Juillet 1994 - Juillet 2014 : 20 années de répression et de violations impunies des droits humains en Gambie

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mardi 29 juillet 2014
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique
AUTEUR : Redaction

La Gambie est l’objet de plusieurs critiques récurrentes et sanctions depuis l’accession au pouvoir par coup d’état de Yahya Jammeh le 22 juillet 1994. Les violations des droits humains y sont légions. Dans une déclaration conjointe datée du 22 Juillet 2014, soit 20 ans après l’arrivée au pouvoir de Yahya Jammeh, 1O organisation de lutte et de défense des droits humains signent depuis Ouagadougou, une déclaration conjointe pour dénoncer les « 20 années de répression et de violations impunies des droits humains en Gambie ». Nous vous proposons l’intégralité de cette déclaration.

DÉCLARATION CONJOINTE

22 Juillet 1994-22 Juillet 2014 : 20 années de répression et de violations impunies des droits humains en Gambie

Le 22 juillet 1994 un groupe de militaires dirigés par le lieutenant Yahya Jammeh renverse, par un coup d’Etat, le Président Dawda Jawara au pouvoir en Gambie depuis 1970. Yahya Jammeh, aidé par l’armée, s’autoproclame Président de la République et cumule pendant un temps les fonctions de Président de la République, de Ministre de la Défense et de Ministre de l’Intérieur.

Le nouveau gouvernement ne tolère aucune opposition et se distingue par des violations graves et constantes des droits humains. Les défenseurs des droits humains, les journalistes, les opposants politiques et de simples citoyens critiques à l’égard de la politique gouvernementale subissent des manœuvres d’intimidation, des actes de harcèlement, des menaces de mort, des arrestations arbitraires, des incarcérations, des actes de torture, des disparitions forcées et d’autres mauvais traitements.

Parmi les violations des droits humains perpétrées ces 20 dernières années, on note la sanglante répression de manifestations d’élèves en avril 2000, le meurtre non encore élucidé du journaliste Deyda Hydara en 2004, la disparition forcée du journaliste Ebrima Manneh, la torture du journaliste Musa Saidykhan en 2006, les exécutions arbitraires de neuf prisonniers en 2012 et l’arrestation et la détention pendant 5 mois au secret du défenseur des droits humains Imam Baba Leigh la même année.

Depuis l’avènement au pouvoir du Président Yahya Jammeh, le système judicaire gambien s’est considérablement affaibli du fait de l’ingérence récurrente de l’exécutif et de législations toujours plus répressives visant à réduire au silence les voix critiques et dissidentes.

En avril 2013, les modifications du Code pénal adoptées par l’Assemblée nationale ont alourdi les sanctions pour toute personne qui "donne de fausses informations aux fonctionnaires". L’article 114 modifié fait passer l’amende de 500 dalasi (environ 13 dollars US) et d’une peine de prison de 6 mois à une amende de 50.000 dalasi (1.293 dollars US), prison à plus de cinq ans de prison.

Une nouvelle loi sur Internet adoptée en juillet 2013 précise qu’aussi bien les utilisateurs d’Internet que les journalistes et les blogueurs, coupables de diffusion de fausses nouvelles sont passibles de 15 ans de prison et d’une amende pouvant atteindre 3 millions de dalasi (74.690 dollars US).
En raison de la répression violente des voix dissidentes, un climat de peur s’est installé et incite les journalistes, les défenseurs des droits humains et les citoyens à se murer dans le silence ou à fuir le pays.
Devant ces violations flagrantes et répétées des droits humains dans ce pays qui abrite le siège de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), pourtant principal mécanisme africain de protection et de promotion des droits humains, nos organisations continuent de se mobiliser pour que cessent la répression et l’impunité en Gambie.

Nous alertons la Commission Africaine, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, les gouvernements africains, l’opinion et la Communauté internationale sur la détérioration de la situation des droits humains en Gambie, ces 20 dernières années.

Nous exhortons le Président Yahya Jammeh à s’assurer que les autorités gambiennes :

 abrogent les dispositions législatives utilisées pour restreindre la liberté d’expression, notamment la Loi relative à l’information et à la communication, la Loi relative à l’amnistie et la Loi portant modification du Code pénal ;

 protègent les journalistes, les défenseurs des droits humains et les militants politiques qui sont attaqués, arrêtés arbitrairement, incarcérés, torturés et soumis à des disparitions forcées pour avoir simplement exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association ;

 enquêtent sur les violations des droits humains qui leur sont signalées, et traduire les auteurs en justice ;

 libèrent immédiatement et sans condition tous les prisonniers de conscience et relâcher toutes les personnes actuellement détenues illégalement ou les inculper d’une infraction reconnue par la loi et les juger dans le cadre d’un procès équitable, y compris le journaliste Ebrima Manneh et les membres du parti de l’opposition United Democratic Party (UDP) Amadou Sanneh, Alhagie Sambou Fatty et Malang Fatty.

Fait à Ouagadougou, le 22 Juillet 2014

Signataires :

Amnesty International Burkina Faso
Le Directeur Exécutif
Yves Boukari TRAORE

Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture- Burkina Faso
Le Président
Francis ILBOUDO

Centre d’Information et de Formation aux Droits Humains en Afrique
Le Coordonnateur Générale
Etienne KABORE

Commission Nationale des Droits Humains-Burkina Faso
Le Président
Lockré Célestin SAMANDOULGOU

Association SEMFILMS
Le Coordonnateur
Abdoulaye DIALLO

Ligue pour la Défense de la Justice et de la Liberté
La Présidente
Florence OUATTARA

Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme - Burkina Faso
Le Président
Mathias TANKOANO

Centre National de Presse Norbert Zongo
Le Président
Justin COULIBALY

Forum Africain des Editeurs de Presse
Le Président
Cheriff SY

Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme
Le Président
Chrysogone ZOUGMORE

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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