Niger : que craint Mamadou Issoufou ?

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : jeudi 5 juin 2014
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique

L’opposition politique nigérienne réunit au sein de l’Alliance pour la réconciliation, la démocratie et la République s’est vue encore une fois interdite de manifestation. C’est la deuxième fois en quelques jours que le maire de Niamey, Assane Seydou impose une fin de non-recevoir à la requête des leaders de l’opposition.

La manifestation prévue pour le 01 juin dernier avait en ligne de mire le régime Issoufou, celle du 27 mai aussi. Les organisateurs entendaient protester contre « les dérives dictatoriales de la 7eme république ». Mais c’était sans compter sur le maire de Niamey qui sans jamais convaincre trouvait tout de même des raisons d’interdiction. Pour justifier celle du 01er juin, deux raisons majeurs ont été avancées. Il s’agit du risque de trouble à l’ordre public et celui d’infiltration terroriste. Des arguments passent par tout que bon nombre de responsables politiques et de la société civile dans les pays au sud du Sahara connaissent. Le Niger ne déroge donc pas à la règle, le droit de manifester que confère au peuple nigérien la constitution a été bafoué. Les quelques attaques terroristes qu’ont connu le pays ont-elles été perpétrées lors de manifestations géantes ? Ou encore les terroristes ont-ils besoin d’attendre les manifestations de l’opposition pour agir ? C’est ce que les autorités semble tenter de faire passer comme message tout en prenant le soin d’ajouter l’argument le plus connu de tous, celui de trouble à l’ordre public. Ont-elle oublié que la sécurité d’une manifestation de ce genre, quel qu’en soit le bord politique des organisateurs, est d’abord l’affaire des forces de l’ordre, elles qui ont pour mission d’assurer la sécurité des biens et des personnes avant, pendant et après le temps imparti pour l’activité. Cadrer et mieux contenir les manifestants pour éviter tout débordement revient alors à la cellule sécuritaire des organisateurs. Mais comme le dit cet adage : « pour tuer son chien on l’accuse de rage », il fallait quand même trouver des raisons d’interdiction.

Sur les traces de Tandja ?

Mamadou Issoufou aurait-il oublié ses longues années d’opposant à la tête du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), quand il battait le pavé à la quête de la moindre parcelle de liberté ? Bien sûr que non, mais ses quelques années au pouvoir lui ont surement fait réaliser les raisons de l’obstination de Mamadou Tandja à rester au pouvoir après 2010. Les multiples avantages et respects digne du grade de chef d’État semble l’avoir déjà envahi et des risques de restrictions encore plus grandes dans l’avenir ne sont pas à écarter. Le vent démocratique qui avait soufflé à Niamey et salué par tous lors de son élection foutra le camp si on y prend garde. Le Ministre de l’intérieur en a donné la preuve quand il proclamait sur les antennes d’une radio, avant cette décision du maire, l’interdiction de toute manifestation des partis d’opposition. Heureusement que la Cours d’État ayant été saisie par l’opposant Mahamane Hamissou du Parti pour la Justice et le Développement (PJD-HAKIKA) a aussitôt suspendu ce message antidémocratique. La lettre a été certes suspendue mais l’esprit demeure, chose qui a certainement motivé les deux décisions du maire. Quoi qu’il en soit, le peuple nigérien doit rester très vigilent et savoir préserver les acquis démocratiques âprement défendu et obtenus au prix d’énormes sacrifices.

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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