Mineurs dans les débits de boisson au Burkina : à qui la faute ?

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : lundi 12 octobre 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

Notre société va mal. Tous les jours des voix se lèvent pour décrier différents maux qui la minent. Nonobstant les sensibilisations, la conscientisation et les appels à l’ordre, on a fort l’impression que rien n’évolue positivement. Tenez, il vous est déjà arrivé de voir des mômes de 13, 14, 15 ans voire moins que ces âges dans des débits de boissons à des heures tardives ? Même le couvre-feu instauré ne les dissuadera pas. Alcool, cigarette et autres stupéfiants en leur compagnie, ces enfants ne craignent rien et n’ont peur de personne. Ils sont les premiers à monter sur les pistes en esquissant les pas de danse et ce, une fois de plus aux sus et aux vues de tous.

Le phénomène devient au fil des ans criards. La fréquentation des débits de boisson par les mineurs est un problème qui interpelle tous. Rencontrer les enfants de 15 ans, parfois moins que ça dans les bars et « maquis » semble être un non évènement pour beaucoup vue l’ampleur de la situation. C’est un ordre normatif et on a comme l’impression que chacun s’en lave les mains. Ces enfants, boivent, fument et se saoulent aux yeux de tous. Certaines personnes d’un âge assez mur présentes dans ces lieux ne disent mot ; les tenanciers s’enfiche éperdument. Le laisser faire témoigne de la démission de tous : les parents ont démissionné, la société a démissionné, l’État a démissionné. Il ne reste que la dérive pour ces enfants parfois ignorants des actes qu’ils posent.

On connait certes l’importance des débits de boissons dans l’économie du pays, car considérés comme pourvoyeurs d’emploi donc créateurs de richesses et par ricochet contribuent au développement du pays, mais ce n’est pas pour autant qu’un contrôle sur la fréquentation de ces lieux doit être exclu. Le problème ne concerne pas uniquement les enfants qui fréquentent ces milieux mais s’attarde également sur ceux qui y travaillent. Ils sont employés par les tenanciers comme serveurs de boissons ou plongeurs. D’autres sont employés comme parkeurs. Quant aux filles, les risques de grosses et d’abus sexuels ne sont pas loin. Plusieurs explications sinon plusieurs causes sont inscrites à ce chapitre.

Les raisons

Au chapitre 1 de ce qui jette les enfants dans ces lieux peu recommandés pour eux, on ne peut qu’accuser avant tout et après tout l’irresponsabilité des parents. Ils sont responsables sur toute la ligne. Comment ne peut pas contrôler et chercher à savoir les lieux de fréquentation de l’enfant ? Les parents ne sont-ils pas au courant lorsque les enfants rentrent à des heures indues à la maison ? Ces gamins se « saoulent la gueule » avec l’argent de qui ? Probablement ce que la famille leur donne. Peut-on accuser autre personnes que les parents et la famille d’envoyer ces inconscients à l’abattoir par leur irresponsabilité. On met un enfant au monde pour s’en occuper et l’aider à réussir et à être utile pour la société.

Dans le même registre, il faut indexer aussi la mauvaise fréquentation. Ne dit-on pas que la mauvaise compagnie corrompt les bonnes mœurs ? A cela s’ajoutent les effets pervers des médias à travers certaines publicités et « télénouvelas ». Peut-on éviter l’épineuse question de la pauvreté des ménages ? C’est d’ailleurs l’argument que tous mettent en avant en guise de justification. Il faut arrêter tout de suite ce phénomène par tous les moyens car il y va de l’avenir de notre pays. Avoir une jeunesse qui dénoue avec les bonnes mœurs présage un avenir incertain pour la nation.

Tous sont interpellés …

Pour lutter efficacement contre ce phénomène, la vulgarisation des textes en la matière est un impératif. Tous doivent être contraints au respect effectif des droits de l’enfant. L’éducation morale et civique doit être de retour dans les salles de classe. Il est plus que jamais nécessaire d’interpeller les parents sur leurs devoirs et leurs engagés vis-à-vis de leurs rejetons. Il faut non seulement renforcer la sensibilisation de la population mais élaborer à l’intention des tenanciers de débits de boissons un code de bonne conduite. On se rappelle qu’en 2005, la police a effectué une descente dans les bars et autres dancing de Ouagadougou pour sévir contre la fréquentation de ces lieux par les mineurs. Renouveler donc cette « opération coup de poing » ne sera pas de trop. Le Syndicat national des travailleurs des débits de boissons (SYNATB) est interpellé. Les parents et toute la société sont interpellés. Le Ministère de la sécurité, garant de la sécurité est appelée à jouer son rôle et assumer sa responsabilité.

Masbé NDENGAR

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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