Le marabout dans la société nigérienne

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : mercredi 18 octobre 2017
CATEGORIE : Blog
THEME : Culture

Bien avant l’implantation de l’islam au Sahel, d’autres croyances existaient. Principalement animiste, la population de cette partie du monde s’est très vite convertie à l’islam et au christianisme. À coup de missions catholiques et de guerres saintes, ces deux religions révélées se sont facilement imposées.


Cependant, au milieu des traditionnels chefs religieux que sont les cheikhs, muftis et ayatollahs, l’installation de l’islam en Afrique subsaharienne a aussi accouché d’une nouvelle classe de dignitaires religieux propre au continent : les marabouts.

Mais qu’est-ce qu’un marabout ?

Il est primordial de retenir que le terme « marabout » désigne deux choses diamétralement opposées. Il peut signifier soit un guide religieux musulman soit un sorcier. Même si cet article traitera principalement de l’influence des marabouts sorciers dans le quotidien des Nigériens, il convient néanmoins de retenir que la frontière entre ces deux mondes reste souvent ambiguë.

Dans la culture africaine, un marabout est un musulman doté de pouvoirs magiques. Comme tout magicien, il a le pouvoir de répandre le bien ou le mal dans le monde qui l’entoure. Toutefois, sachez globalement que les religions s’opposent à la magie. La foi religieuse est avant tout un acte de confiance en Dieu. Hors le magicien c’est l’homme qui prétend dominer Dieu au travers de ses incantations et formules supposées agir sur le monde des esprits. La magie est ainsi considérée comme un sacrilège par les religions.

Je vous ai vu tiquer ! Vous n’y croyez pas ?

Personnellement, je ne pense pas qu’il s’agisse de prouver si les marabouts sont réellement dotés de pouvoirs magiques ou non. Même s’il est totalement légitime de s’interroger à ce propos. Mais attention, je ne suis pas en train de nier le pouvoir magique des marabouts… Euh !! Oui, j’ai peur des représailles 😉 !
Bref, je pense que tout réside dans l’échelle de confiance et de conviction qu’accordent les adeptes aux pouvoirs du marabout. Si vous y croyez à fond, les formules magiques pourraient, dans le meilleur des cas, avoir une sorte d’effet placebo. En effet, dans certains cas, la croyance peut revêtir un pouvoir thérapeutique. Comme dirait Einstein : « …tout est relatif… » ; pour un oisillon un chat est un monstre.

Le marabout et ses clients

La clientèle du marabout est très disparate au Niger, même si la gent féminine reste beaucoup plus intéressée. Toutes les couches socioprofessionnelles sont représentées. De la ménagère aux étudiants, en passant par les chefs d’entreprise, fonctionnaires et diplomates. On consulte parce qu’on est insomniaque, lorsqu’on passe un examen, un entretien d’embauche, pour se marier, etc.

Nous avons vu plus haut que l’usage de la magie était interdit par la quasi-totalité des religions, dont l’islam. Mais on voit clairement que l’islam, en s’implantant au sud du Sahara, a dû faire des concessions et cohabiter avec d’anciennes pratiques animistes. Aujourd’hui, les marabouts (sorciers), bien qu’ils transgressent profondément certains textes coraniques, restent respectés et même craints par endroit. Le marabout a réussi à rapprocher le charme magique de la prière religieuse. C’est, en effet, ce qui explique le vif intérêt de la population musulmane pour ces pratiques.

Des ’influenceurs’ hors pair

Je pense que le rôle des marabouts dans la dynamique de la société nigérienne, et sahélienne en générale, n’est pas sérieusement évalué. Même en passant outre l’effet papillon, je me demande bien : combien de fois un marabout a directement influencé le vote d’une loi ou directive dans l’hémicycle ?

Beaucoup d’étudiants se confient à un marabout pour savoir s’ils doivent étudier par exemple la physique ou la médecine. D’autres personnes encore pour savoir s’ils doivent marier cette personne ou pas, prendre une deuxième épouse ou non, partir en exode, etc.
Le marabout exerce un contrôle dans les moments décisifs de la vie de beaucoup d’individus. Très souvent, même au plus haut niveau de l’État. Certains d’entre eux sont même des conseillers pour chefs d’État. C’était notamment le cas avec Amadou Oumarou dit « Bonkano », marabout du défunt président de la République du Niger Seyni Kountché ... Lire la suite sur le blog de Ousmane

« Effectivement, j’ai reçu la visite de deux personnes venues pour me demander pardon. Je leur ai demandé de quel pardon s’agit-il ? ai-je offensé quelqu’un ? Ils m’ont répondu qu’il s’agit de la mort de Norbert. Que de juste accepter le pardon. Blaise a dit qu’il n’est au courant de rien donc j’ai confié l’affaire à Dieu. Même si Blaise avait reconnu la mort de Norbert je ne peux en aucun cas prendre l’argent de son assassin. Même dans 100 ans Dieu va agir. Même si je ne suis plus vivante, rassurez-vous que justice sera faite. Assassiner de manière aussi violente, Dieu va agir », feu Augustine Zongo, mère du journaliste Norbert Zongo.

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