Inclusion financière des jeunes : mythe ou réalité au Burkina ?

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mardi 14 août 2018
CATEGORIE : Articles
THEME : Emploi

Ce matin, les locaux de la Direction Générale des Examens et Concours (DGEC) ne grouillent pas de monde. La date limite des dépôts de dossiers pour le recrutement de 400 professeurs certifiés en Mathématiques, Physique-Chimie et Sciences de la Vie et de la Terre, a été prolongée d’une journée. Mais visiblement, le message n’a pas touché grand monde parmi les aspirants à la Fonction publique.

Quatre guichets réceptionnent les candidatures depuis le 28 juillet à la DGEC. Les premières journées, « les gens venaient même dormir ici pour avoir la chance de postuler. Et on pouvait collecter par jour au moins 500 candidatures », explique un agent réceptionniste.

La faible affluence de ce dernier jour de dépôts se ressent devant le parking désert. Dans la cohue qui règne entre les écrivains publiques et marchands de timbres fiscaux, un d’entre eux, Omar Batiéné, en 2e année de Mathématiques à l’Université Ouaga 1 Pr Joseph Ki-Zerbo (UO PJKZ), hèle des passants sur la voie qui jouxte la DGEC, espérant trouver au moins un client.

Il y est depuis le début des candidatures et est témoin de l’engouement suscité par les concours de la Fonction publique. De nombreux demandeurs d’emploi ont eu besoin de ses services, soit pour rédiger leurs demandes ou pour s’acheter des timbres fiscaux. Le timbre fiscal est indispensable pour chaque dossier. Son coût 200 FCFA au service des impôts, est majoré de 50 FCFA sur place.

Il se souvient que les jours de grande affluence, il finissait sa journée avec un bénéfice minimal de 7.500 FCFA, en dépit de la grande concurrence imposée par une dizaine de « collègues », essentiellement des étudiants comme lui. Cela lui permettra de couvrir sur une certaine période ses besoins d’étudiants : nourriture, loyer, transport, photocopies…

Omar a lui-même postulé aux concours de recrutement des génies civiles et des techniciens de laboratoires, pour le compte de l’Etat. « J’aspire à décrocher mon Master… Mais les conditions d’étude et l’allongement des années académiques à l’Université (UO/PJKZ) m’obligent à passer les concours ».

Le système universitaire burkinabè connait une profonde crise qui occasionne depuis 2008 le chevauchement des années au point qu’une année académique va parfois au-delà de 12 mois.

Au total, le gouvernement a prévu de recruter en 2018 14.414 agents dans 103 concours pour renforcer l’administration publique, contre 22.775 en 2017.

Propriété intellectuelle sur les projets, accès aux terres… des obstacles vers l’entrepreneuriat ?

La baisse progressive du nombre de postes à pourvoir dans la Fonction publique au fil des années, incite de plus en plus les jeunes burkinabè à se lancer dans l’entrepreneuriat. Awa Diabagaté, 20 ans, étudie la fiscalité dans une Université privée et souhaite se « lancer dans l’élevage ».

Elle dit être désenchantée des appels à financements de projets : « Il arrive que tu postules, tu n’es pas retenue et après tu vois qu’on t’a volé ton projet. C’est ce qui me décourage. Pour avoir des crédits et même avoir accès aux terres, ce n’est pas évident. Surtout quand tu es une femme… », déroule la jeune fille.

Pour Awa, vu que les femmes sont majoritaires (52% de la population), « appliquer les textes qui garantissent les droits des femmes » pourrait contribuer à développer l’économie nationale. Au Burkina Faso, les droits relatifs aux genres demeurent un défi en raison du déficit de textes législatifs y afférents ou du manque d’application de ceux déjà existants.

A l’UO/PJKZ, sur la chaussée qui longe l’entrée principale, pullulent de jeunes photographes, tous étudiants pour la plupart ou ayant fini leurs études. Certains possèdent une longue expérience dans ce métier et croient avoir une voie vers l’entrepreneuriat.

Quelle place pour les PME dans la concurrence ?

Parmi eux, Mister Zi, prépare son Master en Lettres Modernes option Critique littéraire. Il n’a jamais postulé aux concours de la Fonction publique. Selon lui, l’Etat n’est pas à mesure d’absorber l’ensemble des chômeurs. Et puis, « tout le monde ne peut pas terminer les études. Il faut miser sur la formation professionnelle avec l’apprentissage de métiers en cas d’échec scolaire ».

Son activité de photographe lui permet de subvenir à ses charges existentielles depuis 2011. Au Burkina Faso, les entrepreneurs débutants sont confrontés à la rude concurrence du marché. Même si sa vocation principale est de finir professeur d’Universités, il aspire également à étendre sa petite entreprise qui soutient ses études depuis lors.

« Il faut revoir les taxes (pour les Petites et Moyennes Entreprises) et les adapter selon les débuts difficiles. Je pense que cela aussi découragent les jeunes qui veulent entreprendre. (…) On ne comprend pas les conditions d’attribution des marchés… », explique Mister Zi.

« Le Burkina Faso compte (…) un taux de chômage de 20% pour les femmes contre 8% pour les hommes », selon un rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) présenté en mars 2017 à Ouagadougou et intitulé « Accélérer les progrès en faveur de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes en Afrique ».

En rappel, les compositions pour les concours de la fonction publique session de 2018 sont prévues pour se dérouler du 25 août au 08 septembre prochain.

Hassimi Zouré

« Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».

Nelson Mandela, in Un long chemin vers la liberté.

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