Mali : La classe politique pèse trop lourd sur le dos du contribuable

PAYS : Mali
DATE DE PUBLICATION : mardi 1er mars 2016
CATEGORIE : Blog
THEME : Politique

Le Mali, un pays malade de partout s’achète un nouvel avion présidentiel alors que le Malawi, un pays en meilleure santé revend le sien

Comparaison n’est pas raison, pendant qu’on assistait au Mali à l’achat d’un nouvel avion présidentiel à un coût de revient de 20 milliards de F CFA, de l’autre côté au Malawi, la présidente malawite, Joyce Banda décida de revendre le jet présidentiel acquis par son prédécesseur au prix de vente de 15 millions de dollars. Dans son article ‘Le Malawi a vendu le jet présidentiel pour l’achat de maïs’ le magazine Jeune Afrique, nous relate la raison suivante c’est : « pour aider à nourrir les populations les plus pauvres et cultiver des légumes afin de combattre la malnutrition ». Contrairement au Malawi, le Mali sortait d’une crise socio-politique sans précèdent : le putsch militaire de 22 mars 2012, la partition du pays entre le Nord et le Sud par les rebelles et leurs acolytes djihadistes qui avaient pris le contrôle des 2/3 du territoire malien. Il faut également dire que nos gouvernants actuels ne rataient pas d’occasion pour nous dire qu’ils ont trouvé les caisses de l’Etat vides, mais qu’à cela ne tienne, en plus d’un premier avion acheté par son prédécesseur, le président IBK a acquis un second jet présidentiel. Pourquoi faire ? Quoi étant donné que le premier était en état d’assurer ses déplacements. A l’heure où j’écris ces quelques lignes, nous ne connaissons point le sort du premier avion. A-t-il été vendu ? Sa maintenance est-elle assurée ? Son assurance a-t-elle été renouvelée ? Est-il déjà considéré comme une épave ? Tant de questions sans réponse.

Le Mali rehausse les émoluments de ses députés, le Burkina diminue pour les siens de 19%

Comme susmentionné, comparaison n’est pas raison, le Burkina Faso, qui a subi une crise doublement moins grave que celle du Mali, vient de diminuer le salaire de ses parlementaires. Le 19 janvier 2016, les élus du pays des hommes intègres ont décidé de rabattre leurs émoluments de 19%. Ils toucheront désormais mensuellement 960 397 francs CFA et d’après le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Bénéwendé Sankara : « C’est leur effort à la solidarité nationale ». Comme si on vivait sous deux cieux différents, le Mali contrairement au Burkina qui est, d’ailleurs, sous perfusion financière dans tous les sens et sous tous les angles décida de réviser à la hausse les émoluments des députés et cela du président de l’Assemblée Nationale (AN) au questeur en passant par le député simple. Le site d’information en ligne Malijet, dans sa publication « Connaissez-vous désormais le salaire des honorables députés ? » nous fait savoir que l’émolument mensuel du président de l’AN est 37 500 000F CFA contre 26 600 000F CFA pour la législature précédente, et celle du président des groupes parlementaires est 2 650 000F CFA contre 1 950 000F CFA pour la législature passée. Cela se comprend pourquoi tout le monde veut devenir politicien.

Le statut du chef de file de l’opposition, une charge supplémentaire pour le budget annuel de l’Etat

« Le plus difficile pour un politicien c’est d’avoir la mémoire qu’il faut pour se rappeler de ce qu’il ne faut pas dire » nous disait Coluche.
Lorsque les partis de l’opposition malienne manifestaient sur tous les toits le désir d’un statut pour eux, personnellement j’ai cru qu’au Mali qu’il n’y eut jamais existé un statut légal pour les partis de l’opposition. Bien au contraire car c’est depuis Le 18 juin 2000, pendant le pouvoir du président Alpha Oumar Konaté, que l’Assemblée nationale du Mali avait délibéré et adopté en sa séance la loi n°00-047 du 13 juillet 2000 portant statut des partis politiques de l’opposition en République du Mali. C’est ici que les propos de Coluche susvisés prennent tout leur sens. L’opposition a eu la mémoire qu’il faut pour ne jamais dire à la population que leur lutte pour le statut n’était motivée que pour les raisons pécuniaires. En effet, le nouveau statut rend notre Etat encore plus budgétivore. Selon le statut révisé : « Le chef de l’opposition est assimilé au 1er vice-président de l’Assemblée nationale. (…) Les crédits nécessaires à la prise en charge du chef de l’opposition et de son cabinet sont inscrits au budget de l’Etat. » Le Décret n°2016-…P-RM fixant les avantages accordés au Chef de File de l’Opposition en son article 2 stipule que : « Dans l’exercice de ses fonctions, le Chef de File de l’Opposition Politique bénéficie des avantages accordés aux ministres en fonction », comme si son statut de député ne suffit pas. Quant à l’article 3, il nous révèle : « Le Chef de File de l’Opposition Politique dispose d’un cabinet composé comme suit : quatre (04) assistants ; un attaché de cabinet ; un secrétaire particulier ». Tout ce beau monde pourquoi faire ? Mieux encore l’article 5 nous relate : « Les collaborateurs du Chef de File de l’Opposition Politique bénéficient des avantages accordés aux membres des cabinets ministériels »

Rappelons de passage qu’une marge non négligeable du budget national est aussi accordée annuellement aux politiques. La loi N°05-047 du 18 août 2005 portant Charte des partis politiques en République du Mali stipule : qu’une aide financière à hauteur de 0, 25 % des recettes fiscales du pays soit versée annuellement aux partis politiques par l’Etat.

Est-ce ça notre démocratie ? Les ressources de l’Etat sont utilisées par la classe politique comme une vache laitière à leur seul profit.

L’augmentation du budget de la présidence, malgré que le pays ne vive que de dons, de subventions, d’aides…

« Un Etat quémandeur et budgétivore à la fois, quelle contradiction ! »

Dans sa publication du 12 octobre 2015 « Présidence de la République : Le budget passe de 9 à plus de 14 milliards FCFA », le site d’information en ligne maliweb, nous informe que : « le 1er budget préparé par l’administration d’IBK a affecté à la présidence de la République la somme de 9 milliards 300 millions de francs CFA pour 2014. En 2015, ce budget a été porté à 14 milliards 600 millions, soit une augmentation de 57%. »

Un Etat quémandeur et budgétivore à la fois, trop d’incohérence. L’on se rappelle tous de la levée de fonds de Bruxelles au nom du Mali par le biais des soi-disant amis du Mali : la communauté internationale avec à sa tête la France, des 1000 milliards soi-disant promu par la Chine … j’en oublie. En outre, nous ne faisons pas un seul trimestre sans contempler au journal télévisé de 20h la signature de l’octroi d’un don ou d’un prêt entre le Mali et une institution financière internationale ou d’un pays du Nord. Comme une relation de cause à effet, plus notre pays reçoit des dons et prêts, plus les dépenses de l’Etat augmentent.

Indemnité pour les Premiers Ministres

Dans son livre « la philosophie de Confucius » page 67, Confucius nous dit : « Les richesses et les honneurs sont très ambitionnés des hommes ; si vous ne pouvez les obtenir par des voies honnêtes, ne les acceptez pas. La pauvreté et l’abjection sont en horreur aux hommes, si elles vous viennent, même sans aucune faute de votre part, ne le fuyez pas. »

Avec tous les respects que nous devons aux anciens PM, de Modibo Keïta qui fut le premier président du gouvernement du Soudan, le Mali d’alors à l’actuel PM à un autre Modibo Keïta, nous pensons que cette faveur d’indemnités est trop élevée et ne saurait être justifiée en cette période difficile où l’existence même du pays est en danger. Malijet nous raconte que le 6 janvier 2016 lors du conseil des ministres à Koulouba, le président IBK a fait une communication orale, proposant une indemnité mensuelle de 2 millions de FCFA à tous les Premiers ministres vivants, soit treize (13) au total pour un pactole de presque 4 milliards de FCFA.

Conclusion

Le panafricaniste Dr Kwame N’Krumah, dans son livre « l’Afrique doit s’unir », page 157, nous dit : « L’Afrique a besoin d’un nouveau type de citoyen, dévoué, modeste, honnête et bien informé, qui renonce à lui-même pour servir la nation et l’humanité, qui ait la convoitise en horreur et déteste la vanité. Un homme nouveau, dont la force soit l’humanité et la grandeur, l’intégrité ». C’est ce type de citoyen, de classe politique, de dirigeants que le Mali a besoin, c’est-à-dire un Malien Kura (nouveau malien) d’une nouvelle espèce qui va servir l’état et au lieu de se servir de l’Etat, qui ne va pas faire la politique pour s’enrichir sur le dos contribuable malien. Un nouveau citoyen qui ne verra pas l’Etat comme la seule vache à lait pour s’enrichir de manière licite et illicite. Une nouvelle classe politique qui fera de l’amélioration de la condition de vie du corps professoral, de la blouse blanche et des paysans son combat de tous les jours. Une classe politique qui se ne ménagera rien pour l’amélioration des conditions de travail des porteurs d’uniforme, des conditions de vie des veuves militaires. Des dirigeants qui feront de la construction et de l’équipement des hôpitaux, des écoles, des centres de formations d’alphabétisation, les premiers points de leur agenda à couvrir avant de s’octroyer des avantages colossaux, des gouvernants qui penseront d’abord à l’électrification et l’adduction d’eau potable pour amoindrir la corvée quotidienne de nos mères, de nos sœurs et de nos enfants dans les zones rurales.

Redevenons les maliens d’antan, ce malien reconnu à l’échelle internationale comme un citoyen jaloux de la chose publique, un leader orgueilleux de sa réputation et de sa fierté, une classe politique dévouée pour la cause des plus démunis, des sans voix et pour la construction du Faso (notre pays) à l’image des premiers dirigeants de ce pays, qui étaient connus pour leur engagement sans condition.

Article initialement publié sur le blog de Issa Balla Moussa Sangaré

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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