Norbert Zongo : « Ce régime ne pourra pas m’échapper avec cette affaire de David Ouédraogo »

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : dimanche 13 décembre 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Justice
AUTEUR : Redaction

Empoisonnement, intimidation, menaces, corruption, etc. Norbert Zongo avait tout subi jusqu’à ce 13 décembre 1998, date fatale. « Norbert Zongo savait qu’il allait mourir. Il savait que sa vie allait se terminer ainsi : « Il savait sa mission sur la terre et à décidé de l’accomplir », témoigne Bétéo D. Nébié, chercheur et ami d’enfance de Norbert Zongo. Dans cet élément, Bétéo D. Nébié donne un témoignage poignant sur le journaliste d’investigation. De son empoisonnement à son assassinat, il n’a oublié aucun détail.

J’ai connu Norbert Zongo en 1968 quand j’étais en classe de 6e au lycée provincial de Koudougou quand lui était en classe de 4e. À l’époque, le lycée s’appelait cours normal de Koudougou. Norbert Zongo avait l’habitude d’écouter la radio BBC qu’il résumait et collait sur les caïcédra pour la lecture publique. A l’époque on nous appelait des vœux, c’est-à-dire des petits ; eux ils étaient des grands donc ils nous faisaient faire ce qu’ils veulent. C’est un peu comme un service militaire. C’est en ce moment que j’ai connu Norbert Zongo. On s’est retrouvé plus tard quand il travaillait tout comme moi. Depuis lors on est resté ensemble jusqu’à sa mort. Norbert Zongo était un homme particulier. Je ne le dis pas parce qu’il est mort mais il l’était réellement. Mon intervention va s’articuler en deux points :

Amitié et vérité !

Norbert ne savait pas faire la distinction lorsqu’il s’agissait de la vérité entre n’importe qui et son meilleur ami. Si c’est la vérité, il l’a dit. Par exemple en 1996, j’étais à l’Institut des peuples Noirs (IPN), un institut qui a été créé par Thomas Sankara pour promouvoir l’image de l’homme Noir. Norbert qui croyait beaucoup à l’Institut est venu voir notre directeur pour une interview qui sera publiée dans le Journal Indépendant qui était le journal le plus lu à l’époque. L’interview a été faite et publiée mais elle contenait des erreurs. Le directeur disait dans l’interview ceci : « depuis la tenue de l’assemblée constitutive en 1990, aucune réunion statutaire de l’IPN n’a été tenu ». Quand je l’ai lu, j’ai fait la remarque à Norbert en disant : tu as fait une erreur ici et il me répond : qu’est-ce que c’est ? Je lui ai fait savoir qu’il y a au moins deux réunions qui se sont tenues après l’assemblée constitutive. Il me demande si j’ai la preuve de ce que je dis. Je lui ai répondu par l’affirmatif en lui signifiant que je possède les procès-verbaux des deux réunions. Il les a pris. La semaine suivante, il a écrit un autre article dont le titre était ‘’Institut des peuples Noirs : les mensonges du directeur général’’. Il a démonté le directeur en petits morceaux en lui disant qu’il y a beaucoup de gens qui veulent faire le travail alors il peut céder sa place au cas où il ne veut pas le faire ou s’il est préoccupé par d’autres choses c’est également l’occasion de s’y concentrer en laissant sa place à quelqu’un d’autre. Quand le directeur a lu l’article il est devenu ‘’fou’’ et m’a convoqué dans son bureau en présence d’un autre camarade du nom de Philippe Compaoré. Il nous demande si nous avions lu l’Indépendant du jour. Nous lui avons répondu non. Il nous a fait savoir qu’il y a quelqu’un qui est entrain de trahir l’IPN. Il a appelé Norbert Zongo à l’IPN en présence de tout le monde pour l’attaquer. Norbert lui a fait savoir qu’il n’est pas sérieux et que s’il ne veut pas servir l’IPN qu’il peut rentrer chez lui. Le directeur avait eu la plus grande honte de son existence ce jour-là.

La constance d’un combat !

J’ai vu Norbert Zongo pour la dernière fois le 2 novembre 1998. J’animais une émission avec la génération Cheick Anta Diop à la radio Horizon FM. C’est de là-bas que Menez et Osiris m’ont dit que Norbert est malade. Qu’il parait qu’il a été empoisonné. Après l’émission, nous sommes allés ensemble lui rendre visite. Quand Norbert m’a vu il a exclamé en disant qu’il n’est pas encore mort par contre il va falloir revenir plus tard pour les funérailles. Il nous a expliqué en détail comment il a été empoisonné. Il nous a dit qu’il a passé à un doigt de la mort. Il a été empoisonné lors d’une conférence qu’il a donnée à Kaya. Comme il s’avait bien que le régime le guettait, il prenait le soin d’apporter même son propre eau. Mais comme la conférence devrait durer pendant deux heures de temps, il a envoyé son chauffeur dans le village suivant pour une course qui devrait durer tout au plus 1h30. Mais au bout de 2h qu’a duré la conférence, le chauffeur n’est toujours pas revenu. On l’a invité à manger mais il a décliné l’invitation en prétextant allé au marché acheter un sac à sa femme. C’était juste un argument pour attendre le retour du chauffeur. Après le marché, le chauffeur n’est toujours pas de retour. Il a été invité à nouveau à aller manger. N’ayant plus d’arguments, il a fini par accepter. Et c’est là qu’il a été empoisonné. Mais Norbert dit n’avoir vraiment pas compris comment ils se sont pris pour réussir le coup dans la mesure où ils ont mangé tous ensemble dans le même plat. Chacun s’est servi à partir d’un plat central. Le surlendemain il a senti la douleur et s’est rendu compte qu’il a été victime d’un empoisonnement. Il a téléphoné à une clinique où il a expliqué les faits et le responsable savait que Norbert pouvait en mourir. Personne n’acceptera que Norbert meure dans sa clinique, il lui demande de faire ce qu’il pouvait faire en attendant son arrivée. Norbert m’a raconté que si le chef de Kaya ne s’était pas investi personnellement, il serait mort déjà. Le chef a donc convoqué tous ses guérisseurs en leur disant que si ce type-là meurt en associant le nom de Kaya à sa mort, ils ne vivront plus avec lui. C’est ainsi qu’ils ont tout mis en œuvre pour lui sauver la vie. En sortant de chez lui, il m’a dit ceci : « Nébié, je tiens ce régime. Ils ne pourront pas m’échapper avec cette affaire de David Ouédraogo. Soit c’est eux ou c’est moi ». Je vous avoue que j’ai eu peur et j’ai dit à Norbert que dans ce face à face là, tu sais bien de quel côté pèse la balance. N’est-il pas mieux de laisser passer un peu d’air pour éviter ce face à face dont tu connais l’issue ? Mais il m’a dit : « Nébié, quand tu cherches un adversaire pendant des années et tu le coince contre un mur, tu fais quoi ? » Je n’ai pas pu répondre à cette question. C’est sur ces mots qu’on s’est quitté. Depuis lors je n’ai plus revu Norbert jusqu’à sa mort. Ceci pour dire que je suis persuadé qu’en ce moment-là Norbert savait qu’on n’allait pas le laisser. Il m’a dit à plusieurs reprises qu’il a été poursuivi. Ils ont essayé par tous les moyens. Il se protégeait comme il pouvait mais il savait quelle était l’issue de cette affaire. Il pouvait éviter l’affrontement frontal qui a amené les gens à décider de l’éliminer. Mais il a accepté son sort. Ceci m’amène à dire que je suis persuadé d’une chose et je l’ai dit que chaque être vivant qui vient au monde, signe un pacte avec Dieu de ce qu’il va faire sur la terre ; son programme de vie. Norbert avait donc découvert son programme de vie. Il savait ce pourquoi il était venu ; il savait que ça allait terminer de cette manière. La chose que je demanderai à chacun de vous est la suivante : est-ce que vous savez pourquoi vous êtes venu sur la terre ? Si vous ne savez pas, alors cherchez à le savoir sinon vous allez mener une vie inutile. J’ai passé cinq années de ma vie à me demander ce que je suis venu faire au monde. Maintenant je le sais et vous ?

Propos recueillis par Ismaël COMPAORE et transcrits par Masbé NDENGAR

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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