Mali : les leaders religieux, “qui s’y frotte, s’y pique !”

PAYS : Mali
DATE DE PUBLICATION : mardi 6 juin 2017
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

La photo de l’archevêque de Bamako est très tendance sur les réseaux sociaux au Mali. Pour de nombreux internautes, c’est une manière de témoigner son soutien à la conférence épiscopale du Mali. L’Eglise catholique du Mali est en effet dans la tourmente après les révélations d’un présumé détournement de fonds de plus de 7 milliards de francs CFA, soit 12 millions d’euros.


Une affaire dévoilée après l’enquête de deux journalistes maliens sur la base de documents SwissLeaks, qui révèlent l’existence de sept comptes bancaires appartenant à la Conférence épiscopale du Mali en Suisse. Parmi les trois responsables de l’Église malienne cités, figure Mgr Jean Zerbo, archevêque de Bamako et futur premier cardinal du Mali. La conférence épiscopale du Mali a démenti tout détournement de fonds des fidèles mais ne nie pas l’existence des comptes bancaires et parle d’une affaire visant à ternir l’image de l’Église malienne. Les deux journalistes maliens, auteurs de l’enquête, font face à une avalanche de critiques de part et d’autre. Ce n’est pas la première fois que des personnes font face à ce genre de réactions. Les leaders religieux, musulmans ou chrétiens, toute personne qui s’y frotte, s’y pique.

Personne ne fait le poids face aux leaders religieux

Ce n’est pas l’ancien procureur de la république, Daniel Tessougué, qui vous dira le contraire. Il avait mis en garde Mahmoud Dicko, le président du haut conseil islamique, pour apologie au terrorisme. Après les attentats contre l’hôtel Radisson Blue de Bamako, le leader religieux avait affirmé : « Ces attaques sont une punition divine parce que Dieu est en colère contre les hommes parce qu’ils ont demandé et exigé la promotion de l’homosexualité ». Le procureur général de l’époque recadre le puissant leader religieux et se voit démis de ses fonctions après plusieurs jours de polémique. Les derniers à s’être frottés à un leader religieux sont les deux journalistes David Dembélé et Aboubacar Dicko, à travers l’enquête sur l’Église catholique du Mali. Depuis la parution de cet article, ces journalistes sont traités comme des apatrides. Le bureau exécutif du réseau malien des journalistes d’investigation dénonce des cas de menaces verbales et physiques proférées contre les deux hommes.

La conception du journalisme est un peu particulière au Mali. Quand un journaliste révèle une information, il est tenu coupable des faits révélés. On ne tient pas compte de l’information ou des faits dénoncés mais on s’en prend au journaliste sous prétexte qu’il salit le nom du pays. Il n’est pas rare que d’autres journalistes trempent leur plume dans le vitriole contre des confrères. J’ai lu un article en charge contre la personne du journaliste David Dembélé. L’article fustige le journaliste qui serait frustré contre le clergé malien parce qu’il n’a pas pu être prêtre. Mais dans ces écrits, il n’est aucunement mention du second journaliste Aboubacar Dicko, co-auteur de l’article. Dans ce cas, pourquoi le journaliste Aboubacar Dicko a participé à l’enquête ? On ne peut pas prétexter qu’il a lui aussi été banni du grand séminaire de Bamako. Difficile de dire la même chose puisqu’il est musulman. Les théories complotistes ne sont jamais en manque. Certains affirment même que les deux journalistes sont téléguidés par une puissance étrangère pour nuire à l’image de l’église malienne juste au moment où l’archevêque allait être élevé à la pourpre cardinalice, fin juin par le Pape.

Politiques et religieux, pour le meilleur et pour le pire

Dans les premiers jours qui ont suivi les révélations, le ministre malien des affaires religieuses et du culte a ouvertement soutenu l’Église Catholique et qualifié cette affaire « d’idiotie ». Le président de la république IBK a par la suite accueilli les responsables de la conférence épiscopale.

Quelques jours plus tôt, le chef de l’État était aux obsèques du fils du chérif de Nioro, leader musulman très influent. Plus que jamais, politique et religieux font bon ménage. C’est connu, les maliens ont une confiance presque aveugle aux religieux. La population, désabusée de la politique, se réfugie dans la religion. Ces leaders religieux sont très souvent dans le giron des politiques ou plutôt les politiques sont sous la bénédiction des religieux. Le puissant prêcheur musulman Ousmane Madane Haïdara aurait assuré au chef de l’État « le soutien des musulmans ». Les politiques n’hésitent pas à se servir des religieux pour gagner des voix et se faire adouber par la population. C’est comme si certains religieux étaient devenus des revendeurs de la confiance des maliens envers les politiques.


Dans le cas des révélations des comptes bancaires de l’Église catholique au Mali, pour moi, le problème n’est pas la véracité ou non du détournement de fonds. Le problème c’est que, d’entrée de jeu, les maliens ont refusé en eux-mêmes que ce soit vrai. Au Mali quand on parle des leaders religieux, on ne réfléchit plus avec la tête mais plutôt avec le cœur.

Article initialement publié sur le blog de George Attino

« … Le pouvoir d’hier et d’aujourd’hui. Le pouvoir devient absolu. Les charlatans du droit, on n’a plus besoin de votre dictature continue. Monsieur les connaisseurs, monsieur les professeurs, la loi n’est-elle pas l’expression de la volonté populaire ? Pourquoi votre projet de constitution est si impopulaire ? C’est normal parce qu’il annonce au peuple le règne de la terreur. Le couronnement du roi, un roi sans foi ni loi. Mon peuple est sur la croix alors je lève ma voix. Il parait que l’intégrité du territoire n’est pas atteinte, mais pourquoi le président du Mali IBK ne peut pas aller à Kidal ? Trop de députés alimentaires, concentration du pouvoir arbitraire. Comme Jean-Bedel Bokassa, IKB aussi veut être empereur. Constitution inconstitutionnelle, c’est le règne monarchique, violation de l’article 118, sauvons la république ... »

Master Soumy dans son single « Touche pas à ma constitution ».

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