Koglweogo à Fada, retour sur une journée électrique

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : vendredi 18 mars 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

Ce matin du 16 mars 2016, marché central paralysé, obstruction de la nationale N° 4 au moyen de gros porteurs, gestes de colère, propos et slogans hostiles au gouverneur de la Région de l’Est. Situation oblige, les agents du gouvernorat de Fada ont pris la clef des champs. Une foule d’un millier de femmes et d’hommes qui grouille sur la Place de l’Unité de Fada et, postés dans les angles stratégiques aux alentours du gouvernorat et de la maison d’arrêt, des éléments de sécurité sur le pied de guerre.

Le slogan à l’ordre du jour est sans ambiguïté : « Libérez koglwéogo ! ». Les manifestants passent la journée entre regroupements, rumeurs défavorables à l’autorité et tentatives de braver les cordons des forces de sécurité. C’est vers 17h que ceux-ci s’expriment à coups de gaz lacrymogène et de cordelettes pour disperser les plus téméraires qui rôdent encore dans les périmètres du marché central et de la Place de l’Unité. De même, plus d’une centaine de motos ont été retirées des mains de leurs propriétaires dans cette zone. De toute évidence les camps sont clairs, les menaces aussi.

Il y a environ une semaine que le sujet fait des gorges chaudes dans la cité de Yendabili : pour ou contre les koglweogo ? En face de la population quasi unanime, un gouverneur à cheval sur des principes légalistes que le citoyen lambda longtemps terrorisé par le grand banditisme ne veut entendre. Commerçants, artisans, fonctionnaires, paysans… des jeunes aux personnes âgées, femmes et hommes, ils tiennent à exprimer leur colère sur quelques points officiels relatifs à la mise en place des koglwéogo dans la Région.

Tout est parti de l’arrestation dans la journée du 11 mars dernier, d’une dizaine d’éléments koglwéogo, qui auraient molesté un présumé délinquant appréhendé par eux. Puis s’ajouta la sortie du premier responsable de la région affirmant sur les organes de la RTB(radio et télé) ses appréhensions quant à l’avènement dans son ressort territorial, d’éléments koglwéogo originaires notamment de Boulsa et de Pouytenga. Rumeurs, supputations, mécontentements au sein de la population ayant déjà intégré les koglwéogo comme un instrument salutaire pour la réhabilitation d’un climat de sécurité. Dialogue de sourds, atmosphère électrique à Fada N’Gourma où chaque seconde s’annonce est incertaine. L’étape redoutée dans la crise qui opposait la population de la ville de Fada une partie des autorités, en l’occurrence le gouverneur de la Région, est maintenant franchie depuis ce matin. Ce d’autant que le dialogue est rompu, la méfiance installée, la désobéissance actée.

Supputations, forts soupçons sur la sincérité du gouverneur à relever le sempiternel et mythique problème de la sécurité dans la Région de l’Est. « L’année dernière, le marché central a été visité à répétition par les délinquants ; nous avons perdu 132 millions de marchandises, et avec ça, on refuse des koglwéogo à Fada. », se fâche un employé de commerce. « La patrie ou la mort ! », appuie son camarade. C’est aussi cela la foule. Oui, c’est elle qui a décidé de la manifestation, au grand dam des représentants de la population et de la coordination communale des organisations de la société civile pour qui la journée devait être marquée par une demande d’autorisation à cet effet. Du moins, les incompréhensions sont tout aussi nombreuses que les incohérences dans la communication sur cette affaire.

Il est environ 20h30min : des manifestants recevraient en ce moment dans leurs domiciles des agents de sécurités. Le plus illustre est Moussa THIOMBIANO dit Django, responsable de troupe Boyaba, interpellé aux environs de 18h. Et probablement d’autres leaders avec lui, des imans… Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, pas plus tard qu’hier, ce septuagénaire était un représentant de la population. A la première heure de la journée, il disait fièrement avoir discuté au téléphone avec les responsables de la région. Forts des échanges avec celles-ci, il se disait investi de la mission de rassurer la population de la très prochaine remise en liberté des dix éléments koglwéogo actuellement détenus.

Il faut relever que tout n’a pas été dit dans le mégaphone de la Place de l’Unité ; certaines choses hautement compromettantes se partageaient de bouche- à- oreille. Il s’est dit que Fada pourrait bénéficier de l’arrivée d’un millier de koglweogo venus d’ailleurs. En tout cas la journée va être survoltée, avec à la clef l’implication massive de tous ceux qui se sentent frustrés par cette vague d’interpellations. Signe des temps, des maquis sont fermés, ceux qui ont ouverts sont sans musique.

Aimé BEOGO (collaborateur)

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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