Crise post-électorale : Qui pour sauver le Gabon ?

PAYS : Autres Pays
DATE DE PUBLICATION : mercredi 7 septembre 2016
CATEGORIE : Blog
THEME : Politique

Le Gabon, îlot de stabilité de l’Afrique Centrale ne l’est plus. Il est devenu lui aussi victime de cette maladie qui frappe bon nombre de pays africains : la crise post-électorale. Le climat qui régnait pendant la campagne présidentielle présageait aisément de ce qui devrait arriver : agression verbale, jet de projectiles sur le cortège du candidat Ali Bongo. A cela s’ajoutent des déclarations intempestives et inopportunes des candidats avant même le dépouillement des bulletins. Toutes les conditions étaient réunies pour que le Gabon amorce sa descente dans les abimes, et c’est le cas. Ainsi, le pays est plongé dans une grave crise qui a fait, selon Jean Ping, entre 50 et 100 morts. Cette guerre inutile pouvait être évitée pour peu que le choix des Gabonais soit respecté. Et cela éviterait au pays de sombrer dans la crise post-électorale qui avait plongé la Cote d’Ivoire dans un cataclysme sans précédent. Mais comme il est de tradition en Afrique, on n’apprend jamais des autres et surtout des erreurs du passé.

Ça y est ! Ce qu’on craignait est finalement arrivé ! Le Gabon s’enlise dans une spirale de violence post-électorale. D’une part, Ali Bongo tient mordicus à pérenniser l’héritage légué par son père et d’autre part Jean Ping, convaincu d’avoir remporté le scrutin, campe sur sa position. Le peuple assoiffé d’alternance revendique son droit qu’il estime être volé. Dès la proclamation des résultats donnant Ali vainqueur avec un score de 49,8% contre son challenger Jean Ping qui totalise 48,23%, Libreville se trouve sous la flamme. L’inexplicable attente de près de 24 heures des résultats de la province d’origine de Ali Bongo, Haut-Ogoué a sans doute renforcé le soupçon du peuple. Le score de Ali Bongo à la Corée du Nord, 99,93% dans cette même province, fut-elle la sienne est à prendre vraiment avec des pincettes. La démission du ministre de la justice n’est pas fortuite. Elle est révélatrice d’un non-dit. En tout cas, il a préféré partir plutôt que de défendre un président mal élu avec tout le risque d’avoir en face le peuple. Comme le dit un adage : « il n’y a jamais de fumée sans feu ».

Quelles solutions ?

La capitale gabonaise n’est plus qu’un champ de ruine. Les commerces sont fermés, les rues désertes, les casses par ci et par là. Les édifices incendiés, des magasins pillés, des véhicules brûlés… Le Gabon, disons-le est plongé désormais dans une longue et grave crise post-électorale. La question qui est désormais sur toutes les lèvres est de savoir comment est-ce que les protagonistes de cette tragédie politique peuvent trouver rapidement une solution afin que le peuple ne souffre plus davantage ? Désormais, les Gabonais devraient apprendre à vivre avec la peur au ventre car les nuits se succèdent avec des incertitudes et les jours avec les cortèges des morts. Cette guerre vient rappeler le scénario, sinon le cauchemar ivoirien : deux présidents, des morts, des emprisonnements à la pelle avec une économie en berne. Le Gabon devrait en principe tirer les enseignements et s’inspirer de ce qui s’est passé dans ce pays pour se hisser à un niveau supérieur.

Tout compte fait, les gabonais doivent avoir la lucidité de manifester, parler, contester et s’opposer mais ne pas en venir aux mains car dans une guerre, surtout comme celle-ci, il n’y a jamais de vainqueur ni de vaincu. Les perdants, ce sont les innocents, donc le peuple.

Le silence coupable des dirigeants africains…

Pendant que Libreville compte ses morts, dans d’autres capitales africaines c’est un silence de cimetière qu’on observe. De Ouagadougou à Bamako en passant par Dakar ou Cotonou aucune voix ne s’est levée pour dénoncer le drame qui se joue dans ce pays. Le mutisme et l’indifférence des africains face à la tragédie gabonaise sont indécents.

La communauté des État de l’Afrique centrale à laquelle le Gabon appartient ne peut mieux faire dans la mesure où de Paul Biya à Obiang Nguema sans oublier les frères congolais Sassou Nguessou et Joseph Kabila, tous champions dans le tripatouillage des constitutions. Ce n’est pas non plus sur Idriss Deby du Tchad qu’il faut compter pour résoudre cette crise, fut-il le président en exercice de l’Union Africaine, lui qui n’a pas encore fini de résoudre son contentieux électoral qualifié de hold up. La preuve, il est motus et bouche bée. L’Union Africaine, institution qui n’existe que de nom ne condamne que les coups d’État. Quant au reste du continent, pas le moindre murmure. N’est-ce pas donc un silence coupable ? Cette situation laisse alors libre champs aux impérialistes et autres rapaces de tout acabit, ennemis de l’Afrique et ses hommes de s’ingérer dans les affaires internes du Gabon et d’en sortir enrichis.

Il est difficile de trancher un tel problème sans se mettre sur le dos un des acteurs mais il est important de respecter le choix du peuple. En de pareilles circonstances, chaque Gabonais doit se souvenir et méditer sur les propos de feu Omar Bongo Odimba, qui, soit dit en passant n’est pas un exemple en matière de démocratie : « J’ai pour habitude de dire gabonais nous sommes, gabonais nous resterons, pensons à notre pays, pensons à notre jeunesse, nous croyons en Dieu. Dieu ne nous a pas donné le droit de faire du Gabon, ce que nous sommes en train de faire. Il nous observe, il dit amusez-vous, mais le jour où il voudra aussi nous sanctionner, il répare. Que Dieu protège le Gabon (…) ».

Masbé NDENGAR

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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