Crise alimentaire au Burkina : Noogo retrouve la joie de vivre

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : lundi 4 juin 2018
CATEGORIE : Articles
THEME : Société

La famine bat son plein dans de nombreux villages du Burkina Faso. Cette situation, dûe à la mauvaise pluviométrie de l’année dernière et aux attaques répétées des chenilles légionnaires, touche une vingtaine de provinces. Une équipe de Droit Libre TV s’était rendue à Noogo, localité située à 35 Kms de Kaya dans le Sanematenga, pour faire le constat. Le reportage titré « Burkina Faso : la famine sévit... ! » diffusé le 28 mai 2018 et signé par Alima Diallo a suscité de nombreuses réactions tant sur le plan national qu’international. Des bonnes volontés ont bien voulu répondre au cris de détresse lancé par les habitants de Noogo, dont le chef du village, dans le reportage. Retour à Noogo, sur les traces d’un reportage qui a apporté secours et réconfort à des centaines d’âmes de ce village et d’ailleurs.

Il est 09H00 ce dimanche 03 juin 2018 quand nous quittons Ouagadougou pour Noogo. Dans la délégation, les premiers responsables de l’association Semfilms, de Droit Libre TV, de l’association des Jeunes Patriotes pour la Paix (JPP) et de la délégation d’une donatrice burkinabè résident en Caroline du Nord (USA), qui a préféré requérir l’anonymat et représenté par Kadidja Ouedraogo. Chacun à d’une manière ou d’une autre apporté sa contribution pour ne pas arriver à Noogo les mains vides.

L’objectif de cette mission était de faire le voyage de Noogo pour voir de visu la réalité du terrain, mais aussi et surtout apporter des dons aux populations. C’est donc tout naturel, qu’en plus des véhicules de transports de passagers, il y avait un camion avec à son bord 6 tonnes de vivres constitués de mil, de maïs et du haricot. Il y avait également 10 bidons d’huiles de 20 litres, 8 bidons d’huiles de 1 litre, 3 cartons de sucres, une balle de vêtements (friperie), deux ballons de football, des bonbons et biscuits pour les enfants, etc. Ce don est estimé à un million neuf cent mille (1.900.000 Fcfa).

JPEG
Après 3 heures de routes, nous sommes à Kaya. Mais, il faut patienter un moment pour attendre le camion, qui, parce que trop chargé, ne peut pas rouler à notre rythme. Nous prenons donc une pause au maquis-restau l’Escale, question de mettre quelque chose sous la dent pour ceux et celles qui ne sont pas en carême en ce mois du jeûne musulman. Une heure et 30 minutes après, le camion se présente. Il est 13H30. « En route pour Noogo », lance Abdoulaye Diallo, l’un des responsables de Semfilms et de la webtélé Droit Libre TV, par ailleurs chef de la délégation. C’est donc parti pour 35 Kms de route.

Le chemin est caillouteux et on croise rarement de grand arbres. Quelques petits plants épineux, peu de Néré et de Karité comme la région en regorgeait autrefois. La route est mauvaise. « Une route rouge », comme on l’appelle ici. « Elle est régulièrement entretenue, mais ça ne va toujours pas. C’est une route régionale qui va jusqu’à Kelbo dans le Sahel et mérite d’être bitumée », lance M. Nabaloum, point focal de l’Association Monde Rural (AMR), qui a embarqué avec la délégation à Kaya pour apporter également son aide. Le désert avance à grand pas. Pas besoin d’être un expert pour s’en apercevoir. De grandes étendues de terre sans aucune touffe d’herbes. Que du vide et quelques collines. Par endroit, les populations ont déjà commencé à semer.

Une heure de route et nous voilà au marché de Noogo où nous attendait le président du Conseil Villageois pour le Développement (CVD) Antoine Sawadogo. Nous sommes conduits chez le chef du village Amidou Sawadogo. Sur place, à la vue de l’équipe de Droit Libre TV qui a réalisé le reportage, plusieurs personnes s’approchent dont Moustapha Sawadogo, Azara Sawadogo, la jeune mère Fatimata. Ce sont eux qui ont accepté vendre leur souffrance au reste du monde en acceptant témoigner dans le reportage. Ce sont les retrouvailles et remerciements. Le chef est ému. Nous décidons de l’arracher dans la foulée quelques mots avant la remise des vivres. Il n’arrive pas à contenir sa joie : « barka, barka barka … grâce à vous Noogo n’est plus loin du reste du monde et reçois tous les jours de généreux bienfaiteurs … barka ! ». Effectivement, sur place, nous avons trouvé Sidiki Boubacar Ouedraogo et son équipe, représentant un groupe d’amis de Ouagadougou, qui après avoir vu le reportage ont collecté quelques vivres pour prendre la route de Noogo sans attendre. « Ce n’est pas normal qu’en 2018, des burkinabè n’arrivent pas à avoir à manger. Nous avons le devoir de les soutenir. La solidarité envers Noogo que nous voyons, suscité par votre reportage, est la preuve que la solidarité n’est pas un vain mot. Noogo doit être le point de départ d’une nouvelle solidarité mondiale », nous raconte Rachid, venu également de Ouagadougou pour faire un don à Noogo.

Il est 15H00. Place à la remise des vivres. Après le mot de bienvenue du chef du village Amidou Sawadogo, c’est Abdoulaye Diallo, chef de la mission qui a présenté la délégation, la nature des dons et leur provenance. Séance tenante, après les salutations d’usage, le chef du village a décidé en présence de tous de distribuer les vivres à toutes les familles du village. « Vous nous avez renvoyé le sourire. Dieu vous le rendra », dit-il. Il a également précisé que le gouvernement à travers le ministère de l’action social, suite au reportage, a apporté une aide de 30 tonnes de vivres à la commune. D’autres promesses du ministère sont également attendues pour les autres localités de la région touchées par la famine.

D’autres bonnes volontés, après avoir vu le reportage, n’ont pas attendu. Un particulier a déjà envoyé 20 sacs de maïs à Noogo et un autre 20 sacs de riz. Il y a également des initiatives en cours au Burkina et ailleurs dans le monde pour venir en aide à Noogo. Au nombre de ces initiatives, dont nous avons découvert certaines sur internet, il y a la campagne « Feed hunger in Burkina Faso » et « Sauvez des vies de la Famine », lancée aux Etats Unis. « Famine au village NOOGO au BURKINA », lancée en France. Il y a également l’initiative « des vivres pour Noogo ». Au Canada et en Espagne, de bonnes volontés se mobilisent et ont même déjà lancées des collectes de fonds. Ce bilan n’est pas exhaustif. La rédaction de Droit Libre TV continue d’être contactée pour des dons à Noogo. D’autres bonnes volontés font directement le déplacement ou commissionnent des proches.

Au retour de Noogo, nous avons fait une escale chez le maire de Barsalogho (commune rurale dont relève le village de Noogo) à Kaya. Abdoulaye Pafadnam, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous avait contacté après la publication du reportage. Il était en compagnie du conseiller municipal de Noogo, Poussi Diandé. Il voulait féliciter Droit Libre TV pour le travail accompli, avoir le point du don du jour et nous faire le point de ceux qui l’ont contacté après la publication du reportage. Dans cette liste y figure des institutions nationales et internationales qui veulent bien aider Noogo et les autres villages de la commune rurale de Barsalogho, à traverser dignement cette période de soudure. C’est autour de 20H15 que la délégation a regagné Ouagadougou.

Ismaël COMPAORE

« Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».

Nelson Mandela, in Un long chemin vers la liberté.

img