L’alphabétisation fonctionnelle au Niger

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : vendredi 28 juillet 2017
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Le Niger est un pays aux multiples difficultés, aussi bien économiques, sociales que politiques. La conjonction de ces facteurs avec d’autres viennent aggraver, un peu plus, les conditions de vie des uns et des autres. En 2014, le taux d’alphabétisation était estimé à 26,5% ; l’accès à l’éducation est, somme toute, l’un des principaux défis que doit relever le gouvernement dans les années à venir. Pour ce faire, le gouvernement devrait aussi prendre en compte l’analphabétisme des adultes. C’est donc dans ce contexte que l’alphabétisation fonctionnelle a été instituée depuis des années.


Qu’est-ce que l’alphabétisation fonctionnelle ?

Ce type d’alphabétisation vise principalement les adultes. Son caractère fonctionnel tient au fait qu’elle est une composante, souvent essentielle, des projets de développement. L’alphabétisation fonctionnelle présente donc un double avantage.
En effet, elle lutte contre l’analphabétisme à travers un programme d’apprentissage intégrant, lui-même, des thématiques s’articulant autour de connaissances pratiques liées par exemple à la gestion de l’eau, de la nutrition, du vote, etc.

Fonctionnement d’un centre d’alphabétisation fonctionnelle

Lorsque vous visitez pour la première fois une telle classe au Niger, vous pourriez remarquer le clivage « homme-femme ». Effectivement, pour des raisons culturelles et religieuses, les femmes et les hommes sont instruits séparément. Les premiers participent aux cours dans la journée et les seconds attendent la soirée.

Il est aussi important de savoir que les classes sont, en général, construites ou allouées par les participants en guise d’apport au projet. Ce sont également les apprenants qui déterminent les horaires de classe. La gestion des matériaux et fournitures de cours (bancs, ardoises, craies, lampes, manuels, etc.), est confiée à un comité villageois d’alphabétisation, spécialement créé pour la circonstance, dont les membres résident exclusivement dans le village.

C’est d’ailleurs ce comité qui sélectionne les personnes qui bénéficieront gratuitement du programme d’alphabétisation fonctionnelle soumis par le projet.

À quoi ressemble une classe d’alphabétisation fonctionnelle au Niger ?

En regardant la première partie de cette vidéo, on a vraiment l’impression que le centre du village de Koundigué représente beaucoup plus une crèche, qu’une classe d’apprentissage réservée aux adultes.

Une classe d’ alphabétisation fonctionnelle est différente d’une classe traditionnelle puisque le publique ciblé est différent.

Ici, l’analphabète n’est pas exclusivement présent pour s’instruire, il est surtout là pour apprendre à pérenniser le fonctionnement d’une initiative pour le développement de sa communauté. Pour ce faire, la disposition même des apprenants doit être différente de celle d’une classe traditionnelle, où c’est le maître qui dirige tout.

En comparant ces schémas avec la vidéo ci-dessus, nous pouvons constater qu’ici les chefs d’orchestres sont, essentiellement, les femmes et les bébés. L’animateur parle très peu, car se trouvant dans une position relativement inappropriée tandis qu’il essuie littéralement des « cris de face » provenant des bébés. On voit à quel point une fécondité élevée au Niger peut avoir des conséquences sur le quotidien des mères.

Ah oui ! j’oubliais, le plafond de cette classe est squatté par des chauves-souris qui participent, elles aussi, aux animations à coup de grincements et de déjections. Ce qui donne au cours une saveur un peu particulière.
Les centres que j’ai visités sont essentiellement féminins ; non pas parce que j’aime les femmes, ce qui n’est pas faux, mais surtout du fait du décalage horaire entre une classe féminine dont les cours commencent entre 13, 14 ou 15 heures, selon les villages, et une classe masculine dont les cours ne commencent qu’après 20, 21, ou 22 heures du soir.

Du coup, il m’est devenu plus pratique de couvrir les centres féminins, puisqu’il est possible d’en faire plusieurs en une journée, pendant que le soleil est encore bien haut. Dans les zones rurales, les nuits sont hyper sombres, et comme j’ai très peur du noir, cela a peut-être influencé ma décision.
Bref, trêve de bavardage, j’ai quand-même surmonté ma phobie et pu en visiter quelques-uns comme on peut le voir sur les photos ci-dessous.

Si vous venez de terminer ce manuel de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) traitant de l’ alphabétisation fonctionnelle, vous serez bien surpris en visitant un vrai centre au Niger, surtout dans les zones rurales. Je ne suis pas spécialiste en la matière, mais je pense qu’il y’a un certain nombre de choses à revoir ...

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« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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