Procès Hissène Habré : Enfin la justice pour les victimes ?

PAYS : Autres Pays
DATE DE PUBLICATION : lundi 20 juillet 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Justice
AUTEUR : Redaction

En 1982, après des longues années de guerres, Hissène Habré accède à la magistrature suprême du pays. Il a régné sans partage, dans un bain de sang sur le Tchad pendant huit ans. Huit années au cours desquelles plus de 40 000 âmes Tchadiennes ont été ensevelies. Et que dire des orphelins, des veuves, des veufs ? Ils sont les laissés pour compte. Il est accusé de crime contre l’humanité, crime de guerre et actes de torture. Son procès qui s’ouvre ce 20 juillet 2015 à Dakar n’est rien d’autre que l’aboutissement du vœu des victimes, la soif de la justice.

Le régime de l’ancien président Hissène Habré au Tchad a été responsable, en huit ans de répression (1982-1990), de milliers de cas d’assassinats politiques, de disparitions, de tortures et de détentions arbitraires. Et c’est vingt-cinq ans après que son procès s’ouvre à Dakar, son exil doré. Enfin un espoir pour les victimes qui ne demandaient pas mieux que ça. Il comparait donc ce 20 juillet 2015 devant les juges. Faisons un tour sur les évènements douloureux de l’œuvre déshumanisante de l’ère Habré de 1982 à 1990.

Des morts et encore des morts. Des dizaines des milliers de morts jonchaient l’étendue du territoire national. L’atmosphère était étouffée par les cris des vivants. L’horreur appelait l’horreur. La tranquillité avait cédé la place à la terreur. La violence était considérée comme un nouvel ordre national. Chaque jour suffit sa peine ; avec son lot de cadavres. Dieu avait abandonné le Tchad, pouvait-on avoir le droit d’y penser. Le pays n’avait que l’odeur de pourriture ; de cadavres humains. L’eau avait pris la couleur du sang. Il n’y avait que les charognards, oiseaux maléfiques qui planaient dans le ciel. Le chien n’aboyait presque plus. Tout était éteint, tout s’arrêtait. La vie avait-elle le droit de reprendre son cours ? Personne ne pouvait répondre par l’affirmatif. Les vivants n’avaient que le souvenir d’un père, d’une mère ou d’un proche qui n’est plus. Tout n’était que triste souvenir. La peur était présente, omniprésente. Le cauchemar se succédait de nuit en nuit. Les papilles gustatives avaient perdu le goût des saveurs : tout était fade, sans saveur. On comptait plusieurs cadavres par famille.

Une Commission d’enquête qui avait été mise en place a estimé le sombre bilan des années Habré à plus de 40 000 victimes, 80 000 orphelins, 30 000 veuves et 200 000 personnes se trouvant, du fait de cette répression, sans soutien moral et matériel. Les survivants étaient considérés comme de nouvelles cibles à abattre.

Qui aurait cru que l’enfant qui naissait en 1942, au fond du Faya Largeau, était le tombeur de ses compatriotes ? Personnes. Pourquoi, Hissène Habré avait cette haine viscérale contre la nation Tchadienne ? Les raisons sont simples et injustifiées.
Dès les premières heures de la prise du pouvoir de Habré, son émissaire, Hagar Omar avait confié aux populations du Sud du pays que leurs parents viendront du Nord pour coloniser le Sud et que tous les récalcitrants seront tués. La cause : le Sud « kirdi », population chrétienne et animiste. L’autre raison est qu’il fallait établir un équilibre entre le sud qui regorgeait des cadres et le nord qui en était dépourvu. C’est ce qui a conduit au génocide qui a eu cours au sud, dont le bandit chef n’était rien d’autre qu’Idriss Deby, l’actuel président.

Habré s’en prenait également aux Arabes du Nord qu’il considérait comme des traitres. Mais en quoi sont-ils des traitres ? Seul lui détenait la réponse.

Quelques formes de torture

La torture était une pratique généralisée dans les centres de la fameuse Direction de la Documentation de la Sécurité (DDS). Elle était utilisée par les agents de la DDS lors des interrogatoires et servait à faire avouer la victime ou à lui soutirer des informations. Parmi les formes de tortures les plus communes : le ligotage, l’ingurgitation forcée d’eau, le pot d’échappement, la décharge électrique, la flagellation, l’extraction d’ongles, les brûlures au moyen des corps incandescents, etc. Difficile situation mais la vie doit reprendre.

De l’espoir au désespoir

Malgré le silence de l’angoisse, la vie reprend, elle doit reprendre car le vent continue a soufflé, l’eau coule à nouveau au robinet. La conviction qui se mêlait à l’illusion renait peu à peu. Chacun regarde la tombe de son proche d’une manière lointaine à travers l’horizon blafard. Mais tout reste gravé dans le cœur de chacun : difficile d’oublier mais il faut bien passer à autre chose. Mais comment ? Enigme ! Malgré cette peur noire, revient l’envie de continuer. La vie doit reprendre maintenant. L’envie de rendre justice, pour apaiser le cœur des uns et des autres et leur permettre de faire le deuil de leurs proches semble redonner l’espoir aux Tchadiens. Mais est-ce que ces derniers sont vraiment prêts à tourner la page sombre de cette histoire ? Difficile de répondre par l’affirmatif car le génocide perpétré au Sud du pays restera encore gravé pendant longtemps dans la mémoire collective.

En 1990 Deby chasse le dictateur Habré par une rébellion venue du Darfour. « Peuple Tchadien je n’ai ni or ni argent pour vous mais la liberté », avait promis le nouvel homme fort du pays à ses compatriotes. L’homme providentiel dont le peuple attendait est enfin arrivé, s’exclamait ainsi le Tchadien lambda. Mais le peuple va vite désenchanter car il n’aura pas le changement tant rêvé mais, il assistera plutôt à l’alternance d’un dictateur féroce par un autre déguisé !

Masbé NDENGAR

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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