Réunion annuelle des géomanciens du Niger : La terre a parlé !

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : vendredi 17 avril 2015
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Au Niger, les cultes animistes sont notoirement connues dans le pays Haussa, à Dogondoutchi à Gazaoua, en passant par Birni N’Konni et Tibiri dans le Gober. Malgré l’influence des religions monothéistes (l’islam et le christianisme) dans nos sociétés, ces pratiques ne sont pas totalement parties. Par tradition, à l’approche des cultures, les communautés des féticheurs, des voyants et autres vodous se réunissent pour informer l’opinion nationale de ce que serait l’année ; la nouvelle saison de pluie. À travers une cérémonie appelée « Ouverture de la Brousse ». À Tahoua, c’est dans un village de Massalata qu’est organisée chaque année cette cérémonie. Grace à elle, les géomanciens donnent le coup d’envoi pour le défrichage des champs ainsi que celui du début de la chasse pour les initiés.

En Afrique de façon générale et au Niger en particulier, les féticheurs ont un pouvoir mystique. Ce sont des animistes, des conservateurs d’une très ancienne religion de l’Afrique noire. Ils ont un grand rôle dans les prises de décision dans nos sociétés traditionnelles. Au nom de la liberté de religion et du culte, cette croyance n’est pas prête à disparaitre. La cérémonie proprement dite de « l’Ouverture de la Brousse », commence au 14eme jour du 4eme mois hégirien. C’est un grand rassemblement annuel qui regroupe beaucoup de curieux venants de tous les quatre coins du pays. La manifestation est organisée chez le roi des féticheurs. Il doit, avec les autres géomanciens invités, faire « parler la terre » et prédire la nouvelle campagne des cultures. Tous s’assoient sur le sol. Le chef pose l’une de ses jambes sur un bloc de sel. Aucun d’eux ne porte une coiffure. Autour d’eux, les autres cadeaux offerts par le chef coutumier composé surtout des dattes, noix de cola et tabac. Une bande de curieux les encerclent ensuite. Aucune femme n’assiste à la cérémonie (une autre injustice qu’elles doivent désormais ajouter dans leur cahier de doléances). Pendant toute la durée de la cérémonie, les yeux sont rivés vers le groupe des féticheurs. Avec leurs doigts, ils dessinent des traits sur le sol qu’ils effacent immédiatement tout en murmurants des paroles qu’eux seuls connaissent le sens. Cette opération peut durer des minutes avant le verdict final qui est divulgué en public. Après, ces résultats sont communiqués aux autorités administratives et costumières (malgré qu’elles soient présentes ou représentées).

Cette année, les traits dessinés sur le sable ont parlé. Selon eux, la saison sera favorable à toutes les cultures. Les récoltes seront aussi abondantes. La réunion annuelle des féticheurs du Niger aussi a révélé qu’il y aura au pays une pluie abondante mais suivie de vents violents. Les populations doivent faire beaucoup d’aumône. Des animaux doivent être sacrifié et leur viande (crue) distribuée. Pour ceux qui n’ont pas d’animaux, ils peuvent cuire des céréales et les partager au plus démunies. Vrai ou faux, personne ne peut confirmer ou infirmer ces dires. Chaque années, les prédictions de ces géomanciens sont les mêmes.

Le Niger est un pays à forte dominance musulmane. Cette dernière interdit formellement la géomancie et toute forme de divination. Car, nul ne peut connaitre le destin de l’autre. Mais, leur rôle de grands guérisseurs est reconnu par tous. Rares sont au Niger ceux qui n’ont pas fait recours à leur services. Beaucoup de nos hommes politiques font appellent à ces sorciers dans leur prise de décisions avec de graves conséquences sur la vie de la nation. Qu’ils s’agissent d’un mariage, d’une recherche d’emploi ou toute autre entreprise humaine, les candidats ne croient pas à la chance. L’accord d’un féticheur est nécessaire.

Article initialement publié sur le blog de Tedjane

« On dit ‘’il y a de plus en plus de films dans les villages’’, et hop tout le monde fait des films dans les villes. Certes, il y a de plus en plus de séries de télévision qui sont importantes dans la vie des gens, et si on ne les fait pas, ça veut dire que dans quelques années on va consommer beaucoup de choses étrangères à nous-mêmes, à notre propre culture, à notre propre imaginaire, ce qui créera une grande catastrophe, avec l’impossibilité de réfléchir par nous-mêmes. Nous les vieux on s’en sortira, mais nos enfants n’auront plus de repères, car c’est le cinéma et l’audiovisuel qui se mettent ensemble pour coloniser le monde ; c’est plus brutal parce que ça ne se passe plus avec des fusils, mais juste des images. Et déjà dans beaucoup de capitales, tu vois la manière dont les gens marchent, comment ils se comportent, sous l’influence des séries de télévision brésiliennes et américaines. Donc le mal est là, et il y a beaucoup d’images à faire de nous-mêmes et pour nous-mêmes. »

Idrissa Ouedraogo in « Idrissa Ouedraogo, militant cinématographique » Africulture, oct.2017.

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