Guy Hervé KAM : « A travers nous, c’est tout le peuple du Burkina qui est honoré »

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : jeudi 2 juin 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Culture
AUTEUR : Redaction

Le mouvement le Balai Citoyen a reçu le 28 mai dernier à Dakar, le prestigieux prix « ambassadeur de la conscience », la plus haute distinction d’Amnesty International. Il partage ce prix avec les mouvements Y’en a marre du Sénégal, la LUCHA de la RDC et la chanteuse Angélique Kidjo du Bénin. Ce prix récompense chaque année des personnalités ou structures, qui ont fait preuve d’un courage exceptionnel dans la lutte contre l’injustice, la promotion et la défense des droits humains, en mettant leur talent au service de la mobilisation. C’est ce qui été reconnu au Balai Citoyen par Amnesty International. Avant cette organisation, des sommités comme Nelson Mandela et le musicien Peter Gabriel ont également reçu cette distinction. Quelques jours après ce sacre, DROIT LIBRE TV est allée à la rencontre de Me Guy Hervé KAM, l’un des porte-paroles du Balai Citoyen, de retour de la cérémonie de distinction à Dakar.

Votre organisation, le Balai Citoyen a été distinguée « ambassadeur de la conscience » par l’ONG Amnesty International le 28 mai dernier. Quels sont vos sentiments ?

Ce sont d’abord des sentiments de joie et de fierté. Joie et fierté parce que ce n’est pas rien d’être reconnu comme méritant par une organisation comme Amnesty International, dont le sérieux n’est plus à démontrer. Ensuite, ce sont des sentiments d’humilité. Humilité parce que nous avons conscience qu’à travers nous, c’est toute la jeunesse du Burkina Faso et tout le peuple du Burkina qui est honoré. En réalité, nous ne sommes que les représentants de l’ensemble des bénéficiaires de cette distinction.

Qu’est-ce que ce prix représente pour vous ?

Nous pensons que par ce prix, Amnesty International a fait le pari de l’espoir dans un continent où l’espoir est une denrée rare. C’est dans cette optique que nous voyons ce prix comme un appel à persévérer dans la sensibilisation de la jeunesse burkinabè, dans la lutte pour la bonne gouvernance et pour le triomphe des droits de l’Homme. Ce prix, c’est aussi un engagement que nous prenons, celui de ne pas trahir les idéaux qui nous ont valu cette distinction. Quand on regarde les précédents lauréats de ce prix, quand on hérite de personnes comme Nelson Mandela on se dit forcement qu’on n’a pas droit à l’erreur.

Vous étiez en personne à Dakar en compagnie de votre co-porte-parole Smockey pour la réception du prix. Pouvez-vous nous compter l’évènement ?


Je remercie vraiment Amnesty pour ces moments forts qu’elle nous a donné de vivre à l’occasion de la remise des prix. D’abord c’était les retrouvailles avec nos camarades de Y’en a marre et de la Lucha-Filimbi. Ces moments où nous faisons et refaisons l’avenir de l’Afrique, où nous nous remobilisons mutuellement. Cette fois, il y avait une autre envergure. La présence d’Angelique Kidjo que beaucoup d’entre nous ne connaissions que par sa musique. Nous avons vu une maman Africa qui nous a inondées d’énergies positives et qui désormais est une des nôtres. Quant à la cérémonie proprement dite, je retiens l’appel émouvant lancé par nos camarades de la RDC qui ont choisi de franchir la porte de l’honneur en lieu et place de celle du déshonneur. Pour le reste, notre camarade Smockey a assuré par des messages poignants comme il en a le secret.

Quels sont les retombées de ce prix ?

Je n’en sais rien. Pour nous, le prix est d’abord, comme je l’ai dit plus haut, un engagement que nous prenons. Maintenant, s’il y a des retombées positives, c’est bien. Mais nous, nous voyons plutôt ce à quoi ce prix nous oblige dorénavant.

A travers cette récompense, c’est le Balai Citoyen qui est honoré et par-delà tout le peuple burkinabè comme vous l’avez dit. Avez-vous un message particulier à adresser à ce peuple ?

Notre message n’a pas changé et il ne changera pas. C’est un message de responsabilité et de fraternité. Personne d’entre nous n’est rien sans les autres. Alors il faut aller au combat, chacun à son niveau, pour le changement tant attendu par le peuple et pour le peuple. Il faut aller au changement dans la vérité, la Justice et la Réconciliation, sans brûler les étapes.

Vous recevez ce prix dans un contexte difficile où votre mouvement ne cesse d’alerter l’opinion et mettre en garde le pouvoir de Roch Kaboré sur ce que vous qualifiez d’ « immixtion de l’exécutif dans le judiciaire » dans l’affaire du putsch de septembre 2015. Avez-vous prévu d’autres actions dans ce sens ?

Depuis notre création nous sommes dans l’action, et nous continuerons. La Justice est une préoccupation majeure car c’est elle et rien qu’elle qui conditionne la paix. Martin Luther King a dit fort justement que la paix ce n’est pas l’absence de la violence, mais la présence de la Justice. La transition vers une justice indépendante, efficace et à visage humain, est lente. Si l’on veut y arriver, il ne faut pas marchander les principes. Sur ce terrain, nous ne ferons aucune concession possible.

Interview réalisée par Ismaël COMPAORE

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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