Grèves des hommes de médias publics du Burkina : carton rouge à Rémis Dandjinou

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : samedi 29 octobre 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Médias

Écran noir dans les médias publics du Burkina Faso. Visiblement rien ne va plus. Les grèves s’enchainent les unes les autres. Sit-in puis des grèves pour demander l’amélioration de leurs conditions de vie. Eux, ce sont les hommes et femmes des médias publics. Le gouvernement est resté sourd à leurs cris puisque aucune satisfaction n’a été apportée à leur doléance. Pour se faire entendre, ils montent de nouveau au créneau avec une nouvelle grève de 96h débutée le 26 octobre 2016. C’est un véritable bras de fer qui a opposé les grattes papiers aux policiers qui ont eu l’énergie débordante pour arracher par force leurs banderoles. Le ministère de la communication, ministère de tutelle semble peu regardant sur ce saut d’humeur de ses employés. S’il s’agissait d’une compétition où le jury est sensé sanctionner le mérite par des « cartons » eh bien Rémis Dandjinou n’aura pas autre que le rouge.

Sit-in, grève de 24h puis de 72h et de 96h… la situation des hommes de médias publics est critique. A travers ces divers mouvements de grèves, on voit que le Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (Synatic) hausse grandement et graduellement le ton. Il ne compte pas baisser les bras afin de rentrer dans ses droits. En rappel, la revendication du SYNATIC est d’ordre financier, matériel et moral. Malgré leurs cris, le gouvernement semble rester sourd. Pendant ce temps la situation évolue de mal en pire.

Pour ce faire entendre, le SYNATIC n’a pas d’autres choix que de recourir de nouveau à la rue. Le macadam pour la 3e fois sinon plus a commencé le 26 octobre 2016. Curieusement un acteur inconnu s’invite comme opposant à la lutte : la police. Elle n’a pas trouvé mieux à faire que de bander les muscles. Fièrement, sans gêne ni honte, le directeur général de la police, Lazare Tarpaga a fait irruption et aurait intimé l’ordre à ses hommes de déguerpir les grévistes. Ainsi, les banderoles ont été arrachées sans management. Interdiction d’implanter les tentes sur le site. On se demande finalement si la grève est un droit légitimement reconnu.

Jamais les médias publics n’ont été dans une telle impasse. Qu’est-ce qui explique cette attitude de l’homme de carton, Rémis Dandjinou ? Pourquoi reste-t-il sourd aux revendications des siens ? Face à cette situation à la fois lamentable et pitoyable, quel carton convient-il d’attribuer au ministre de la communication ? La situation impose elle-même le carton rouge foncé. Il est absurde que ces hommes qui constituent la vitrine du pays sur l’extérieur deviennent le paria du ministère de tutelle. Le donneur de leçon d’hier peine à assumer ou à résoudre les problèmes d’ordre vestimentaires, financiers et matériels de ses collègues. Qu’il est plus facile de critiquer à travers le petit écran !

On se rappelle qu’il y a seulement quelques années de cela l’actuel ministre de la communication avait jugé inopportun l’existence du ministère de la communication. Il est aujourd’hui le 1er responsable de ce département. Comme l’histoire peut être parfois ironique ! Bref, la situation dont il est en partie responsable n’est-il de nature à faire disparaitre purement et simplement son ministère dont il doutait de son importance sous le régime de Blaise Compaoré ? Il est regrettable de constater que de tels actes se produisent dans un Burkina dont le peuple veut nouveau après des âpres luttes de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014. C’est au nom de cette liberté que le peuple a décidé de débarrasser le pays d’une dictature vieille de 27 ans.

Bien que le bilan des prédécesseurs de Rémis n’est guère reluisant mais toute proportion gardée notre actuel ministre est loin de faire mieux qu’eux. S’il s’agit de porter sur la balance leurs œuvres, le poids se penchera sans aucun doute du côté de l’homme de carton. Comme l’ensemble du gouvernement, jusque-là le ministère de la communication navigue à vue sans une grande perspective. Rémis, l’attente des hommes de médias est immense et reste intacte. C’est un rappel. Si la situation persiste alors ça sera votre départ que les hommes de médias demanderont dans l’avenir et ce, vous n’y pouvez rien. Sortir par la petite porte n’est pas à votre honneur mais si vous n’y prenez garde, cela risque bien fort d’arriver ! La balle est dans votre camp !

Masbé NDENGAR

« Oui, nous [Blaise Compaoré et moi] habitons l’un en face de l’autre. Je l’ai invité à déjeuner. Nous avons échangé sur ce qui lui est arrivé, car, comme moi, il a subi un coup d’Etat. Je l’ai trouvé serein et je crois que je suis un exemple pour beaucoup. Il faut de la patience, de la sérénité … Le temps est un facteur important. »

Henri Konan Bédié in J.A n°2945 du 18 au 24 juin 2017.

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