Nos Plages à Cotonou : empire de saletés ?

PAYS : Bénin
DATE DE PUBLICATION : mardi 21 octobre 2014
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Vous avez appris qui est décédé ?

Marchez le long des vagues de Cotonou. Les pieds nus. Le cœur enivré par le rêve. Le corps baladeur. Les nerfs remplis de fraîcheur. Les yeux fermés. Et vous remarquerez que nous sommes à l’époque de la mort de la mer. Son souffle est devenu haletant. Ses narines se bouchent de plus en plus. Et pire : nous sommes des assassins exagérément quiets. Nous ne craignons d’être condamnés par aucun tribunal. Même pas celui du remord. La nature ne cautionne pas mais, nous lui bâillonnons la bouche. L’humanité cotonouase crie sa peine mais personne ne l’entend. Nos mains se disent juste : tant pis, tant qu’on peut être des criminels pleinement en liberté. De toute façon, nous avons des complices de taille : l’impunité et l’absence de campagne de salubrité.

Vous devez donc avoir appris qui est décédé récemment ?

La mer. Les plages de Cotonou. Elles se font étrangler par nos incivilités, par notre goût à jeter pêle-mêle les sachets de friandises ou de friands, les boîtes de sucreries, les plastiques, les restes de fruits, les bouteilles abandonnés, les capsules de boissons, et … la liste elle-même est fatiguée. Et avec la dégradation grandissante de la situation, d’ici dix ans, ces lieux d’intimités, de rires, de plaisirs, deviendront nos empires à désastres. Nous n’aurons que la nostalgie des anciens bons moments comme consolation. Et nos enfants, nous leur raconterons juste qu’il était une fois des plages chez nous. Les pauvres ! Où amèneront-ils leurs chéries pour leur donner à fantasmer ?

C’est pourquoi, en attendant que nos vagues deviennent solitaires pour cause de tas d’ordures, d’immondices et d’absence d’Hommes pour les dorloter. En attendant des obsèques nationales, des questions méritent qu’on les pose :

À quand le bouche-à-bouche épurateur ?
À quand le nettoyage ?

Les pistes d’appels à bénévoles, de rentabilisation du potentiel carcéral (de nos prisonniers), de déploiement des forces armées, ne seraient-elles pas propices ?

La force du nombre ! Pourquoi pas ?!

Djamile Mama Gao (Negr’ Djamile)

« On dit ‘’il y a de plus en plus de films dans les villages’’, et hop tout le monde fait des films dans les villes. Certes, il y a de plus en plus de séries de télévision qui sont importantes dans la vie des gens, et si on ne les fait pas, ça veut dire que dans quelques années on va consommer beaucoup de choses étrangères à nous-mêmes, à notre propre culture, à notre propre imaginaire, ce qui créera une grande catastrophe, avec l’impossibilité de réfléchir par nous-mêmes. Nous les vieux on s’en sortira, mais nos enfants n’auront plus de repères, car c’est le cinéma et l’audiovisuel qui se mettent ensemble pour coloniser le monde ; c’est plus brutal parce que ça ne se passe plus avec des fusils, mais juste des images. Et déjà dans beaucoup de capitales, tu vois la manière dont les gens marchent, comment ils se comportent, sous l’influence des séries de télévision brésiliennes et américaines. Donc le mal est là, et il y a beaucoup d’images à faire de nous-mêmes et pour nous-mêmes. »

Idrissa Ouedraogo in « Idrissa Ouedraogo, militant cinématographique » Africulture, oct.2017.

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