Le RSP défie la transition !

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : jeudi 5 février 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique
AUTEUR : Redaction

Que s’est-il passé hier 04 février au palais de Kosyam ? Le conseil hebdomadaire des ministres a été empêché et reporté. La cause : le Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) conduit par le général Gilbert Diendéré s’est opposé de façon irrégulière à la tenue du conseil des ministres. Il défie du même coup le président Michel Kafando et par ricochet la République tout entière. Le premier ministre Yacouba Isaac Zida était toute la journée d’hier en pourparlers au palais du mogho naba et cela se poursuit aujourd’hui. Etaient à ses côtés l’ancien président Jean Baptiste Ouédraogo et le pasteur Samuel Yaméogo.

Le mal est profond

Cette intrusion tire sa source d’un malaise profond qui règne ente les gros bérets du RSP, mais aussi de la volonté des burkinabè de voir dissoudre purement et simplement ce corps. Le premier ministre Isaac Zida étant des leurs, avait fait la ferme promesse le 13 décembre dernier à la place de la révolution lors de la commémoration des 16 ans de l’assassinat du journaliste Norbert ZONGO, de suivre la volonté populaire. « Je vous ai dit que le RSP n’allait plus assurer la sécurité du président. Je l’ai dit et je le répète, le RSP est une unité militaire qui sera rattachée à l’armée de terre pour accomplir d’autres missions : Des missions de lutte contre le terrorisme, de grand banditisme » a-t-il martelé ce jour. Ce qui a fortement déplu à ses frères d’armes du RSP qui ont entrepris également des manœuvres visant leur maintien en l’état et cherchant du même coup à emporter la tête du Premier ministre. La première action a eu lieu le 30 décembre dernier. Pas grand-chose d’officiel n’a filtré de cette grogne. Le non défraiement par le duo Kafando - Zida du « merci papa » (prime de fin d’année) dont leur géniteur Blaise Compaoré leur faisait grâce a été servi à qui veut bien comprendre. Ce qui n’était pas exactement le cas. Selon des sources proches de la présidence, Ce mouvement d’humeur conduit par un capitaine aurait exigé dans une plateforme revendicative transmise au Premier ministre Zida, le maintien en l’état du RSP. Ils sont contre le démantèlement du RSP et les tractations dans ce sens se poursuivaient jusqu’à cette action d’éclat de ce 04 février.

Un complot orchestré depuis Yamoussoukro ?

Selon certaines indiscrétions, les ex-dignitaires du régime déchu avec à sa tête l’ancien président Blaise Compaoré seraient à la manœuvre. Une forte odeur de complot flotte à l’interne et la théorie du chaos serait en marche avec comme objectif, la déstabilisation de la transition, du pays, pour faire « regretter Blaise Compaoré » au peuple burkinabè. Blaise Compaoré tirerait les ficelles depuis la capitale politique ivoirienne et multiplie les rencontres avec sa base restée au pays. Rien d’étonnant que les pourfendeurs de la Constitution d’hier, les responsables de la crise qu’a failli vivre le pays les 30 et 31 octobre, le CDP et ses « mouvanciers » osent affirmer aujourd’hui que « l’heure n’est pas au mea-culpa ».

La société civile en alerte

Face à cette situation, la société civile est consternée et leur revendication ne s’est pas fait attendre. Pour elle, le moment est venu d’en finir une bonne fois pour toute avec le RSP. Dans une déclaration rendue public hier 04 févier dans la nuit, 19 organisations dont le Mouvement le Balai Citoyen, le Front de Résistance Citoyenne (FRC), dans une unité d’action, appellent le peuple à se mobiliser « contre les forces qui veulent déstabiliser la transition ». Une conférence de presse est prévue dans ce sens ce 05 février sur le coup de 15h au Centre National de Presse Norbert Zongo suivi d’un grand meeting le samedi 7 février à la place de la Révolution.

Les prochains jours promettent d’être mouvementés au Pays des Hommes intègres, mais vivement que la sagesse prévale et que conformément à l’esprit de la transition, force reste toujours à la charte et au peuple !

Ismaël COMPAORE

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

img