Être une femme mariée au Mali : un supplice !

PAYS : Mali
DATE DE PUBLICATION : jeudi 11 janvier 2018
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Le Mali est un pays bien bizarre. Incompréhensible. Quand tu es étranger et que tu y arrives, tu te dis que les maliens sont des personnes bien gentilles, ouvertes, accueillantes. Surtout les maliennes. Ces mères de foyers qui accueillent tous les enfants comme les siennes. Elles sont impressionnantes. Extraordinaires.

Leurs filles te diront travailler pour mettre fin à leurs malheurs. Leurs fils aussi. Parfois. Quand ils ne travaillent pas à rendre leurs épouses aussi malheureuses que leurs pères se sont employés à rendre leurs mères malheureuses.

Je ne dis pas que le bonheur du foyer n’existe pas pour la femme malienne mariée. Mais j’évoque seulement cette tradition qui veut qu’une personne qui a déjà vécu les violences dans son foyer s’occupe de l’éducation de sa fille et qu’elle ne fasse que la conditionner pour être le punching-ball de son futur époux.

Dans la majorité de nos sociétés, la femme est un être inférieur, qui est éduquée en prévision de son rôle de reproductrice et de bonne à tout faire.

D’ailleurs, chez certains, pire, ce n’est que de la main d’œuvre pour les cultures. Elle et ses enfants.

Le malien se dit moderne maintenant. Il va à l’école. Sait lire et écrire. Dispose d’une télévision [et même d’un climatiseur] dans son salon, mais pourtant, fait vivre sa famille dans des conditions plutôt abordables, mais, malheureusement, n’hésite pas à frapper la personne qu’il nomme compagne.

D’aucuns diront qu’il y a des circonstances atténuantes, le comportement de la femme qui n’est pas nette, trouveront la jalousie aussi comme alibi. Mais ne reprocheront jamais quelque chose à l’animal, qui oublie toute retenue, allant parfois jusqu’à tuer sa femme. Nous avons vu des cas tragiques provoquer l’émoi.
Mariam, Kamissa, Fanta dernièrement, assassinée jusqu’à Koulouba [palais présidentiel], lieu de son travail. Tuée. Assassinées par leurs conjoints.
Certains, politiciens, parlent de la nécessité de s’émanciper pour la femme africaine, sans pour autant chercher à connaitre la vie de ces femmes. [Cc Macron]
On leur reproche les 6/7enfants par femmes. On ne cherche pas à connaitre les conditions dans lesquelles ces enfants sont faits.

Quand la femme se retrouve mariée à un bloc de muscles appelé « HOMME », être suprême, qui pense être le seul à avoir droit à des égards, au bonheur, au plaisir sexuel, elle se retrouve dans une prison, qui n’est même pas dorée.
Quand tu te maries, ces mêmes femmes qui étaient maltraitées, frappées par leurs maris, te conseillent la patiente, t’enrobant dans cette chaine du silence dès que le prince charmant se transforme en tyran, violant.

Tu deviens la propriété de cette personne, qui peut t’empêcher même d’exercer un métier si cela lui chante ! Ton corps et même ton esprit lui appartiennent.
Tu veux planifier les naissances de tes enfants ? Il faut qu’il soit d’accord !
Adhérer à une association ? Faut avoir son aval !

Un téléphone ? Son accord est requis même si tacite, car il se donne le droit de te le prendre, regarder ce que tu en fais, te demande des comptes quand des personnes qu’il ne connait pas t’appellent. D’ailleurs, tu ne seras pas étonnée qu’il exige que tu quittes les réseaux sociaux parce qu’il pense que des pervers (qui te dragueront très certainement) s’y trouvent ou qu’il te fasse une scène parce qu’il t’a appelé et trouvé en conversation avec une autre personne « pourquoi je t’appelle et je ne te trouve pas ! Tu parlais avec qui ? » te dira-t-il d’une voix courroucée !

Quand il n’est pas éduqué, c’est pire. Toutes les occasions sont bonnes pour te donner des coups. Comme à sa vieille moto qui refuse de démarrer.
D’ailleurs, le mari analphabète est encore pire ! Il te fera vivre dans des conditions difficiles, pour mieux avoir le contrôle sur toi. Une femme sans pouvoir économique est une femme à la merci de son mari.

Beaucoup trouvent la malienne courageuse. Au four et au moulin. Qui n’est pas impressionné par ces bouts de femmes qui parcourent les foires des villages, toujours un enfant au dos, vendant ou achetant des marchandises… Se battant pour sa progéniture. Alors que monsieur s’enrichit en silence.

Article initialement publié sur le blog de Fatoumata Harber

« L’homme doit être occupé de telle manière qu’il soit rempli par le but qu’il a devant les yeux, si bien qu’il ne se sente plus lui-même et que le meilleur repos soit pour lui celui qui suit le travail. Ainsi l’enfant doit être habitué à travailler. Et où donc le penchant au travail doit-il être cultivé, si ce n’est à l’école ? L’école est une culture par contrainte. Il est extrêmement mauvais d’habituer l’enfant à tout regarder comme un jeu. Il doit avoir du temps pour ses récréations, mais il doit aussi y avoir pour lui un temps où il travaille. Et si l’enfant ne voit pas d’abord à quoi sert cette contrainte, il s’avisera plus tard de sa grande utilité. »

Emmanuel KANT, Réflexions sur l’éducation

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