Lettre ouverte à Michel KAFANDO : « On a cru que vous étiez venu pour sauver notre transition »

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mardi 24 mars 2015
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Excellence, Mr le Chef d’Etat de la nouvelle ère du Burkina Faso, je vous salue !
Je vous salue au nom des Burkinabè et non-Burkinabè résidant ou pas sur la terre ancestrale de Yennenga et de Guimbi Ouattara. Je vous salue au nom de tous ceux-là, qui ont en commun un amour incommensurable du pays jadis intègre et redevenu intègre, espérons-le, à la faveur de l’insurrection populaire salutaire d’octobre qui a balayé comme seul peut et sait le faire, le Silmãnde (tourbillon), ces indignes fils qui ont géré le pays comme leur patrimoine personnel et familial en piétinant les droits et la vie des valeureux enfants du Faso.

Je n’ai pas étudié la sémiotique de votre patronyme. Je n’en suis pas spécialiste mais il me plaît de jouer avec votre nom pour dire ceci : En Mooré, la négation peut s’exprimer par la particule "pa" ou "ka". Ex : " M pa rat ye ou M ka rat ye" pour dire "je n’en veux pas".

Alors, si sur cette base, je dissèque votre patronyme, cela donne : "Ka Fando/Fãado", "pas sauveur". Car fãado est l’impératif de fãage, "sauver" toujours en Mooré, l’une de nos trois principales langues nationales. On vous a choisi avec l’assentiment populaire parce qu’on croyait dans notre naïveté que vous nous sauverez des nostalgiques du défunt régime qui a pris la poudre d’escampette. Certes, on n’attendait plus le Messie, parce qu’il est déjà venu et les siens ne l’ont pas reconnu. Mais on vous a choisi parce qu’on a cru que vous étiez venu pour sauver notre transition, donc, être notre sauveur, « n yi ed fãagda ! ».

Or, le spectacle humiliant de la fin décembre et du début février où des soldats, sous la menace, font reculer tout un Premier Ministre et son gouvernement montre, hélas, que vous répondez bien à votre nom, Ka-fando/fãado. Ce comportement indigne de la soldatesque de l’ancien dignitaire dont l’ombre continue de hanter le palais de Kossyam est intolérable et inadmissible dans le nouveau Faso que nous forgeons tous les jours et pour lequel nos braves martyrs ont courageusement donné leur vie.

Cette soldatesque habituée à l’impunité ambiante et généralisée qui fut le mode de gouvernance du dorénavant exilé des bords de la lagune ébrié et qui se croit toujours dans l’Etat d’exception et de non-droit qu’était la 4e République de nom, n’a plus droit d’être.

Tous les observateurs de l’intérieur comme de l’extérieur avaient compris dès le début de vos prises de fonction et des nominations hasardeuses, provocantes et immorales qui s’en sont suivies du fait de votre Premier Ministre et de vos reculades que vous n’étiez pas tout à fait le vrai maître à bord. On croyait tous que c’était votre Premier Ministre Mr Zida, le chef d’orchestre, mais les récents événements choquants, à plus d’un titre, nous ont fait vite déchanter ; car lui non plus ne maîtrise rien du tout.
Alors, la question que tout Burkinabè est en droit maintenant de se poser est, et je vous la pose :

- Qui dirige ?
- Qui est aux commandes ?
- Anda soab n rit nãama ?

Sans vous connaître, nous avons été nombreux à nous réjouir du choix porté sur votre personne sur la seule base de votre vaste expérience et compétence diplomatique en nous disant que vous sauriez bien manœuvrer mais là, nous constatons à regret, que c’est plutôt vous qu’on manœuvre.

Excellence, Mr le Président !!

Vous avez une chance extraordinaire, Excellence, Monsieur le Président de marquer en lettres d’or votre nom dans les annales de l’Histoire du Burkina Faso comme celui qui aura réussi cette période de transition nous menant à des élections libres, transparentes et démocratiques après 27 ans de règne dictatorial d’un despote prétendument révolutionnaire qui a assassiné notre Che africain et nous a fait subir sa "férule humiliante".

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Il vous reste encore presque 9 mois, comme le temps d’une gestation normale pour reprendre les rênes du navire Faso et nous mener à bon port et ne pas nous faire dériver et échouer sur les bords des barrages n°1, 2 ou 3 de Tanghin.

Alors, Excellence Mr le Président, redressez rapidement la barre de votre nom qui tangue et ramenez-le vite de Ka-Fando/Fãado à Wa-Fãado !

Kafando, wa fãagdo !
Beoog Burkin-bi wã yinga !
Respectueusement !

Angèle Bassolé, Ph.D.
Ecrivaine et Editrice,
Ottawa, Ontario, Canada.

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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