La contraception au Niger

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : mardi 4 juillet 2017
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Dans le cadre du partenariat de Ouagadougou, un projet qui promeut le développement et la planification familiale dans les 9 pays francophones d’Afrique de l’Ouest, des blogueurs et des journalistes ont été mobilisés afin d’en pérenniser les actions. J’ai donc aussi été invité à apporter ma modeste contribution en écrivant un article sur la contraception au Niger.

Crédit photo : CRENI de Madaoua, Tahoua 2014 (Niger)

Avec 7,9 enfants par femme, le Niger est tout simplement le pays qui enregistre le plus fort taux de fécondité au monde. Résultat, de 1960 à aujourd’hui sa population est passée de 3 à près de 21 millions d’habitants. Pourtant des programmes ont été financés dans le but de stopper cette fulgurante croissance de la population alors que la croissance économique peine à suivre.

Qu’est-ce que la contraception ?

Elle se définit comme un ensemble de méthodes modernes ou traditionnelles utilisées afin de stopper, momentanément, la procréation dans le but de mieux planifier les naissances en fonction de certains critères.

Pourquoi un taux de fécondité aussi élevé au Niger ?

Dans ce pays, et dans la plupart des pays sahéliens, le statut de « mère » est très valorisé. La fertilité est donc très plébiscitée, tandis que la femme ou l’homme stérile souffrent de stigmatisation car la stérilité est souvent considérée comme une malédiction. Aussi, la famille nombreuse bénéficie d’un prestige en ce sens qu’elle est respectée et qu’elle dispose d’un important réservoir de main d’œuvre capable de faciliter les travaux champêtres.

Au Niger, l’absence d’un système de sécurité sociale place la progéniture comme principale « valeur refuge » en cas de décès ou d’invalidité du père de famille. Si, en plus de ces facteurs, nous ajoutons le taux de mortalité infantile (qui reste quand même élevé), il apparait que le paysan n’a pas beaucoup de perspectives pour l’avenir et c’est plutôt la théorie des naissances de remplacement qui l’emporte.

La contraception explique-t-elle la baisse de la fécondité ?

“ L’échec d’un certain nombre de projets montre que connaitre l’existence d’une technologie est une condition nécessaire mais pas suffisante de son adoption „ (Jacques Giri).

Nous venons, plus haut, d’énumérer quelques causes, assez simplistes, justifiant cette forte fécondité. Mais ne suffit-il pas d’apporter une contraception pour résoudre ce problème ?

Et c’est là, je pense, qu’il faille réfléchir autrement ; en sociologie on dit souvent que « la concomitance n’est pas toujours une causalité ». Cela veut dire que ce n’est pas parce que des événements se passent en même temps qu’ils sont forcément liés. Il ne faut donc pas accorder beaucoup de crédits à certaines théories comme celle des naissances de remplacement.

La contraception n’est pas la cause directe qui fera baisser la fécondité, elle en est surtout le moyen qui permettra, raisonnablement, d’atteindre cet objectif. Cela signifie, qu’il existe des facteurs de blocage qu’il faille reconsidérer.

Comment la contraception est perçue au Niger ?

Dans les zones rurales du Niger, il existe, globalement, une certaine méfiance face aux méthodes modernes de contraception qui sont entre autre la pilule, le stérilet, le diaphragme, le préservatif, etc.

Ces méthodes modernes, mis en avant par l’occident, imposent tacitement des systèmes de valeurs qui peuvent créer des résistances. C’est ainsi que certains produits contraceptifs sont difficilement acceptés par les populations locales, lorsque d’autres sont carrément considérés comme des outils de dépravation, à l’exemple du préservatif, car ayant fortement été utilisé dans la lutte contre le Sida.

Cependant, il est important de savoir qu’il y’a, dans chaque société humaine, une régulation des naissances. Dans le cas du Niger, les principales méthodes contraceptives acceptées par l’écrasante majorité de la population sont traditionnelles : il s’agit de l’allaitement et du tabou post-partum. Les mères nigériennes pratiquent un allaitement intégral après l’accouchement. Des études ont prouvé que l’allaitement, lorsqu’il est régulier, a le même effet qu’une pilule contraceptive. Ainsi, cet allaitement combiné au tabou post-partum, période au cours de laquelle la mère se retire chez ses parents, protège la femme de toute possibilité de tomber enceinte à nouveau.

Mais malheureusement, cette puissante combinaison de méthodes contraceptives traditionnelles est rendue presque totalement obsolète du fait de la polygamie. En effet, le mari pourra toujours procréer étant donné qu’il dispose de plusieurs épouses.

L’Islam hostile à la contraception ?

Les sociétés sahéliennes sont très complexes dans leurs dynamiques, elles sont difficiles à apprivoiser. Même l’Islam, qui est souvent perçu comme hostile aux discours contraceptifs, n’a pas réussi à interdire certaines pratiques qui existaient bien avant son implantation. C’est notamment le cas des scarifications, formellement interdites pour les musulmans. Malgré cela, on trouve à ce jour des imams aux visages tatoués.

Les discours « anti-contraception », de certains chefs religieux sulfureux, ne sont absolument pas un frein qui pourrait empêcher d’atteindre de tels objectifs. Si nous comparons le Niger à l’Indonésie (le pays comptant le plus de musulmans dans le monde), le contraste est assez frappant. L’Indonésie enregistrait en 2016 un taux de fécondité de 2,13 enfants par femme, à peine un enfant de plus que la majorité des pays d’Europe. Même si ce pays a une dynamique sociale différente de celle du Niger, la contraception a porté ces fruits jusqu’au niveau des couches sociales les plus défavorisées.

Comment promouvoir efficacement la contraception au Niger ?

Si les campagnes de sensibilisation ont jusqu’ici échoué, c’est parce que les dynamiques globales de nos sociétés n’ont pas sérieusement été pris en compte et analysées.

Pour ma part, je crois que le meilleur moyen pour s’assurer de la bonne recevabilité du message par les populations, sur l’usage des méthodes contraceptives modernes, c’est l’éducation. Une fille éduquée sera moins fataliste, en plus elle aura une meilleure perception de son propre corps. L’éducation va aussi améliorer sa position sociale en lui assurant une certaine autonomie financière. Elle pourra donc consulter des médecins et aura une meilleure santé en matière de reproduction.

L’État devrait aussi lutter contre le mariage précoce et imposer le respect d’un âge minimum au mariage. L’âge au mariage influe sur la sexualité hors mariage et exerce donc un véritable contrôle par rapport à la survenue de la première naissance en gelant une partie de la vie féconde.

En attendant Rakiatou Kaffa-Jackou, ministre de la Population du Niger, dit promouvoir « …la sensibilisation au niveau des 256 communes du pays… ». Mais je pense qu’il faudrait aussi que Madame la Ministre songe à rendre les produits contraceptifs accessibles et surtout disponibles : les cases de santé dans les zones rurales du Niger sont assez peu approvisionnées.

Dans cet article, assez incomplet et généraliste, j’ai essayé de faire ressortir quelques-unes des grandes problématiques qui ont facilité l’échec de la contraception au Niger.

Les spécialistes de ces questions devront réfléchir sur de nouvelles approches, puisque celles classiques n’ont pas l’air de fonctionner.

Article initialement publié sur le blog deOusmane

« Effectivement, j’ai reçu la visite de deux personnes venues pour me demander pardon. Je leur ai demandé de quel pardon s’agit-il ? ai-je offensé quelqu’un ? Ils m’ont répondu qu’il s’agit de la mort de Norbert. Que de juste accepter le pardon. Blaise a dit qu’il n’est au courant de rien donc j’ai confié l’affaire à Dieu. Même si Blaise avait reconnu la mort de Norbert je ne peux en aucun cas prendre l’argent de son assassin. Même dans 100 ans Dieu va agir. Même si je ne suis plus vivante, rassurez-vous que justice sera faite. Assassiner de manière aussi violente, Dieu va agir », feu Augustine Zongo, mère du journaliste Norbert Zongo.

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