Mise en place du gouvernement de transition : élèves et étudiants estiment avoir été oubliés !

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : samedi 29 novembre 2014
CATEGORIE : Articles
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

Ils ont été au four et au moulin. Ils ont battu le macadam comme les autres. Des contrées les plus lointaines en passant par les grandes agglomérations du pays, ils ont bravé la faim, la soif, la chaleur, les gaz lacrymogènes, les forces de l’ordre armés jusqu’aux dents. Certains d’entre eux ont même reçu les balles assassines lors de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre dernier. Ils, ce sont les élèves et les étudiants puisque c’est d’eux qu’il s’agit. Qu’est-ce qu’ils en pensent de leur non implication direct ou indirect dans le gouvernement de transition ? Qu’attendent-ils ? Ce sont là quelques questions qui se dégagent de ce constat. Pour en savoir, DROIT LIBRE TV a tendu son micro à quelques étudiants et voilà leur réaction.

Il arrive qu’après une partie de chasse commune il y ait des disputes dans le partage de butin mais aller jusqu’à oublier certains acteurs relève d’un pur égoïsme sinon du narcissisme avéré. Et c’est ce sentiment qui anime certains étudiants par rapport à la mise en place du gouvernement de transition. En effet, ces derniers estiment qu’après avoir participé activement à l’insurrection populaire qui a délogé le maitre de Kossyam, ils n’ont pas été associés à la mise en place du gouvernement alors que les autres ont été appelés à faire des propositions. Les réactions des uns et des autres vont bon train.

Selon Rachid Coulibaly, étudiant en assurance banque à l’université Aube Nouvelle, si les étudiants à travers les associations n’ont pas été consultés c’est parce qu’ils ne sont pas aptes à faire de bonne proposition et moins encore assurer les responsabilités qui leur seront confiées. « En plus ces autorités n’ont pas confiance en cette jeunesse qu’ils estiment très imprévisibles du fait du sang chaud qui bouillonne en eux », a poursuivi Rachid Coulibaly.

Quant à Ali BANCE, étudiant en 2e année de Science de la Vie et de la Terre (SVT) à l’Université de Ouagadougou (UO), il s’agit plus d’une question de maturité : « ils sont encore en formation et de ce fait je pense qu’ils ne sont pas encore murs pour des propositions ou pour assurer une fonction assez importante comme la gestion d’un pays ». Il réfute du coup la thèse d’une exclusion des associations estudiantines, car pour lui les étudiants sont encore très jeunes. Néanmoins Ali Bancé, au nom de tous les étudiants fait une requête au gouvernement : l’organisation des concours de façon transparente afin de donner la chance à chacun ; revoir la question des infrastructures éducatives, etc.

Abdoubrahim ZAMPALIGRE, 3e année de géographie abonde dans le sens que son prédécesseur en affirmant avec une certaine conviction la question de maturité des étudiants et félicite bien au contraire les autorités de ne les avoir pas associé. « Et c’est mieux comme ça », a-t-il dit. Pour le futur géographe il serait à la limite absurde de consulter les gens qui au sein de leur structure de base (ANEB, UGEB, FESI/BF, MEFA, etc.) n’ont jamais trouvé de consensus aux petits problèmes les concernant. Pour lui le problème réel se trouve ailleurs : « je déplore que le premier ministre de la transition soit encore un militaire. Nous sommes toujours dans ce régime militaire. Et cela m’effraye ». De toutes les façons, renchérit-il, il n’y a pas grand-chose à faire au sein de ce gouvernement dans la mesure où ils sont là juste pour organiser les élections. « Nous poserons nos doléances au gouvernement ‘‘définitif’’ de 2015 qui sera mis en place », a-t-il terminé ses propos.

C’est un autre son de cloche chez Pélagie Ouattara, étudiante en Science Economique et de Gestion à l’Université Ouaga2. En effet elle estime injuste qu’eux, étudiants ne soient pas associés car ils ont trop de problèmes. Quoi de plus normal donc d’avoir leur représentant au gouvernement. Partant, elle confie que même ce matin (27 novembre 2014), les étudiants de la cité universitaire de Kossodo ont manifesté pour réclamer des conditions décentes. « Concernant la défense de nos intérêts je pense que tout va s’arranger et nous attendons de voir. Mais au cas où rien n’est fait nous réagirons, étant donné que nous savons ce qu’il faut faire désormais pour se faire entendre », a-t-elle laissé entendre avant de s’accentuer sur les problèmes qui les minent et qui finissent par les décourager : bourses, multiples critères d’attributions de l’aide (FONER), restaurants universitaires, infrastructures, etc.

« On n’a pas vu les pancartes des associations des étudiants lors des manifestations par contre les autres structures étaient visibles, raison pour laquelle les nouvelles autorités ont oublié les étudiants », a déclaré Angèle Traoré, étudiante en master 2 de géographie, tentant d’argumenter avant de laisser entendre : « alors que moi-même, en tant que fille j’ai participé activement à la lutte », soucis d’être plus convaincante. Contrairement aux autres, Angèle estime que les étudiants sont capables de faire des propositions donc c’est injustes sinon ingrat de les oublier. Elle demande au gouvernement de se pencher rapidement sur l’université publique parce que les étudiants n’ont pas que des problèmes mais plutôt des ‘‘problo’’ à gérer.

« Les étudiants et la jeunesse d’une manière générale n’ont pas leur mot à dire dans ce gouvernement parce qu’il est purement militaire. Les autorités ont fait semblant d’associer les OSC, qui n’y sont que de nom d’ailleurs ; c’est un four tout. Cette lutte est purement l’expression de la soif du changement de la jeunesse, la preuve tous ceux qui sont tombés sont tous jeunes. Il n’y a aucun militaire parmi eux. Mon souhait c’est un changement radical, des nominations sur la base des compétences et non par complaisance comme ce qui se passe actuellement », foi de Héleine Zongo, jeune fille à la recherche d’emploi.

Masbé NDENGAR

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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