Les APE : la tombe des petits éleveurs ouest-africains

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : jeudi 10 août 2017
CATEGORIE : Articles
THEME : Economie

Depuis 2007, l’Union Européenne (UE) et l’Afrique de l’Ouest à travers la CEDEAO, sont à la recherche d’un nouveau cadre de relations économiques. Ce processus doit aboutir à une convention dénommée Accord de Partenariat Economique (APE). Il s’agit de l’établissement de relations commerciales fondées sur les principes d’égalité, de concurrence et de réciprocité entre les deux régions, c’est-à-dire la libéralisation [1] des relations commerciales. Après les vagues de protestations contre les APE initiées par la société civile ouest-africaine et quelques intellectuels qui redoutent les effets pervers desdits accords, la fièvre est retombée aujourd’hui. Hormis quelques initiés qui sont en mesure de dire à quel niveau à peu près se trouve le processus des APE, nul ne saurait l’indiquer avec précision, tant le processus est enfermé dans des tractations politiques. En rappel, c’est en juillet 2014 que les chefs d’Etats et de gouvernements ouest-africains réunis à Accra ont validé la mouture de l’accord conclu entre les négociateurs ouest-africains et leurs pairs européens. Aux termes de l’accord, les pays ouest-africains doivent libéraliser 75% des importations de l’UE vers les pays ouest-africains et ceux-ci bénéficient en retour d’une libéralisation de 100% de leurs produits d’exportation vers l’UE. Depuis lors, l’évolution du processus fait l’objet de moins de publicité.

Le cadre de cette tribune ne permettant pas de développements approfondis sur le sujet, la démarche consistera à revenir sur l’un des points saillants et sensibles du futur APE, en l’occurrence la libéralisation des produits du secteur de l’élevage. Ce choix se justifie par le fait que l’élevage constitue pour bon nombre de pays ouest-africains, particulièrement ceux sahéliens, un secteur stratégique de l’économie.

Il convient de signaler que l’ouverture des frontières telle qu’envisagée par les APE induit deux principales conséquences pour l’Afrique de l’ouest : la perte des recettes douanières pour les Etats et la concurrence des produits importés pour les producteurs ouest-africains. Le second aspect que constitue la concurrence retiendra notre attention.

L’ouverture des marchés engendrera une concurrence directe entre les produits de l’élevage européens et ceux des pays ouest-africains (viande, lait etc.). La concurrence n’est pas à priori une mauvaise chose en soi. Seulement, dans le cadre du partenariat entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest, nous sommes objectivement en présence de « partenaires inégaux ». En effet, c’est un secret de polichinelle que les producteurs européens bénéficient de plusieurs avantages telles que les subventions et la protection des barrières non tarifaires représentées principalement par les normes sanitaires et phytosanitaires (SPS) [2] . Par ailleurs, il est établi par de nombreuses études qu’avant la libéralisation, le marché ouest-africain fait déjà la part belle aux produits européens en général, les produits de l’élevage en particulier. Cela signifie que la libéralisation du marché ouest-africain accentuera davantage cette situation de fait. En alimentant le marché ouest-africain de produits d’élevage subventionnés et compétitifs dans le cadre de la mise en œuvre des APE, ces produits européens constitueront un des facteurs majeurs de perturbation des filières locales de production. Cette libéralisation installera une concurrence déséquilibrée et insoutenable pour les petits producteurs ouest-africains. Pire, cette concurrence démesurée est de nature à neutraliser tout espoir d’atteindre la souveraineté alimentaire dans la mesure où elle découragera les entrepreneurs privés et les pouvoirs publics à investir dans ces filières. Elle met également en péril le potentiel d’emplois de milliers de jeunes à travers la région ouest-africaine.

Le mécanisme des APE tel qu’envisagé, consacrera purement et simplement la quasi monopolisation du marché ouest-africain avec pour conséquences prévisibles la mise au chômage des producteurs, l’exacerbation de l’exode rural, l’accroissement des flux migratoires, etc. L’opacité absolue qui entoure le processus des APE et l’incapacité des acteurs non-gouvernementaux (société civile et autres) à exercer un contrôle régulier sur ledit processus fait craindre le pire. En un mot, les APE pourraient constituer dans le secteur agricole un danger irréversible pour les producteurs ouest-africains.

Noraogo Paul NABI

« Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ».

Article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH)

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