Ras Bath ou le ras-le-bol de la jeunesse malienne

PAYS : Mali
DATE DE PUBLICATION : vendredi 11 août 2017
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Le Mali est un pays qui traverse une zone de forte turbulence depuis le démantèlement de la république islamique de la Libye en 2011. À cette instabilité sécuritaire créée par le retour de certains combattants touaregs de la Libye, s’ajoute l’incessante volonté indépendantiste des jeunes touaregs du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad).

Crédit photo : MaliTribune


Au coup d’État des mutins de Kati, la caserne a succédé la déstabilisation militaire et une prise du contrôle des trois grandes régions du nord (Kidal, Gao et Tombouctou). Une multitude de groupes armés chapeautés par la grande centrale du terrorisme AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique), Ancardine de l’ancien rebelle Iyad Agali, le Mujao …

De l’intervention française à la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation en juin 2015, en passant par l’élection de IBK à la présidence, l’installation de la mission des Nations Unies au Mali (Minusma) et les multitudes d’attentats et de combats opposant les groupes armés qui se sont créés et ajoutés à ceux existant, le pays a continué à glisser sur un terrain bien dangereux.

Il est inutile de rappeler le discours du président IBK qui tournait autour de la restauration de l’État malien et de la lutte contre la corruption. Il n’en a rien été.
C’est à croire qu’il a brigué ce poste pour prendre sa revanche sur cette populace malienne. Ces personnes qui l’ont élu à plus de 77%, pour lesquelles, lui, son gouvernement, sa famille et son parti semblent avoir un dédain d’une ampleur incroyable.

Ras Bath et d’autres ont été comme imposés par la situation. Ils sont devenus les portes drapeaux d’une jeunesse qui semble se rendre compte du fossé que la classe politique a créé entre les citoyens. Ils dénoncent les tares des gouvernants dans un langage presque ordurier. Ils interpellent, affublent ces dirigeants de surnoms moqueurs.

Avant l’arrestation de Ras Bath (qu’il a signalé par les réseaux sociaux) il y a eu le sommet Afrique France, sa préparation et tous ces mécontents créés par l’ordonnance du gouverneur de Bamako. La grande majorité des jeunes vivent de débrouillardise à Bamako. Ils ont de petits kiosques dans les rues, certains vendant leurs objets à la sauvette.

Ami Kane y a mis fin. Ras Bath ne s’est pas fait prier pour dénoncer ces actions de déguerpissement pour un sommet qui ne fait que consacrer le larbinisme primaire de notre gouvernement envers la France. La situation lui a donné beaucoup d’autres sujets. Pratiquement chaque ministre en a pris. Les fans n’ont fait qu’augmenter parmi cette classe de jeunes.

Ras Bath en devient leur guide. Les pages et les petits ras-le-bol aussi sur Facebook. La révision constitutionnelle votée en catimini par la majorité acquise au gouvernement a amplifié le mouvement d’indignation et de rejet.

Des milliers de jeunes descendent dans les rues de Bamako à 3 reprises sur appel de la plateforme du NON et pour protéger Ras Bath condamné à un procès durant une tournée en Europe.

Mais Koulouba (le palais présidentiel malien) reste buté dans sa position. Décidé certainement à garder le cap. Son cap. Voulant imposer ses tripatouillages constitutionnels. Refusant de voir la réalité : le peuple risque de retirer sa confiance au président IBK et le pays risque d’être encore une fois dans une instabilité politique qui ne peut arranger nos problèmes sécuritaires. Les mêmes groupes armés qui ont pris le contrôle des 3 régions du nord peuvent le faire aisément présentement, malgré la présence de Barkhane ou de la Minusma.

Aucune de ces forces ne fera la guerre de la souveraineté à la place de l’État malien. Pire. Ils ne laisseront pas l’État le faire aussi.

L’accord pour la paix n’est pas une garantie. Combien d’accords ont été signés ?
Maintenant, il serait temps de retirer ce projet de référendum et penser aux problèmes réelles de la jeunesse, y apporter des solutions durables.

Article initialement publié sur le blog de Fatouma Harber
Mail : fatoumaharbert@gmail.com

« Effectivement, j’ai reçu la visite de deux personnes venues pour me demander pardon. Je leur ai demandé de quel pardon s’agit-il ? ai-je offensé quelqu’un ? Ils m’ont répondu qu’il s’agit de la mort de Norbert. Que de juste accepter le pardon. Blaise a dit qu’il n’est au courant de rien donc j’ai confié l’affaire à Dieu. Même si Blaise avait reconnu la mort de Norbert je ne peux en aucun cas prendre l’argent de son assassin. Même dans 100 ans Dieu va agir. Même si je ne suis plus vivante, rassurez-vous que justice sera faite. Assassiner de manière aussi violente, Dieu va agir », feu Augustine Zongo, mère du journaliste Norbert Zongo.

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