Coup de force de la CEDEAO contre Yahya Jammeh : il faut aller jusqu’au bout de la logique !

PAYS : Autres Pays
DATE DE PUBLICATION : mercredi 25 janvier 2017
CATEGORIE : Blog
THEME : Politique

Le 22 juillet 1994 Yahya Jammeh arrive au pouvoir par un coup d’État. Le jeune lieutenant de 29 ans instaure un régime de répression. La Gambie, jeune État, incrusté dans le Sénégal s’étouffe. Les libertés sont confisquées. Les droits les plus élémentaires sont bafoués. Plus les conditions de vie du peuple deviennent difficile, plus Yahya Jammeh remporte les élections les unes après les autres. A quand la fin de la terreur ? Se demandaient ainsi beaucoup de Gambiens qui semblaient ne plus savoir à quel saint se vouer. Il se représente pour la 5e fois aux élections du mois de décembre 2016. Il reconnait sa défaite face à son challenger avant de faire volte-face. La Communauté Economique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) déploie une armada militaire pour déloger le désormais président illégitime. C’est quelque rare fois que cette institution sous régionale use de la force pour faire partir un président qui confisque le pouvoir. Cette décision crée un précédent que beaucoup d’africains se demandent si la CEDEAO s’inscrira désormais sur cette voie pour déloger les satrapes qui s’inscriront sur la voie de la confiscation du pouvoir.

Gambie, décembre 2016. L’élection présidentielle bat son plein. Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans se représente à nouveau. C’est sa 5e participation. Le monde entier connaissait d’avance les résultats : la réélection de Yahya. Connaissant l’homme, même les oracles ne pouvaient prédire le contraire. Contre toute attente, le « miracle » se produit. Yahya perd les élections et plus étonnant encore, il reconnait sa défaite. Par un coup de téléphone, et sous les regards des caméras du monde entier, il félicite son challenger, Adama Barrow. La communauté internationale ne croyait pas ses oreilles. Eh bien, cela relève peut-être de la nature de l’Homme dont il est impossible de cerner le comportement.

L’euphorie n’était donc que de courte durée. L’insaisissable Yahya fait volte-face. Il déclare qu’il ne reconnaîtra plus les résultats. Dès l’or, les médiations, pour ramener l’enfant de Kanilai à la raison, ne se font pas prier. L’Union Africaine (UA) dépêche ses émissaires à Banjul mais sans succès. La CEDEAO multiplie ses médiations mais toutes infructueuses les unes que les autres. Le Conseil de sécurité de l’ONU donne de la voie mais cela ressemble bien fort à un prêche dans le désert. Il faut aller vite pour l’investiture de Adama Barrow, le président élu de la Gambie. Le temps presse. Un nouveau scénario a été mis en place : l’action militaire. Le Nigeria envoie plus de 200 commandos à la frontière. Le Sénégal, qui tient le commandement de cette force, mobilise des hommes. Les deux forces sont stationnées à la frontière, prêtes à intervenir le 20 janvier, date d’expiration du mandat de Yahya Jammeh. Une dernière médiation qualifiée d’ultime a été engagée par le président Guinéen, Alpha Condé, unique ami de Yahya, selon ce dernier. À l’issue des longues heures de négociation, l’homme au boubou blanc et au chapelet capitule. Canne, coran et chapelet en main, Yahya Jammeh, l’homme qui se disait avoir reçu le don de guérir le SIDA, l’infertilité et bien d’autres maux, embarque pour la Guinée Équatoriale, son exil forcé. Par un signe de main il fait ses adieux à ses compatriotes.

Ce qui étonne plus d’uns, c’est la rapidité et surtout la détermination sans précédente avec laquelle la CEDEAO a agi. Une mobilisation rapide de plusieurs centaines d’hommes avec des avions, des chars et bateaux de combat. Impressionnant. Pourtant la même CEDEAO, pour des actions plus urgentes et qui ont nécessité des interventions urgentes a connu un laxisme qui frôlait à la limite l’indifférence. Nous avons encore en mémoire, en 2012 où le Mali était dans l’œil des djihadistes. L’intervention de la CEDEAO devrait être sans délai mais elle a opté pour des rencontres à n’en point finir. Il fallait qu’Idriss Deby, dont son pays n’est pas membre de l’organisation, interpelle ses paires ouest africains sur l’urgence de sauver le Mali. On se pose légitimement la question de savoir ce qui a motivé l’engagement de la CEDEAO ? N’y a-t-il pas des non-dits ? La liberté des Gambiens est plus importante que la vie du peuple malien qui était en danger ? Nous ne versons pas dans une comparaison qui peut être loin d’être une raison mais il est question ici d’une logique des faits.

La CEDEAO a bénéficié de l’onction de l’UA et même des Nations Unies pour établir la « démocratie » en Gambie. Si cet acte est, aux yeux de bon nombre d’observateurs, louable, une analyse approfondie fait état de deux poids deux mesures, eu égard à ce qui se passe un peu partout sur le continent. Le Burundi est un exemple palpable. Le président Pierre N’Kurunziza, illégalement, s’est représenté aux élections et a confisqué le pouvoir. Le peuple conteste. Il sort l’artillerie lourde et le mate. Torture, exécution extrajudiciaire, disparition, tuerie, répression… sont désormais le vécu du peuple. Face à cette boucherie, la communauté internationale reste motus. C’est le chut total du côté de l’UA qui a soutenu la CEDEAO en Gambie.

Tous les peuples veulent respirer l’ère de la liberté. À moins que ce ne soit pas la même liberté que nous voulons pour la Gambie que nous voulons pour le Burundi, le Cameroun, les deux Congo, le Tchad où les dirigeants ont un dénominateur commun : la confiscation du pouvoir et le truquage des scrutins.

Nous espérons que la CEDEAO, l’UA et autres organisations sous régionales africaines perpétueront cet engagement pour débarrasser de l’Afrique les satrapes sadiques et autres tortionnaires. Vivement !

Masbé NDENGAR

« Il faut aller vers la recherche de la paix et de la stabilité et je pense que nous allons y aller. (…) Le putsch, c’est du temps perdu, je le reconnais, des moyens perdus, je le reconnais, c’est des vies humaines de perdues, je le reconnais. »

Général Gilbert Dienderé en septembre 2015 après l’échec de son coup d’Etat

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