Tchad : les raisons inavouées de l’expulsion manu militari du journaliste Laurent Correau

PAYS : Autres Pays
DATE DE PUBLICATION : vendredi 26 juin 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Médias
AUTEUR : Redaction

Il a été humilié, frappé et expulsé manu militari du Tchad. C’est le calvaire que Laurent Correau, journaliste de la Radio France internationale (RFI) a vécu dans la journée du mardi 23 juin 2015 dans la capitale tchadienne, N’Djaména. La raison officielle de son expulsion avancée par les autorités tchadiennes : le manque d’accréditation. Arrivé le 18 juin à N’Djaména, Laurent Correau s’est rendu au secrétariat général de la communication pour accomplir les formalités d’accréditation. Les agents du ministère lui ont signifié qu’il pouvait commencer son travail, même sans autorisation écrite. Mais hélas, le travail ne sera jamais effectué.

Ce n’est pas par hasard que le Tchad est 135e au classement mondial sur la liberté de la presse 2015, selon Reporters sans frontières (RSF). Les journalistes ne sont pas les bienvenus en territoire tchadien. Le journaliste de RFI s’était rendu au Tchad pour une série de reportages dans le cadre du procès de l’ancien dictateur tchadien, Hissène Habré prévu pour se tenir le 20 juillet 2015 à Dakar. Sa présence à N’Djaména est dérangeant pour les autorités tchadiennes dans la mesure où l’affaire Hissène Habré (HH) n’a pas encore fini de livrer tous les secrets. Dans ladite affaire, il serait très difficile que l’actuel président tchadien, Idriss Deby, puisse sortir sans se mouiller les doigts.

En effet, ce dernier a été successivement conseillé militaire, premier ministre et chef d’état-major général des armées du dictateur Habré. On se rappelle encore comme si c’était hier du fameux « septembre noir 1984 » au Sud du pays. Une période au cours de laquelle des centaines de milliers d’innocents ont été massacrés. L’auteur de ce « pogrome » serait bien Deby. En plus il est l’un des rares chefs, survivant de la fameuse Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS).

Des vagues d’arrestation...

Pour les habitués de l’actualité tchadienne, cette expulsion est un non événement. En rappel, en moyenne dix journalistes sont interpellés ou incarcérés annuellement au Tchad. Février dernier, Alain Serge Zogbo, rédacteur en chef du journal Libération a été en garde à vue plusieurs fois sans réel motif. Après de multiples tracasseries il a été expulsé sans ménagement dans son pays, la Côte d’Ivoire. Sa sécurité est à craindre dans la mesure où il a fui son pays pendant la crise post-électorale. Presque au même moment, c’est-à-dire le 22 juin, un jour avant la mésaventure de Laurent Correau, le directeur de publication du journal Alwihda et du site Alwihda Info, Mahamat Ramadane, a été arrêté alors qu’il filmait des arrestations musclées des étrangers résidant au quartier Paris-Congo à N’Djamena. Quelques jours avant Mahamat Ramadane, c’était la journaliste et réalisatrice tchadienne, Zara Yacoub qui a été incarcérée pendant plusieurs jours avant d’être libérée. La cause de son arrestation : affaire privée, a signifié les autorités policières. Que dire d’Éric Topona et des autres journalistes qui n’ont pas trouver mieux que de s’exiler. La liste est longue.

Cette situation rappelle combien de fois la démocratie n’est qu’un leurre au Tchad, une démocratie de trompe-l’œil. Petit à petit, le Tchad est entrain d’occuper une bonne place dans le cercle fermé des pays austères à la liberté de presse et aux droits humains. Les jours à venir ne seront pas de tout repos pour les journalistes car nous sommes à la veille de 2016, année électorale au Tchad, année de tous les dangers pour la presse. Pour les professionnels du métier qui tiennent à leur vie, abstenez-vous !

Masbé NDENGAR

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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