LA LUCHA/RDC : « Monsieur le président, nous préférons la dignité en prison que d’accepter votre grâce »

PAYS : Autres Pays
DATE DE PUBLICATION : lundi 25 juillet 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique
AUTEUR : Redaction

Le président Joseph Kabila de la République démocratique du Congo a signé trois ordonnances de grâce le 22 juillet 2016. Des trois ordonnances, l’une concerne les militants de la LUCHA (Lutte pour le changement). Condamnés à six mois d’emprisonnement ferme pour s’être opposés catégoriquement à la prolongation du mandat présidentiel, les six militants de la Lucha ont bénéficié d’une grâce présidentielle. Mais cela n’est pas de leur goût. Ils protestent et refusent à l’unisson de libérer les lieux. Ils témoignent ainsi leur solidarité à tous les prisonniers d’opinion détenus, pour la plupart injustement dans les geôles de Kabila.

L’une des choses la plus importante pour un prisonnier c’est sans doute la liberté. Mais certains l’ont refusé. C’est un cas assez rare. En effet, les militants de la Lucha du Congo RDC ont purement et simplement refusé la grâce présidentielle qui leur a été accordée par Kabila. Par cet acte courageux, ils disent être solidaire des autres congolais condamnés pour leur opinion. C’est un véritable coup de savate qui vient d’être donné à Joseph Kabila ! Cela a suscité le courroux du ministre de la Justice, Alexis Thambure Mwamba qui estime que c’est une humiliation pour le président de la République. Il vocifère : « Ils ne peuvent pas refuser la grâce du président. La grâce présidentielle est une mesure d’ordre public, donc opposable à tous(…) » Pour le ministre, les six militants seront expulsés de force de la prison. Si le peuple refuse tout du président de la République, y compris la liberté c’est que le malaise est plus que profond.

Il fallait s’y attendre, les autorités congolaises ont crié tout de suite à la manipulation de la classe politique. Un bouc émissaire vient d’être trouvé : l’opposition. Si on n’y prenne garde donc, ce prétexte grotesque est un motif suffisant pour emprisonner les opposants dérangeants. Kabila n’aura aucune honte ni aucun gène de gracier les militants pour les remplacer par les opposants.

Quoi qu’on dise, par ce geste, les militants de la Lucha donnent une leçon de conscience que les dirigeants congolais doivent méditer pendant longtemps. Reste à savoir s’ils ne regrettent pas déjà cette grâce à dessein. Pour une grâce à dessein c’en est une, sinon pourquoi accorder cette « faveur » à la veille du dialogue congolais ? La jeunesse congolaise, à travers ces leaders a montré que la liberté ne se mendie ni ne s’octroie mais s’arrache. Aucune compromission n’est possible.

C’est un acte d’un courage exceptionnel qu’il faut féliciter et applaudir de deux mains. Il n’est pas donner à tous de nos jours de surpasser le cap de l’égoïsme et songer aux autres qui souffrent le martyre. Pour leurs camarades, ils sont prêts à tout donner et à aller jusqu’au bout de leur lutte : « par solidarité avec nos camarades et tous nos concitoyens injustement privés de liberté et dont le sort est encore incertain, nous préférons rester en prison, quitte à aller jusqu’au bout de cette peine indue qui, de toutes manières, est presque entièrement consommée. C’est cela aussi notre liberté et notre dignité », ont-ils signifié au président Kabila dans une lettre qu’ils lui ont adressée.

C’est aussi à ce prix que les autres camarades emprisonnés pourront espérer voir la lumière du soleil un jour. Le président Joseph Kabila, à moins d’être myope, devrait à la fois voir et comprendre que son peuple ne veut rien de lui : ni or ni argent, ni diamant ou autres métaux précieux, même pas la liberté mais l’alternance. Et cela passe nécessaire par la prolongation du mandat présidentiel. Et ce « lenga », entendez bonus, son peuple n’est pas prêt à le lui offrir. Pour une fois, le président Kabila doit savoir lire entre les lignes et se rendre à l’évidence de la détermination de son peuple. Il doit se remémorer aussi que ce sont des âmes ressuscitées des cendres de « l’immortel » Patrice Lumumba qu’il a en face de lui.

Masbé NDENGAR

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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