Face aux terroristes du RSP les résistances s’intensifient

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : samedi 19 septembre 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique
AUTEUR : Redaction

La transition tirait vers sa fin. Nous étions à quatre jours des débuts des campagnes pour les élections législatives et présidentielles. Mais on n’y arrivera pas. La raison : le Régiment de sécurité présidentiel(RSP), garde prétorienne du président déchu, Blaise Compaoré a fait irruption au dernier conseil des ministres de la transition ce 16 septembre 2015. C’est le début de la prise d’otage du président Michel Kafando et du 1er ministre Isaac Yacouba Zida ainsi que tous les membres du gouvernement. La prise d’otage se transforme en une séquestration du Président du Faso et du 1er ministre. La nouvelle ne tardera pas à tomber : un coup d’État vient d’être tombé comme un coup de poignard dans le dos des burkinabè. Les putschistes, auteurs du coup et tous issus du RSP ont mis en place le Conseil national pour la démocratie (CND) avec à sa tête le Général Gilbert Diendéré, éternel compagnon et très proche de Compaoré.

« Le président du Faso est démis de ses fonctions ; le gouvernement de transition est dissout ; le conseil national de la transition est dissout », voilà la substance du communiqué mettant fin au gouvernement de transition. En lieu et place de la transition, les putschistes ont mis en place le Conseil national pour la démocratie(CND) présidé par Gilbert Diendéré. « Gilbert Diendéré a enfin atteint son but », disent les burkinabè. C’est donc connu que Gilbert Diendéré voulait le pouvoir depuis que la bourrasque populaire a envoyé son mentor Blaise Compaoré en belle famille. La résistance populaire se met immédiatement en place. « On ne laissera pas des voyous, des délinquants et des drogués du RSP nous diriger », laisse entendre la population en colère. Les rues de Ouaga s’enflamment. Le RSP tire à balles réelles sur les manifestants. Les cadavres jonchent désormais le sol de Ouagadougou. ON parle de plus d’une vingtaine de morts. Les responsables des organisations de la société civile et certains leaders politiques sont traqués. Leurs maisons et bien incendiés. Les journalistes sont violentés, frappés, leurs matériels de travail confisqués. Les médias ainsi que les journalistes sont bâillonnés. La radio Oméga, la moins chanceuse a été purement et simplement incendiée. Les coups de fusils retentissaient dans les quartiers. Les éléments du RSP en cagoule ou avec des banderoles (digne d’une rébellion ou d’une guérilla urbaine) sur la tête poursuivent les manifestants jusqu’à dans les quartiers. La population appelle à la résistance contre ceux qu’elle qualifie désormais de terroristes ou de braqueurs. Les femmes du marché de Wemtenga, secteur 44 de Ouagadougou ont été sonnées à quitter le marché. La panique est générale. La peur gagne les populations jusqu’à dans leur domicile. Les balles sifflaient de partout. Au bout de trois jours, on compte plus de vingt morts et plus d’une centaine de blessés. Pour certains, les démons de l’apocalypse sont sortis de l’enfer. « Burkina Faso, destination à ne pas manquer », comme le mentionne un spot publicitaire est devenu désormais la destination de la grande terreur.

La résistance s’intensifie dans toutes les villes du Burkina. Les routes sont barricadées. Les pneus sont brulés par ci et par là. Personne n’obéit aux mots d’ordre des nouvelles autorités. Le couvre-feu instauré de 19h à 6h du matin est boycotté à Ouaga et reste un vain mot dans les provinces. Pour bon nombre de burkinabè il faut résister par tous les moyens aux terroristes qui sèment la terreur dans le pays. on est "prèt à mourir pour sauver la République, la patrie ou la mort nous vaincrons", scandaient les manifestants poings levés.

Le RSP se base sur le nouveau code électoral qu’il qualifie de loi d’exclusion pour perpétrer son coup. Ridicule ! On peut bien expliquer les raisons qui ont poussé à ce coup de force mais on ne peut jamais justifier un coup d’État, surtout pas celui-ci, à la fois stupide et désavoué par tous. Et même si la raison avancée pour expliquer ce coup était valable, une question s’impose : le RSP a-t-il un parti politique qu’il soutien ? La réponse se trouve dans les paroles des leaders du CDP qui sont les rares partis politiques qui affirment soutenir cette tentative de coup d’État. Alors quelles sont les raisons inavouées de ce putsch ? Les intérêts égoïstes et égocentriques dont parlait le président Michel Kafando semblent justifier cela. Bref, Sanogo peut dormir tranquillement dans sa cellule, lui qui détenait jusque-là le score du coup d’État le plus stupide du monde car, cet après-midi du 16 septembre, Diendéré l’a détrôné. Il vient de faire un coup d’État à un gouvernement de transition qui devait s’en allé dans trois petites semaines après des élections démocratiques.

Masbé NDENGAR

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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