Le Niger, victime collatérale de l’affaire Charlie Hebdo ?

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : mardi 20 janvier 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

Charlie Hebdo fait parler de lui encore ! Du Pakistan en passant par le Yemen, la Mauritanie, l’Algérie ou encore le Sénégal des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour manifester contre la caricature du prophète Mohamet en Une du journal satirique français Charlie Hebdo. Le Niger n’a pas été en reste dans la manifestation. Sorties de tous les coins de Niamey et de Zinder, les populations se sont violemment prises aux édifices de cultes chrétiens et aux symboles français. Cinq personnes, essentiellement des chrétiens ont été tués au cours de ces manifestations organisées par des dignitaires religieux. Des vies humaines ont malheureusement été écorchées. Les manifestants déterminés ont promis réitérer leurs actes les jours à venir si Charlie Hebdo continue à profaner l’image du prophète Mohamet.

Cinq morts, 45 blessés, des Églises et des symboles français réduits en cendre, c’est là le bilan des manifestations qui ont commencé le vendredi 17 janvier 2015 au Niger. La Une de Charlie Hebdo a provoqué des indignations dans le monde musulman. Ailleurs les gens ont marché pacifiquement pour montrer leur mécontentement. Certains se sont rendu à l’ambassade de France où une motion a été remise à l’ambassadeur interpellant son pays à arrêter la profanation de l’islam. C’était le cas au Pakistan. La communauté musulmane a bénéficié de ce fait du soutien des Pasteurs. Selon le principe islamique, le prophète n’est caricaturable sous aucune forme que ce soit. Le faire revient donc à de la provocation pure et simple. La liberté d’expression certes mais le respect d’autrui avant tout. Mais ce qui se passe au Niger est-il une revendication légitime ou une croisade contre les autres religions ? Le moins qu’on puisse dire est que ce qui se passe sous les cieux nigériens est ambigu. Une caricature du prophète Mohamet en Une de Charlie Hebdo, journal français a quel rapport avec les lieux de cultes, en occurrence les Églises au Niger ? « De quel tort sont coupables les églises et les chrétiens du Niger », s’est interrogé le président Issoufou dans un message à la nation nigérienne.
Dès l’aube, des illuminés de l’islam, armés de gourdins, de barres de fer ou de pioches se sont pris aux différentes églises à Zinder, à Niamey et dans les autres localités du pays. Plus d’une vingtaine d’églises ont été incendiées dans la seule ville de Niamey. Des chrétiens ont été tués et blessés. Des biens des responsables chrétiens ont été détruits. Les forces de l’ordre n’ont été épargnées par la furie des « vengeurs du prophète ».

La cohabitation entre musulmans et chrétiens n’a pourtant jamais suscité de débat au Niger. Mais pourquoi maintenant ? Surtout que ceux qui ont caricaturé le prophète n’appartiennent à aucun bord religieux. Que les Nigériens sachent une bonne fois pour toute que la plupart des caricaturistes dont les illustrations les révoltent tant ne reconnaissent pas leur Dieu moins encore leur prophète.

C’est à la limite un peu compréhensible, mais pas justifié, qu’on s’en prenne aux symboles français mais vandaliser les biens privés d’autrui, lui ôter la vie pour un fait qui ne le concerne ni de loin ni de près relève d’une stupidité incompréhensible. A la date du 17 janvier ce sont 300 chrétiens placés sous la protection militaire à Zinder, 255 dans une caserne militaire et 70 autres terrés dans une église. Cela dit, les Nigériens sont devenus des réfugiés sur leur propre terre. Dans toute chose, il est nécessaire d’avoir raison garder.

Les esprits épris de paix et de respect de la vie humaine ont condamné tous à l’unanimité les actes des « enragés » de Zinder et de Niamey. L’islam, on ne le dira jamais assez est une religion de paix et de tolérance. En aucun moment elle ne saurait faire la promotion de la violence. Ce qui laisse croire que ces gens-là n’ont rien compris aux enseignements du prophète au nom duquel ils tuent. La déclaration du président nigérien souligne amplement : « Ceux qui pillent ces lieux de culte, qui les profanent, qui persécutent et tuent leurs compatriotes chrétiens ou les étrangers qui vivent sur le sol de notre pays n’ont rien compris à l’islam ». Le pape a lui aussi embouché la même trompette pour appeler d’une part au calme et d’autre part au respect de la sacralité de la religion. Mais son appel semble ressembler bien fort à un prêche dans le désert.

Nous, Africains, devons aller au-delà des considérations religieuses dans la mesure où bien avant l’avènement des religions dites monothéistes, nous avions nos pratiques qui étaient sources de paix. Ces religions révélées devraient être un plus pour nous. Ceci dit, nous devons éviter de nous entre-tuer pour des pratiques qui ne sont pas les nôtres. Et si nous les avons adoptés et incorporés dans nos gènes, il est recommandé de les utiliser à des fins utiles ou du moins les pratiquer selon les principes édictés. Si la religion est sacrée, la vie humaine l’est encore plus comme le souligne si bien les livres saints. Plus jamais ces escalades !

Masbé NDENGAR

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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