Marche de l’opposition du 23 Aout : les crocs-en-jambe du camp adverse

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : lundi 25 août 2014
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique
AUTEUR : Redaction

Ce 23 Aout, la ville de Ouagadougou a vibré au rythme d’une marche inédite. Pour Zéphirin Diabré, Chef de File de l’Opposition Politique, lors de son discours, elle fut tout simplement « gigantesque et historique ». C’est d’ailleurs sa structure, le CFOP, qui est à l’initiative de cette mobilisation. Les partis politiques affiliés à cette organisation affichaient complet. Elle a connu également la présence de plusieurs mouvements et associations de la société civile à l’image du Balai Citoyen, du Mouvement le Brassard Noir, Ça Suffit, le Front de Résistance Citoyenne etc. Les mots d’ordre étaient les suivants « non à la modification de l’article 37 », « non au sénat », « non à la vie chère », « non à la politique du gouvernement », « non aux mauvaises conditions de vie, d’études et de travail ». Mais comme il fallait s’y attendre, les pros modification de l’article 37, du référendum avaient eux aussi préparé leurs stratégies de démobilisation, de démotivations des potentiels manifestants.

Les tractations entre la mairie et le CFOP avant la manifestation.

A quelques jours de la marche, personne n’était sûre de sa tenue effective. La mairie de Ouagadougou avait tout simplement refusé la tenue de la manifestation. La sécurité des riverains et des investissements publics et privés tout au long de l’itinéraire était l’une des raisons phares du maire pour réfuter l’itinéraire de cette manifestation. C’est après une rencontre âprement discutée avec le conseil municipal que l’itinéraire fut finalement octroyé à l’opposition. La cellule de communication du CFOP ne disposait donc plus que de quelques heures pour contourner cette mauvaise publicité et retransmettre les communiqués et appel à mobilisation. Le rassemblement ne se tenait plus au même lieu, mais juste à côté à la réserve abritant le marché de poulet non loin du rond-point de la patte d’oie. Ce fut l’action de départ d’une série du camp adverse qui devait aboutir le jour de la marche, c’est-à-dire le 23 Aout. Les autres étaient plus spectaculaires.

Quelques actions terrains de démobilisation du camp adverse ce 23 Aout

Le meeting des femmes CDP à la maison du peuple

Au premier rang de ces actions, figurait le meeting des femmes du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) à la maison du peuple de Ouagadougou. Dans les différents arrondissements, des femmes furent convoyées dans des véhicules en direction du lieu du meeting. Un habillement spécifique avait même été recommandé aux femmes. Il s’agissait du port de tout vêtement à l’effigie du chef de l’Etat et d’un foulard blanc, symbole de la paix. Comme il fallait s’y attendre, les billets de banque ont encore favorisé la mobilisation à ce niveau. De 1.000f en allant, chacune a empoché son butin. Le message était clair, le « oui au référendum et à la modification de l’article 37 » fut scandé sans ambages. Autre lieu, autre évènement. Cette fois, ça se passe dans l’arrondissement 11 plus précisément au domicile du maire.

 Le rassemblement chez le maire Ousmane OUEDRAOGO de l’arrondissement
11.

Sur invitation du maire de l’arrondissement 11, Ousmane OUEDRAOGO, à son domicile au quartier Sinyiri sis à quelques mètres de l’école primaire publique « Sinyiri C », les forces vives de l’arrondissement étaient invitées ce 23 Aout pour une rencontre dont elles ignoraient le motif. Certains furent convoyés avec des véhicules pour rejoindre le domicile du maire. C’est sur place que femmes, jeunes et vieux s’apercevront qu’il s’agissait d’une invite à un reboisement dans l’arrondissement 07. Le pic de cette matinée fut le petit discours du maire suivi d’un partage sans distinction de billets de 1.000 FCFA. Dans sa petite allocution, le maire à fait cas (avec dédain) de la marche de l’opposition qui se tenait ce jour, du sénat, de l’article 37 et du référendum. Il affirmait en substance que tout compte fait, le sénat sera mis en place et l’article 37 de la constitution modifié. Message qui a rencontré l’assentiment de certains, mais aussi frustré plusieurs jeunes qui après avoir pris les 1.000 FCFA ont tout simplement rebroussé chemin sans suivre le maire qui a pris la direction du lieu de reboisement en compagnie de ses proches collaborateurs.

 La convocation sans raison valable des Volontaires Adjoints de Sécurité (VADS)

Ils sont 1.200 volontaires, recrutés par la préfecture de Ouagadougou, pour réguler principalement la circulation sur les axes routiers de la ville. Ce jour 23 Aout, ils furent convoqués pour un rassemblement à 06h30 dans les différents commissariats dont ils relèvent. Après le rassemblement, plus rien. Ils se sont résolus à jouer aux cartes et à s’adonner à d’autres activités de distraction. Notre équipe de rédaction a rencontrés certains devant le commissariat de Bogodogo. La volonté certainement des responsables d’empêcher ces jeunes de prendre part à la manifestation de l’opposition semble être la raison centrale de leur convocation ce jour. Sinon comment comprendre une convocation fortuite et sans motifs valable ? Cela fut confirmé d’autant plus que juste après la marche à 14h précisément, ils seront libérés pour rejoindre leurs domiciles respectifs. Constitué principalement de jeunes, certains allaient sans doute participer à cette manifestation de l’opposition ; chose que certains responsables de ce corps ne voulaient certainement pas dans l’objectif de voir une faible mobilisation. Pourquoi contraindre donc des citoyens à rester sur place de crainte qu’ils aient des convictions différentes à celles de leurs patrons ? Ceci est une atteinte à leur droit et semble être un abus de pouvoir qui ne dit pas son nom. Nous en resterons là pour les actions du camp adverse. Malgré ces multiples actions de démobilisation, le public a répondu présent et la manifestation s’est bien déroulée.

Déroulement de la manifestation

Le Burkina a vécu ce 23 Aout, l’une des plus fortes mobilisations de son histoire. De mémoire de burkinabè, rarement une marche n’a enregistré autant de monde. L’itinéraire de cette manifestation était aussi exceptionnel d’autant plus que le rassemblement a eu lieu non loin du rond-point de la patte d’oie. Gonflé à bloc on pouvait lire entre autres sur les pancartes des manifestants « non au référendum et à la modification de l’article 37 », « Blaise COMPAORE, le Ebola du Burkina », « Non au pouvoir à vie » etc. Après la marche, place au meeting. Zéphirin DIABRE, Chef de File de l’Opposition dans son allocution, a adressé des mots de vives remerciements au public sorti nombreux et en les invitants à rester à l’écoute pour les prochains mots d’ordre du CFOP.

L’un des moments forts fut l’incursion sur le podium d’un individu pendant que Zephirin DIABRE prononçait son discours. Il lui retira l’un des deux micros qu’il tenait avant que la sécurité ne le maitrise. Cela démontre encore une fois de la porosité de la sécurité du CFOP. Quand on regarde avec quelle facilité cet individu a pu atteindre le premier responsable du CFOP, il y a de quoi craindre et se poser des questions. Quant à la canalisation de la marche, cette sécurité est encore passée à côté se contentant tout simplement de la sureté du cortège des officiels. Aussi nous avons déploré le lynchage de cet individu sans défense qui a débuté avec la sécurité du CFOP avant que certains dans le public ne les emboitent le pas. N’eut été l’abnégation de quelques éléments de la police nationale pour l’extirper de la foule, il y aurait eu certainement mort d’homme. Conduit au commissariat de Bogodogo, certains ont voulu en découdre avec la police pour le faire sortir. Même si son acte est très provocateur, il ne méritait pas ce qu’il a subit. Mais espérons que la police et même la justice si bien sûr il y a une plainte lui réserve toute les sanctions qu’il mérite.

Ce qui est à saluer, c’est le calme et le civisme dans lequel cette manifestation s’est déroulée. Les populations ont démontré encore une fois leurs maturités dans les activités de fortes mobilisation.

En attendant, la démonstration de force se poursuit, le CFOP appelle les populations à rester à l’écoute des prochains mots d’ordre. Certainement le camp adverse va répondre ces prochains jours. Qui vivra verra !

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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