En Côte d’Ivoire, le spectre d’Ebola a fait oublier celui des inondations

PAYS : Côte d’Ivoire
DATE DE PUBLICATION : mardi 26 août 2014
CATEGORIE : Blog
THEME : Santé

Les ivoiriens n’ont pas seulement l’art de tout tourner en dérision et de faire de tout sujet de drame un prétexte de création de nouveaux concepts musicaux ou des raisons d’investir les maquis pour se saouler le bec…, ils ont aussi l’art d’oublier.

L’odieuse et inique affaire du bateau hollandais Probo Koala en 2006 devenue dans les railleries populaires Probo koulaba (vase de nuit en dioula) – qui dans le fond n’a profité plus aux riches politiciens des deux derniers récents régimes qu’aux pauvres victimes réelles des quartiers poubelles de la capitale économique – fut aussi vite étouffée (par des parodie de procès médiatisé) que les douleurs des débâcles des pachydermes footballeurs en 2012 en phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations face aux Chipolo polos ou de leur renvoie à la maison à 30 seconde d’une qualification historique au second tour de la dernière édition de la coupe du monde au Brésil. La sciatique et la canne de l’émergence du Président Alassane Ouattara ne sont plus des sujets de mode, tout comme les dites troublantes révélations du dernier livre de l’ex-Président Laurent Gbagbo font moins trembler le pouvoir d’Abidjan. Le courroux de l’augmentation du coup des inscriptions dans les Universités publiques où depuis trois ans aucune ombre de bibliothèques – le minima pour une institution de ce nom relooké à coup de milliards – ne plane, ainsi que l’ire corrosive générée par l’augmentation du transport à cause de la cherté unique dans la sous région du péage sur la nouvelle autoroute qui est jalonnée de patrouilles de gendarmes toujours habités du reflexe de racket sont déjà dans le passé. Les microbes, bien qu’inquiétant d’Attecoubé et d’Abobo font désormais partie de la routine des soucis des ivoiriens. Ces temps ci, la menace de l’encore invaincu Ebola, sujet plus préoccupant que les conflits au Moyen Orient ou le suspect convoi humanitaire russe pour l’Ukraine, a fait oublié aux ivoiriens les nombreux dégâts causées par les dernières pluies.

Les ivoiriens sont comme des masochistes qui s’adaptent à toutes douleurs, à qui toutes notions de prévision manquent et qui ne sont prêts qu’à réagir quand tout est, comme on le dit par ici, gâté. En effets, les mois de juin et juillet ont marqué la Côte d’Ivoire par l’abondance des pluies tombées. Aucune ville du territoire ou presque toutes, du nord au sud, d’est en ouest, sans oublier le centre, n’a échappé aux cordes déchainées des eaux tombées du ciel. Le mois du jeûne musulman a, en ses débuts, connu trois jours d’aspersion. Allah dans sa mansuétude a oint ce moment de pénitence par tant d’eau. Oint trop oint même, et ce ne fut que le début. Atakbir, Alleluya, Gnamien, Lago, Effozou, Bahahula… soient loués il a plu. Et souvent en non stop.

Qui dit que l’excès ne nuit pas. Il y a des excès dont on doit tirer de bonnes leçons. Des excès qui enseignent que la mesure doit gouverner tout acte humain. Car au fond, la vanité tue, divise. Les pluies ont dévoilé l’amère réalité de cette discrimination qui consiste à incriminer chaque fois que l’occasion se présence, les pauvres habitants des quartiers précaires. Elles ont montré que depuis des décennies les urbanistes trompent le peuple et s’enrichissent en réalisant des travaux, qui cachent de véritables bombes à retardement. Il n’y a eu dans certains quartiers dit résidentiels aucune juste mesure du respect de l’environnement urbain et du futur.

J’ai vue à Abobo, mon inconsolable Abobo (Akekoi route et Colatier) de nombreuses familles revenues habiter des maisons estampillées depuis 2012 – AD plan ORSEC –. Les pluies les ont foutus en plein sommeil dehors pour rebaptiser des quartiers entiers de la fondation à la cime. Ces populations qui se plaisent à être toujours des victimes se sont réinstallées au vu et au su des agents des Ministères de la Construction, de l’Habitat, de l’urbanisation et des villes. Ces agents une fois les moments d’alertes passées se prélassent sans songer à faire de la veille. La veille, c’est ce qui évite d’être surpris. Les Africains ne le savent-ils pas encore ? Diantre.

Heureusement que cette année, les pluies n’ont pas fait de discrimination dans les dégâts. Tout le pays fut servi, toutes les couches sociales reçoivent leur dose d’eau. Les quartiers résidentiels sont devenues précaires et à risques. Les quartiers dont l’essence, l’âme et le corps sont reconnus comme précaires (Mossikro, Boribana) quant à eux, ont confirmé leur titre. Ces derniers ont encore subit la furie des bulldozers…Mais bon, il en est ainsi de leur destin.

Dans le fond, les quartiers aux villas cossues de la capitale économique ont dévoilé cette indicible vérité que les riches ont obstrué les voies d’évacuation, obligeant ainsi les eaux qui ruissellent à quitter leur nid. Les pluies bénissant ont aussi montré les failles de l’énorme chantier de l’émergence ? Signe que souvent la volonté de faire pour plaire ne suffit point. Les titanesques chantiers de l’Indenié et du tunnel de la Riviera ont montré leur talon d’Achille. Pour cette fois e concernant l’Indenié, ADO n’a pas mieux fait que Gbagbo. Mais on va toujours accuser les habitants du versant de Williamsville. Oui toujours eux. Pourtant c’est devenu un refrain populaire que la méga star Alpha Blondy a bâti son château sur la voie des eaux.

Les Caterpillars ont détruit tous les quartiers dits précaires et ils le sont vraiment. Les populations ont été déguerpis ici et là. Quelques habitants ont reçu des secours à la volé. De bons samaritains ont sorti leurs mallettes de charité pour aller préparer leur futur électorat sous forme de solidarité aux victimes des drames d’éboulement à Yopougon, Attecoubé, Grand-Lahou…Mais personne n’a véritablement eu le cran de dire à Jah Blondy, comme lui le demandait à l’Armée Française en 1998, de s’en aller. Personne. Et oui, les pauvres diront qu’ils ont toujours tort. C’est aussi ca aussi cette Afrique qui sera, on l’espère un jour émergente dans les faits et non dans les annonces programmatiques aux allures de prophéties.

Deux mois presqu’après les drames qu’ont engendré les eaux pluviales, les ivoiriens semblent avoir tout oublié. Personne encore ne parle d’éventuelles mesures pour prévenir d’éventuelles futures pluies abondantes. Le dossier de la recherche des centaines d’hectares pour relocaliser les populations déguerpies, est presque rangé dans les tiroirs en attendant d’autres occasions de montrer que « le gouvernement est au travail » ; les populations maintes fois chassées de ces endroits dits à risques reviennent progressivement ou sont déjà revenues en certains lieux ; le château d’Alpha ne suscite plus d’inquiétude pour le confort de ses voisins encore moins pour la voie principales qui traverse la commune en direction de Bingerville ; les humanitaires commerçants activistes des réseaux sociaux ivoiriens réfléchissent déjà à d’autres hastags (peut être bientôt- #alertebola) ; les riches solidaires ont rangé leurs mallettes de secours et de solidarité…

Ces jours, l’actualité est plus portée sur une épidémie qui décime dans le voisinage. Ebola est le nouveau cas de préoccupation nationale. Tout le monde en parle. L’imagination fertile des ivoirien se fait déjà entendre. On doit plus saluer, serrer la main, faire des accolades etc. On se croirait dans le livre la Peste de Camus. Un ministre de la République à bien voulu aussi faire son humour devançant la galaxie des DJ, qui, en en point douter sont au laboratoire pour trouver le beat de l’Ebola. Monsieur Alain Lobognon, Ministre de la jeunesse, des sports et loisirs annonçait sur sa page Facebook, que depuis le matin de l’annonce des mesures, personnes ne lui serait la main. Il espère que les gens auront la même attitude concernant les billets qu’il sort de ses poches. Hum, tous les ivoiriens sont pareils vraiment en matière d’humour. Que Dieu nous garde.

Billet initialement publié sur le blog de Aly COULIBALY

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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