Togo – Une mascarade électorale de plus, une mascarade électorale de trop ?

PAYS : Togo
DATE DE PUBLICATION : mercredi 6 mai 2015
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Il sera impossible d’obtenir un résultat dans la mascarade électorale qui se déroule une fois de plus au Togo. Il sera aussi impossible de dire si le résultat a été inversé ou pas. Le processus électoral était inéquitable en amont, il se termine en dehors de toute légalité à la Cour constitutionnelle après un coup de force à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Rien de cela ne serait possible sans les forces armées qui sont intervenues dans les locaux de la CENI et s’affichent dans les rues de Lomé pour empêcher la population de contester.

Pour maquiller les fraudes massives, prévues de longues dates, le dictateur togolais a été obligé de montrer qu’il imposait sans vergogne le résultat. Les diplomates internationaux et la presse sont interpellés par ce niveau de cynisme ostentatoire et hésitent sans doute pour les suites. Les arguments habituels pour proposer une dialectique équilibrée et des excuses à un régime non démocratique de ne pas accepter suffisamment les règles de la démocratie ne fonctionnent pas. Ces arguments, sous entendus dans les appels à contester légalement le résultat, sonnent faux, en dehors de la réalité. Il n’y a pas d’excuse sécuritaire possible au Togo. L’argument du devoir d’éviter des morts dans des manifestations renvoie aussi à l’image d’une répression dont les excès sont gommés et l’image correctement gérée. Les journalistes togolais qui admettent le résultat sont vus comme acceptant la dictature, les personnalités qui soutiennent le régime sont soupçonnées d’être corrompues.

La dictature togolaise montre sa cruelle réalité, alors que l’Afrique est entrée en 2015 et 2016 en période électorale intense avec 26 présidentielles et 24 législatives, 50 élections dans les 55 pays[1]. Une alternance dans un contexte de guerre vient de survenir au Nigéria et vient de rassurer sur la possibilité qu’a l’Afrique de se démocratiser. Les yeux étaient tournés vers le Togo parce qu’une fois de plus ce pays permettrait de juger, en début d’une phase, du rapport de force africain entre démocrates et systèmes dictatoriaux. Pourtant, les démocrates togolais n’avaient pas obtenu avant le scrutin de soutien international visible. Le contexte du processus électoral ne permettait pas de prévoir un processus électoral équitable et transparent, et le régime togolais est resté jusqu’à ce jour, 4 mai 2015, dans la continuité du refus des règles de la démocratie, affichant sans complexe ses caractéristiques de dictature durable.

Le contexte du processus électoral : la création en amont des conditions de la fraude

Un processus électoral ne peut être étudié sans considérer son contexte. Il existe dans une réalité issue d’une histoire, une réalité politique, sociale, juridique, culturelle, qui lui donne sens ou non. En particulier, l’Etat de droit nécessaire au déroulement du processus électoral est plus large que le droit qui fonde le processus électoral lui-même.

Les togolais se battent depuis plus de 25 ans pour le droit à des élections libres et transparentes. Le néocolonialisme français dominait au Togo au moins jusqu’à la mort d’Eyadéma et au départ de Chirac, et les gouvernements français ont ainsi participé au maintien de la dictature puis au transfert de pouvoir ‘monarchique’ en 2005. L’ONU est arrivée après les massacres du coup d’Etat militaire et électoral. Puis de 2005 à 2010, l’influence de l’Union européenne a augmenté avant de refluer. Depuis 2010, il est visible que le système dictatorial résiste surtout par sa force propre et des soutiens africains déterminants.

Lire la suite sur le blog Regard * Excentrique de Régis Marzin

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. »
Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

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