Police béninoise : et si leur corruption avait raison

PAYS : Bénin
DATE DE PUBLICATION : lundi 27 octobre 2014
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Il y a toujours eu maintes plaintes. Des colères longtemps grondées aussi. Des revendications tout le temps écoutées mais, pour l’oubli.

De la corruption entretenue, c’est le mieux qu’on puisse dire, quand il faut indexer la question des raquettes sur les axes routiers béninois. En effet, les routes servaient de frontières pour concilier le vil et le bruit. Ou plutôt les coups de gueules et l’inaction. Mais voilà que, lorsque tout le monde s’y attend le moins, le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique prend et assume l’évidence de ses responsabilités. De quoi apaiser, atténuer, modérer, consoler, réconforter, tranquilliser, corriger, mais curieusement, toujours pas éradiquer !

Parce qu’à se satisfaire d’une ébauche de solution, l’on en vient à omettre l’essentiel.

Croire que c’est uniquement par malhonnêteté ou par voracité, que nos frères, sœurs, cousins, cousines, oncles, tantes, pères, mères, etc., de la fonction policière, font des malignités ambulantes, ce serait mal les connaître et mal apprécier les faits de façon précisément précise. D’après nos renseignements, ce qui pendant plus de dix ans est la cause de ces incivilités policières, c’est d’abord… leur SALAIRE. Pour des gens qui risquent leur vie, et la quiétude de leurs proches (surtout en ces temps où les films inspirent de nombreux fainéants devenus braqueurs), leur salaire frôle le ridicule. L’insignifiance de celui-ci instaure un mal-être existentiel. Le sentiment d’en donner plus qu’on en reçoit. L’impression d’être asservi plutôt que de servir. Avec en plus, le regard du ridicule que les béninois attribuent à la fonction en elle-même. Ainsi, l’habitude devenue seconde rature, ne pourrait que revenir au galop, bien que les institutions étatiques aient décidé de remettre de l’ordre.

C’est pourquoi, il ne suffirait pas d’une répression pour fragiliser la machine à piller policière. Il faudrait probablement panser leur panse. La main qui n’a de saletés à se faire ronger, ne saurait cacher ses ongles par honte. Autrement, tant que leur rentabilité mensuelle ne semblerait être à la hauteur (approximative) des risques qu’ils prennent (bien que cela reste impossible), mille lois ne suffiraient donc pour restreindre l’escroquerie. Ça ne ferait éventuellement que le délocaliser. Les stratèges mûriraient. De nouveaux postes d’indélicatesses ne feraient que poindre. Si ce n’est déjà le cas dans les artères de Zongo et autres.

Bien qu’ayant voulu rétablir une prise de conscience intrinsèque pour une confiance mutuelle et collective entre police et population béninoise, l’héritage de la prise de responsabilité du Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, reste le dévoilement de la face cachée de cette préoccupation. Une décision qui conduit à affronter la réalité dans son aspect le plus négligé. Ventre non repu, ne craint point d’être futé. C’est pourquoi, articuler les efforts dans le sens du rehaussement du gain des policiers béninois (prioritairement des hommes de terrain), ne ferait que donner force et pouvoir à la sanction institutionnelle.

Djamile MAMA GAO (Negr’ Djamile)

« On dit ‘’il y a de plus en plus de films dans les villages’’, et hop tout le monde fait des films dans les villes. Certes, il y a de plus en plus de séries de télévision qui sont importantes dans la vie des gens, et si on ne les fait pas, ça veut dire que dans quelques années on va consommer beaucoup de choses étrangères à nous-mêmes, à notre propre culture, à notre propre imaginaire, ce qui créera une grande catastrophe, avec l’impossibilité de réfléchir par nous-mêmes. Nous les vieux on s’en sortira, mais nos enfants n’auront plus de repères, car c’est le cinéma et l’audiovisuel qui se mettent ensemble pour coloniser le monde ; c’est plus brutal parce que ça ne se passe plus avec des fusils, mais juste des images. Et déjà dans beaucoup de capitales, tu vois la manière dont les gens marchent, comment ils se comportent, sous l’influence des séries de télévision brésiliennes et américaines. Donc le mal est là, et il y a beaucoup d’images à faire de nous-mêmes et pour nous-mêmes. »

Idrissa Ouedraogo in « Idrissa Ouedraogo, militant cinématographique » Africulture, oct.2017.

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