Et pourtant c’est une mineure !

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : vendredi 27 mai 2016
CATEGORIE : Blog
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

Difficile de dormir ! L’éventail et le ventilo n’y peuvent rien. La chaleur est accablante. Peut-être un climatiseur pourrait résoudre le problème. Mais combien sont-ils, ceux qui possèdent cet outil d’un autre standing ? Bref, nous autres, on prend de l’air dehors comme on le dit. Certains installent, en cette période de chaleur leur QG devant leur portail, sous les lampadaires aux bords de la route ou dans un restaurant, ou autre espace public… là on « tue » le temps. Cette nuit là, nous avons pris place devant un petit maquis, au bord du bitume sous les phares des lampadaires. Là, nous assistons à plusieurs scènes. Nous vous parlerons d’une scène obscène.

Les usagers passent et repassent. Visiblement, tous sont pressés ! Où vont-ils ? On s’interroge. Personne ne répondra à nos interrogations qui sont souvent internes. Cette large voie semble donner un excès de vitesse. Le ronronnement et le klaxon des véhicules nous servent de musique. Notre petit maquis éclairé est nul en animation. De toutes les façons, nous sommes fatigués ; on a besoin de la tranquillité. Pendant ce temps nos oreilles sont taillées et faufilées par le vent ; notre être se refroidi, le stress de la journée semble s’envoler et nos visages se décrispent peu à peu. Nous échangeons de rapides salutations avec les passants qui nous font l’amitié. Nos bouteilles se vident. Nous parlons de tout et de rien : politique, société, relations filles–garçons, sexe, bref, tout ce qui intéresse les jeunes de notre âge et de notre époque. Nous sommes trois. L’unique fille de notre petit groupe est assise au milieu.

Cela fait plus d’une vingtaine de minutes que cette fille a le regard perdu de l’autre sens. Visible dans son champ de vision, je croyais qu’elle me regardait :
-  Pourquoi me regardes-tu ainsi ? lui ai-je questionné
-  Je ne te regarde pas.
-  Ah, bon ! qui d’autre regardes-tu ?
-  Tu ne vas jamais changer, toi !
-  De toutes les façons, quand ça va pourrir ça va sentir !

Visiblement elle est triste. Malgré l’effort de cacher son état d’âme, sa mimique l’a trahi.
Je reviens à la charge mais cette fois ci en suivant son regard. Je vois maintenant ce qu’elle regardait depuis. Qu’est-ce que je vois ? Incroyable ! Dans quelle société sommes-nous ? L’humanité a encore un sens ? Je n’en crois pas à mes oreilles et pourtant c’est vrai. Pourquoi donc nier l’évidence ? Je gratte ma tête. J’observe. Une fille, une petite fille, une fillette, une gamine…une lolita à la poitrine naissance entre les mains d’un vieux. Elle a 12 ans ; 13 ans ; 15 ans, voilà les âges que nous lui avons attribué. Mais ma proposition de 15 ans a été battue en brèche par les deux autres. Elle avait donc moins de 15 ans et ce mâle, visiblement sexagénaire ne se gênait absolument pas du tout de malaxer ses bourgeons de seins. Quelques minutes d’échanges, debout avec l’enfant juste à côté de la voiture suffit pour la convaincre. Elle s’engouffre dans la voiture dont un autre monsieur était déjà scotché au volant. Notre sexagénaire s’introduit à son tour. On entend le bruit de la portière et c’est parti ! Où vont-ils ? Bien malin qui pourra répondre.

Un réseau de proxénète ?

Cette fillette n’est pas venue d’elle-même. Elle a été conduit par un autre monsieur jusqu’au lieu de la rencontre. Lorsque ce dernier est arrivé avec l’enfant, lui et notre sexagénaire ont pris de la distance pour des échanges. Que se sont-ils dit ? On ne saura répondre mais tout semble croire que le conducteur de la fille a reçu une compensation. Un réseau de proxénètes de mineurs ou un deal d’une autre forme ? Peut-on appeler cela de la prostitution ? Nous en doutons fort. Les hommes murs d’âges, sans scrupules exploitent la naïveté et l’innocence des enfants pour se procurer un revenu. C’est en cela que les forces de sécurité doivent jouer leur rôle de protection des personnes, surtout celles qui sont encore à l’âge d’inconscience et d’insouciance. La société va mal, il faut agir donc sans délai pour rétablir l’ordre ! vivement !

Masbé NDENGAR

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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