes balayées sommairement, les caniveaux curés nuitamment, la chefferie réorganisée rapidement, quelques pierres placées l’une sur l’autre en guise d’inauguration de ceci ou de cela ? Dans tous les cas, la Cote d’Ivoire est familiarisée à ce scénario. A l’époque du Président Houphouët, les indépendances tournantes étaient des occasions de développement régional. A notre époque, les fils continuent l’œuvre du père. Promesses d’écoles, d’universités, de ponts, de routes, d’hôpitaux, de riz, de soupe, d’assiettes pleines…Promesses de milliards sur fond de campagne.

Les situations auxquelles les enseignants se réfèrent

En 2014, le 18e jour de novembre, une mutinerie synchronisée d’environ 8400 Ex-Forces Nouvelles (FAFN) absorbés au sein des Forces Républicaines de Cote d’Ivoire (FRCI) a montré selon la Lettre du Continent N°695 que l’armée restait « talon d’Achille » du pouvoir d’Abidjan. Une réclamation d’arriérés de statut remontant à 2009. Le pouvoir a activé immédiatement tous les leviers pour satisfaire ces « gens de Soro » qui « sérieusement commencent à fatiguer » le Président. La grande muette a grandement ouvert la bouche. Le Ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko, est monté au créneau, dans une campagne de communication, d’appel à l’apaisement, de promesse passée en boucle sur les médias nationaux, notamment, le Télévision nationale. Des appels à l’apaisement sur fond de pardon, de négociations. « Le Président vous a compris » avouait-il. Très vite. La situation a été réglée.

Jusqu’à présent les indemnités de correction des examens scolaires de 2014 n’ont pas été versées. « Pourtant ces primes ne valent pas les deux milliards…que le Président a offert aux Eléphants, suite à leur victoire à la CAN 2015 » fulminent quelques grévistes. On se demanderait alors l’école a toujours été l’ambition de la République. Selon la LC695, dans un aveu qui frisait le « désarroi », face à la mutinerie de fin 2014, le Président disait que « Les gens de Soro commencent à me fatiguer ». De quels cotés faut-il ranger ces enseignants du secondaire ? Qui est leur commanditaire ? Ils ne sont pas des orphelins assurément. Ou bien le sont-ils ? Dans tous les cas, ce ne sont que des citoyens désireux de faire leur travail et de voir les promesses qu’on leur fait, se tenir.

Pourtant, il s’agit de savoir motiver…ses anciens camarades et collègues

Parmi les facteurs contextuels qui affectent la performance, le contexte motivationnel est important. Les enseignants se plaignent en Côte d’Ivoire depuis longtemps, des inégalités dont ils sont victimes si on compare leur traitement à d’autres corps de métiers. Les indemnités de logements par exemples, qui varient entre 40 000 et 50 000 F Cfa sont en dessous de ceux des hommes en tenue, malgré les différences de diplômes et de temps de formation. A l’Ecole Nationale d’Administration, les élèves administrateurs étudient dans le confort des salles climatisées. Ils bénéficient d’un présalaire régulier variant entre 70 000 et 120 000 F Cfa pour des niveaux d’entrée variant entre le BAC+0 et BAC+4. Dans les CAFOP, la bourse des élèves instituteurs stagiaires est de 20 000 FCFA. Une bourse qui vient comme la pluie au sahel. A l’INFAS où se forment les futurs infirmiers et sages-femmes la bourse avoisine 70 000 FCA pour le même diplôme exigé à l’entrée qu’au CAFOP, c’est à dire le BAC. Les élèves de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) perçoivent une bourse variant entre 40 000 et 50 000 FCFA en lieu et place de 90 000 FCFA il y a quelques années. Une bourse cisaillée à l’origine, qui vient fragmentée, partitionnée pour des raisons que seul l’etat sait. Cette institution forme des futurs Educateurs, Enseignants, Inspecteurs recrutés sur la base de niveau Bac+2 et Bac+4. Des cadres encostumés qui étudient dans la chaleur de salles pourtant réhabilités à coup de millions sous l’administration du Ministre Bacongo…Déjà un semestre, et les bourses à l’ENS ne sont pas encore payées. « Il faut être patient », rassure le Professeur Valy Sidibé, Directeur de l’ENS.

Ce sont semble-t-il des injustices, qui s’observent déjà depuis le traitement des uns et des autres dans les écoles de formation. Elles peuvent se comprendre, chaque métier ayant ses avantages et privilèges. Là n’est pas la raison des mécontentements actuels. C’est l’absence de réactions. Ce mutisme du Ministère de tutelle qui pourrait se traduire par « on en a marre de vous maintenant » ; c’est le silence complice de l’Etat et de tous ses médias qui depuis plus de deux semaines mentionnent aucunement la situation qui prévaux dans le secteur éducatif ivoirien. Pourtant dans ce contexte d’émergence très en vogue, l’école, est une clé sure du développement. Si enseigner, c’est croire tout de même, avec l’humanisme moderne, en la perfectibilité de l’homme. Il y a des silences qui se peuvent être interprétés comme foutaise surtout que dans un contexte de massification, la formation des citoyens de demain devrait été une priorité.

La ministre de l’éducation nationale et de l’enseignement technique (MENET), l’honorable, Kandia Camara Kamissoko, devrait entreprendre des démarches pour ne serait-ce que rassurer les parents d’élèves et s’inspirer de ce propos de Jean-Pierre Chevènement, ancien Ministre français de l’Education Nationale qui loin de nobéliser le métier de l’enseignant lui donne ses lettres de noblesse. « Je sais ce qu’est le métier d’enseignant. J’en connais les servitudes, mais j’en mesure aussi l’importance capitale aujourd’hui, pour l’avenir du pays. (…) Je sais combien vous êtes attachés à la qualité du service publique de l’éducation nationale. Je mesure les compétences et les efforts qu’exige ce service éminent. (…) Il faut qu’une plus juste place soit faite aux enseignants dans la nation, à la hauteur de leur responsabilité et de la difficulté grandissante de leur métier. » Disait-il.

Ce lundi 23 mars, les étudiants à l’Université Felix Houphouet Boigny ont manifesté pour revendiquer de meilleurs conditions d’études et dire non au projet d’invalidation d’une année académique au département de Physique Chimie. Les nombreux CRS déversés dès la mâtinée sur le campus de Cocody ont dispersé les manifestants. La rumeur monte que les jours à venir verront l’entrée en scène des instituteurs. Si cette rumeur est fondée, elle risque encore de fragiliser cette fin de mandat de ADO marquée par les nombreux appels faits soit depuis Daoukro soit depuis un Pont. Certes, il a fait de son mieux. Il ne faut pas ignorer les efforts déjà consentis, les acquis. Certains attendent simplement que ses Ministres prennent au moins le soin de réagir, quand il y a un problème. C’est une simple preuve de considération…Car Ministre, enseignants, ne sont que des collaborateurs, des anciens collègues, des acteurs sans lesquels le projet émergence 2020 serait inconcevable ? Shalom !

Article initialement publié sur le blog de Aly COULIBALY

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

img