La peine de mort, une pratique déshumanisante

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : vendredi 10 juin 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Justice
AUTEUR : Redaction

L’abolition de la peine de mort est un vieux débat au Burkina Faso. Elle continue à faire couler beaucoup d’encres et de salives. Amnesty International est dans la démarche abolitionniste de la peine de mort depuis 1977. Il en est de même pour bien d’autres structures de défense des droits humains. Malgré la lutte acerbe des acteurs des droits de l’Homme, le Burkina Faso tarde à abolir la peine de mort. Pour mieux se faire entendre, plusieurs structures se sont mises ensemble sous la dénomination de : « Coalition Nationale Contre la Peine de Mort au Burkina Faso ». La coalition a mis en place un projet intitulé : « action citoyenne pour l’abolition définitive et irréversible de la peine de mort au Burkina Faso ». C’est un projet qui vise à abolir purement et simplement la peine de mort. Cela a été annoncé lors d’une conférence de presse organisée le 9 juin 2016 à Ouagadougou.

La « Coalition Nationale Contre la Peine de Mort au Burkina Faso » a animé une conférence de presse ce 9 juin 2016 à Ouagadougou. Elle a tenu à porter à la connaissance de l’opinion son projet intitulé « action citoyenne pour l’abolition définitive et irréversible de la peine de mort au Burkina Faso  ». Pour la coalition, la peine de mort n’a pas sa raison d’être : « notre constitution garantit le droit à la vie, à la dignité et interdit même la torture  », a fait savoir Urbain Yameogo, président de la coalition. Selon lui la peine de mort n’est vraiment pas nécessaire, car c’est une arme politique que nous ne devons pas laisser entre les mains des politiciens. « Il suffit qu’un potentat arrive un jour au pouvoir et l’utilise à d’autres fins  ». D’une manière unanime, la coalition trouve cette peine inutile d’autant plus que cela fait plus de trente ans qu’elle n’est pas appliquée.

Pour Me Edasso Rodrigue Bayala, représentant le syndicat des avocats, on ne peut pas appliquer la peine de mort pour rendre justice : « on ne peut pas rendre justice en tuant ». La raison avancée pour l’application de la peine de mort est le caractère dissuasif et éliminatoire du criminel. Cette thèse, Me Edasso Rodrigue Bayala l’a battue en brèche car, de son avis, une société civilisée doit plutôt avoir des lois pour humaniser. «  Les statistiques dans les États où elle est appliquée montrent que la criminalité n’a pas diminué. En Grande Bretagne par exemple sur 270 condamnés, au moins 150 ont assisté à une mise en exécution de la peine de mort  », a relevé Me Edasso Rodrigue Bayala. « Où se trouve donc le caractère dissuasif ?  », interroge l’avocat.

Urbain Yameogo revient à la charge et laisse entendre que la peine mort est une sanction cruelle et inhumaine. A l’en croire, les tentatives d’humanisation par des techniques diverses sont restées vaines. « La peine capitale est irréversible alors que la justice, une œuvre humaine, est faillible  », a renchéri Urbain Yaméogo.
La déclaration liminaire fait référence à une justice deux poids deux mesures : « la peine de mort est discriminatoire car bien souvent elle s’applique de manière disproportionnée aux personnes vulnérables, marginalisées, défavorisées, aux pauvres…  ». Toujours dans la déclaration liminaire on pouvait lire : «  la peine de mort est un meurtre avec préméditation qui avilit l’État qui fait montre de la même disposition à la violence physique que le criminel à l’égard de sa victime. En s’y adonnant l’État contribue à rendre la société plus violente »

Le Burkina Faso est à son 5e moratoire sur la peine de mort. Les conférenciers, à l’unisson ont exhorté le pays à passer ce cap : « il est temps de passer du moratoire à l’abolition définitive en droit ». À en croire à la coalition, le meilleur hommage que l’on puisse rendre à la Nation en cette année 2016 déclarée ‘’année africaine des droits de l’homme, avec un accent particulier sur les droits de la femme’’ est d’abolir définitivement la peine capitale.

« Si tuer est un crime, on ne peut rendre justice en le reproduisant  », c’est par cette pensée de Victor Hugo que la coalition a clos sa conférence de presse.


Masbé NDENGAR

« Oui, nous [Blaise Compaoré et moi] habitons l’un en face de l’autre. Je l’ai invité à déjeuner. Nous avons échangé sur ce qui lui est arrivé, car, comme moi, il a subi un coup d’Etat. Je l’ai trouvé serein et je crois que je suis un exemple pour beaucoup. Il faut de la patience, de la sérénité … Le temps est un facteur important. »

Henri Konan Bédié in J.A n°2945 du 18 au 24 juin 2017.

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