Le Niger renouvelle son fichier électoral

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : mardi 2 juin 2015
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Au Niger, le fichier électoral a toujours été au centre des préoccupations de toute la classe politique. Son harmonisation en vue d’éviter des contestations pendant les scrutins était un souhait de toutes les couches sociales du pays. D’où l’idée du fichier électoral biométrique (FEB).

L’intérêt d’un tel fichier réside dans le fait qu’il est un outil de développement très indispensable. Il permet à notre pays d’identifier à travers plusieurs domaines d’utilisation sa population. C’est aussi l’un des moyens pour les politiciens d’éviter les fraudes électorales massives : le Nigéria en est un exemple.

Pour la réussite de l’opération, des spots publicitaires en vue d’informer et de sensibiliser (dans les journaux, à la télé et dans les radios) les populations sont entrepris sur toute l’étendue du territoire. Depuis plusieurs jours au Niger, le Conseil National du Fichier Électoral Biométrique (CNFB), crée par l’article 07 de la loi organique n°2014-03 du 15 avril 2014, s’active pleinement pour la réalisation de ce fameux outil. Ce comité a en effet, la lourde tâche de recenser tous les électeurs nigériens en âge de voter et/ou ayant rempli un certain nombre de critère (par exemple des personnes âgées de moins de 18 ans mais mariées) pour produire un fichier biométrique avant les élections présidentielles de 2016. Le fichier électoral biométrique, à la différence du fichier classique, introduit les empreintes digitales et la photo de l’électeur. Aussi, il sera unique au niveau national.

Toutefois, il faut rappeler que certains agents (au poste de rapporteurs communaux) retenus pour ce travail ont vite jeté l’éponge. L’une des conditions exigées par le comité pour être retenu comme coordonnateur ou rapporteur communal est de jurer sur le livre de sa confession de foi. Les candidats dubitatifs et avec qui j’ai discuté, m’ont affirmé qu’ils ne prendront pas « le risque » de jurer sur le coran pour un travail qu’ils ne sont pas sûrs d’exercer librement. C’est une tradition au Niger, si tu as un poste de responsabilité, c’est sûr que tu seras du jour au lendemain contraint à faire des choses pas du tout claires. Cela dit, dans un pays où plus de 80% de la population est rurale et sans aucune pièce d’état civil, comment pourra-t-on établir une carte électorale informatisée sans enfreindre à la loi ou à son serment ? En plus, ce recensement se déroule en fin d’année scolaire au Niger. Beaucoup d’école commencent les compositions de fin d’année cette semaine. Des interrogations subsistent déjà sur l’effectivité de ces compositions. Bon nombre d’enseignants sont enrôlés dans cette opération de renouvellement du fichier électoral comme le stipule la lettre N°000119 du 26 mai 2015 de la Ministre de l’éducation nationale. A ce titre, elle demande à ces enseignants de reconsidérer l’offre faite par le CNFB et de se conformer à la réglementation en vigueur.

En cela certaines questions se posent. Le comité National du Fichier Biométrique a-t-il choisi le bon moment pour faire ce travail ? Quel sera l’avenir du fichier électoral biométrique au Niger sans la participation des enseignants ? La Ministre de l’éducation du Niger exécutera-t-elle sa menace d’application des textes régissant les agents de l’Etat comme elle l’a écrit dans sa lettre ?

Article initialement publié sur le blog de Tejane

« Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ».

Article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH)

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