Insurrection populaire au cœur du FESPACO

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mardi 10 mars 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Culture
AUTEUR : Redaction

Chose promise, chose due ! la soirée spéciale de projection des reportages compilés sur l’insurrection populaire annoncée par Droit Libre TV a eu lieu au Centre National de Presse Norbert Zongo (CNP-NZ) le 4 mars 2015. Hommes femmes, vieux, enfants, tous ont effectué le déplacement. Le CNP-NZ avait du mal à contenir ce beau monde. Personne n’a voulu se faire conter l’événement. Étaient aussi présents Didier Awadi, Sams’k Le Jah ainsi que les Journalistes Reporters de Droit Libre TV qui ont échangé à bâton rompu avec le public.

La soirée a débuté par la projection tant attendue des reportages sur l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014. C’était un moment fort d’émotions. Ce sont des applaudissements nourris qui ont accompagné la diffusion de chaque reportage. La joie et la fierté se lisaient sur les visages cachant aussi la tristesse par moment. En effet, les uns et les autres avaient du mal à dissimuler leur émotion à la diffusion du reportage titré Martyrs de la révolution de 30 octobre : un rappeur tombé pour la patrie. C’est un reportage qui retrace le parcours d’un jeune rappeur tombé le 30 octobre à proximité du domicile de François Compaoré. Fab La Faim était son nom d’artiste et à travers lui un hommage général a été rendu aux martyrs des 30 et 31 octobre dernier. Les autres titres comme Le Balai Citoyen au cœur de la lutte ; les manifestants à l’assaut de l’Assemblée nationale ; Quand les spatules battent le macadam n’étaient pas sans impact.

L’insurrection n’était qu’un échauffement…

Après la projection des « films », place aux questions-réponses. Et c’est à bâton rompu que Sams’K Le Jah a discuté avec le public qui était visiblement curieux d’en savoir plus. Les gens avaient soif de savoir comment les organisations de la société civile comme le mouvement le Balai Citoyen ont préparé cette insurrection, comment s’est-il pris dans le feu de l’action ? Le ton est cependant monté lors des échanges lorsqu’une femme, dans le public a posé la question suivante a Samsk Lejah : « ne pouvait-on pas faire partir Blaise Compaoré autrement ? ». « Proposez nous donc une autre solution, madame », a immédiatement rétorqué Sams’K. Dès lors un silence de mort s’installe. Son silence était sa propre réponse, ont adjugé les autres. Les réponses s’enchainaient et à un autre d’ajouter : « madame ce qui s’est passé les 30 et 31 octobre n’étaient que l’échauffement ; la vraie révolution est en route et si les membres du CDP continuent à tenir des propos déplacés alors ils nous trouveront une fois de plus sur leur chemin ». Il poursuit : « Que Dieu vous donne une longue vie pour que vous puisiez voir ce qui va venir ». Il bénéficie dès lors des hourras et des vivats du public qui a fini par laissé entendre à l’unisson : « oui, la lutte continue ! ».

Quant à l’équipe de Droit Libre TV, elle n’a pas manqué l’appréciation et les félicitations des téléspectateurs qui avaient les yeux rivés sur l’écran. Ils étaient étonnés que ces hommes aient bravé la peur pour être au cœur de l’action où les armes crépitaient dans l’épaisse fumée des gaz lacrymogènes . « De Bobo-Dioulasso à Ouagadougou, les journalistes ont fait preuve de courage extrême », foi du public.

Droit Libre TV doit projeter ces reportages dans tout le pays

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L’initiative de Droit Libre TV a été fortement appréciée et encouragée. Pour cette raison, le public estime qu’il est important d’élargir cette projection non seulement dans tous les quartiers de Ouaga mais dans tout le pays pour permettre à la population de comprendre ce qui s’est passé mais surtout connaitre la vérité.

Les participants n’ont pas caché leur émotion : « lorsque j’ai appris que Droit Libre TV devrait projeter des reportages sur l’insurrection, j’ai tenu coûte que coûte à être présente car je me suis dit qu’il était impossible de ne pas évoquer le sujet sur l’assemblée nationale. J’étais malade pendant l’insurrection et j’ai raté ces événements », a laissé entendre Lucie Kéré, fonctionnaire au département de la communication de l’assemblée nationale, larmes presque aux yeux. « Que cela serve de leçons aux dirigeants. Plus jamais ça dans notre pays ! » A-t-elle conclu tristement.

Des débats francs, le ton par moments est monté , avec des coups de colère entre intervenants, malgré l’intervention du modérateur. Les échanges étaient non seulement passionnants mais avec beaucoup d’avertissements vis-à-vis des velléités des dignitaires de l’ancien régime . Au final c’est sur des notes de mise en garde contre toute tentative de récupération et de confiscation de la victoire du peuple que invités et public ont terminé cette soirée dans les locaux du CNP-NZ.

Masbé NDENGAR

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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