Le studio de Smockey détruit au lance-roquettes : sa femme et sa mère témoignent

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : dimanche 27 septembre 2015
CATEGORIE : Vidéos
THEME : Culture
AUTEUR : Luc Damiba

Lors du putsch du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP), la répression des manifestants s’est faite de manière violente. Les jeunes activistes du Balai Citoyen étaient particulièrement visés. Les leaders du Balai et leurs familles ont du se cacher pendant plusieurs jours pour échapper à la furie des RSP.

A défaut de pouvoir mettre la main sur eux, les RSP ont mis le feu à certaines domiciles et le studio de Smockey a été bombardé avec un lance-roquette puis incendié. Au moment de l’attaque, la femme et les enfants de Smockey étaient présents dans le studio, mais ont réussi à s’échapper par l’arrière boutique sans être blessés.

Après une semaine de vie en cachette dans un lieu secret, Kady, la femme de Smockey, sort pour la première fois pour voir avec amertume les dégâts au studio Abazon. La mère de Smockey quant à elle est encore sous le choc de la barbarie.

« On dit ‘’il y a de plus en plus de films dans les villages’’, et hop tout le monde fait des films dans les villes. Certes, il y a de plus en plus de séries de télévision qui sont importantes dans la vie des gens, et si on ne les fait pas, ça veut dire que dans quelques années on va consommer beaucoup de choses étrangères à nous-mêmes, à notre propre culture, à notre propre imaginaire, ce qui créera une grande catastrophe, avec l’impossibilité de réfléchir par nous-mêmes. Nous les vieux on s’en sortira, mais nos enfants n’auront plus de repères, car c’est le cinéma et l’audiovisuel qui se mettent ensemble pour coloniser le monde ; c’est plus brutal parce que ça ne se passe plus avec des fusils, mais juste des images. Et déjà dans beaucoup de capitales, tu vois la manière dont les gens marchent, comment ils se comportent, sous l’influence des séries de télévision brésiliennes et américaines. Donc le mal est là, et il y a beaucoup d’images à faire de nous-mêmes et pour nous-mêmes. »

Idrissa Ouedraogo in « Idrissa Ouedraogo, militant cinématographique » Africulture, oct.2017.

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