Dori et Gorom-Gorom : Les oubliés de la République ?

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mardi 12 avril 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Culture
AUTEUR : Redaction

Le Festival ciné droit libre décentralisé se poursuit. Après Kaya, Manga, Po, Bobo, Ouahigouya, Koudougou, le festival a déposé ses valises à Gorom-Gorom et Dori, respectivement les 8 et 9 avril 2016. Le Sahel fait face à d’énormes problèmes de sécurité liés à la montée de l’extrémisme violent. Ainsi, la décentralisation du festival dans le Sahel porte sur le thème de l’extrémisme violent. Pour se faire, une série de reportages de Droit Libre TV, principalement sur le coup de force du général Diendéré du 16 septembre ont été diffusés. Les populations de cette partie du pays ont été surprises de voir ce qui se passait dans la capitale : « c’est du terrorisme, ça ! », s’élève une voix dans la foule à Gorom-Gorom. Les films comme ‘’Le Repenti’’ et ‘’l’Extrémist’’, sélectionnés pour la circonstance ont suscité des débats houleux.

8 avril 2016, 17h35, Gorom-Gorom. Nous sommes à la Place de la Nation. Les invités atypiques ont déjà envahi l’espace : des enfants. De l’autre coté, sous un arbre, une équipe s’atèle à faire démarrer le groupe électrogène. Un mécanicien venu à la rescousse a décanté la situation. On pouvait maintenant respirer un coup. Le crépuscule s’annonce, la chaleur accablante cède la place à la fraicheur. La population sortie nombreuse a pris place. Il faut commencer.

Le décor a été planté par la série « la famille démocratique ». Les différentes thématiques abordées ont émerveillé le public. Les réactions des uns et des autres dans la foule laissent croire que chacun s’adonne d’une manière ou d’une autre a une des pratiques décrites dans chaque épisode.

Ensuite viennent les séries de reportage sur la situation sociopolitique au Burkina Faso. Pour certains, c’était la première fois qu’ils s’imprègnent de la situation qu’a engendré le coup d’Etat du 16 septembre 2015. La colère et la piété se lisaient sur les visages. D’autres se demandaient si l’action se passait réellement au Burkina Faso. Et pourtant !

Si l’Etat avait construit les écoles… ces enfants ne seraient pas au bord de la voie

20h, l’heure de la projection du film « De la plume à l’arme » de Seid Touré, un natif de la région. Ce film soulève la problématique de la mendicité des enfants. De Gorom-Gorom à Dori, les débats étaient houleux. Il faut rappeler que le film a été tourné à Gorom-Gorom avec les acteurs de la localité. La responsabilité des parents dans l’éducation des enfants a été soulevée. Pour certains, les parents ont démissionné et abandonnent leurs enfants à la merci des marabouts qui les exploitent à leur guise.
D’autres nient cette première thèse et indexent l’Etat. Pour ces derniers, si l’Etat avait construit les écoles et autres centres de formations alors ces enfants se trouveraient en classe et non au bord de la route. A Gorom-Gorom tout comme à Dori, la population en veut à l’Etat. Pour elle la région du Sahel est abandonnée au profit d’autres régions sous prétexte qu’il y a de l’insécurité. « Nous sommes les oubliés de la Républiques », s’élève une voix dans la foule. Le débat passionne et le rang de ceux qui veulent poser des questions ou y répondre grossit. Mais il faut passer à la projection d’autres films.

« Le repenti » de Boureima Bocoum, natif également de la région aborde la question de duperie entre un éleveur et son frère ainsi que le marabout. Zone d’élevage par excellence, la majorité est donc éleveur. C’est donc un problème auquel plusieurs personnes vivent. Les causes du problème étant identifiées, il sera désormais question d’apporter des solutions. Les cinéphiles se bousculent pour prendre le micro. Certains s’impatientent et tentent d’arracher les micros. Abdoulaye Diallo, faisant à la fois office de l’invité spécial et de l’animateur de la soirée a du mal à contenir la foule. Il faut rappeler que Rasmané Ouédraogo qui était l’invité spécial était indisponible à la dernière minute.

Ainsi est né le Club Ciné droit libre de Dori !

« Le repenti » a été suivi par « L’Extrémisme » du mauritanien Sidi Mohamed Cheiguer. Et enfin vient le film tant attendu : « Une révolution africaine : les 10 jours qui ont fait chuter Blaise Compaoré ». Malgré la fatigue et la chaleur, la population est là entre des applaudissements et des commentaires. Les discussions reprennent de plus bel. Le temps passe et on a l’impression que personne ne veut partir surtout les jeunes.

Vu le nombre important des intervenants, un jeune s’impatiente sans avoir le micro décide de se lâcher : « Monsieur Diallo, ce que vous faites est appréciable mais vous oubliez Dori ! » la réaction de Abdoulaye Diallo est tout de suite : « cela fait plus de trois ans que nous cherchons à mettre en place le club Ciné droit libre de Dori mais personne ne se manifeste ; est-ce de notre faute ? » une autre voix se fait entendre dans la foule répondant à Abdoulaye Diallo, en ces termes : « vous l’aurez ce soir ! ». À la fin de la projection, une liste des membres du club Ciné Droit Libre a été remise à Abdoulaye Diallo. Ainsi est né le Club Ciné droit libre de Dori.

Masbé NDENGAR

« Jeunes, efforcez-vous toujours de comprendre les hommes, et recherchez par tous les moyens la mutuelle compréhension ! Alors, nos différences, au lieu de nous séparer des autres, deviendront sources de complémentarité et d’enrichissement mutuel. »

Amadou Hampaté Ba, « diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs »

img