Visa entre le Mali et le Cameroun, les non-dits !

PAYS : Mali
DATE DE PUBLICATION : jeudi 31 mars 2016
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Le visa entre le Mali et le Cameroun est rentré en vigueur le 8 septembre 2015. On nous fait savoir que c’est parce que le Mali est devenu une passoire et le refuge des djihadistes que les deux autorités ont jugé nécessaire de la ré-instauration du visa entre les deux pays.

Mais apparemment, ce ne sont pas les seuls mobiles, le site d’information en ligne « La nouvelle expression » dans son article : Cameroun-Mali, Biya case un Texte d’Ahmadou Ahidjo, relate que : « c’est à la demande pressante de la CEMAC (Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale) de manière générale et de la Guinée Équatoriale en particulier, se plaignant que les détenteurs du passeport et de la carte d’identité nationale du Mali s’adonnent à des activités illicites », que l’État Camerounais s’est vu dans l’obligation de réinstaurer le visa avec le Mali de commun accord.

Cela n’étonne guère, si le passeport et la pièce d’identité maliens se vendent comme des sucettes chez le boutiquier du coin de la rue. Avec des sommes modiques de moins de 200.000F CFA, ce n’est pas seulement un africain (anglophone, lusophone…) mais un occidental (un toubab, blanc-blanc) a aussi la latitude d’être détenteur du jour au lendemain du passeport malien. Nos autorités ont démissionné. Être malien ne veut simplement rien dire. L’Homme malien a été détruit, démantelé, il est prêt à tout pour sa pitance. Allez-y chez nos voisins de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso ou encore du Togo pour tenter de se procurer leur pièce d’identité. Ce sont des gens qui sont fiers d’être des Togolais ou des Ivoiriens. Ils défendent leur patrie corps et âme, pas comme nous les maliens. Nous n’avons le patriotisme que dans la bouche et non dans le cœur.

Quand RFI, dans sa publication ‘’Terrorisme : ré-instauration du visa entre le Mali et le Cameroun’’, nous informe : « qu’une des astuces des combattants de Boko Haram est d’obtenir de faux passeports camerounais moyennant de fortes sommes afin de partir de l’Afrique Centrale. Ils arrivent ensuite à Bamako, où ils n’ont alors pas besoin de visa. Une fois sur place, ils se débrouillent pour obtenir un passeport malien, qui leur permet de se rendre librement dans des pays comme l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, situés aux portes de l’Europe. » Ici également, RFI avance que les terroristes obtiennent des faux passeports camerounais, mais une fois à Bamako, contrairement au Cameroun, ils se débrouillent pour acquérir le passeport malien, pas le faux mais le vrai passeport malien.
L’Homme malien, qu’es-tu devenu pour vendre ton passeport à une autre nationalité ? Jadis, mû d’un patriotisme pointu. L’Homme malien, pourquoi es-tu devenu si méconnaissable pour monnayer ta pièce d’identité nationale ? Dans le temps, réputé être un citoyen sincère, qui avait horreur du vol, du pot-de-vin. L’Homme malien, qu’as-tu fait de tes valeurs sociétales et ancestrales ? Lesquelles faisaient la fierté d’être malien.

Rappelons que c’est le président Modibo Keïta, d’après Cheick Oumar Diarrah, qui était « celui qui était l’incarnation réelle de la personnalité malienne, de la dignité nationale de ce peuple orgueilleux de son histoire » qui initia et facilita avec son homologue Ahamadou Ahidjo une convention de libre circulation des hommes et des biens entre les deux pays. Cette convention fut signée à Bamako le 6 juin 1964 par Mamamdou Madeira Keïta, ministre de la justice et Benoît Balla alors ministre camerounais des Affaires étrangères. Avec la convention de 1964, les citoyens des deux pays pouvaient faire le déplacement entre le Mali et le Cameroun et vice versa sans la contrainte d’un visa. Est-il encore nécessaire de dire que le Cameroun est un pays de l’Afrique Centrale et qu’il existait le visa entre les pays de cette région ? Nonobstant que le Mali soit situé en Afrique de l’Ouest, il n’existait pas de visa entre ces deux Républiques.

Qu’avons-nous fait du Mali de Modibo Keïta ?

Article initialement publié sur le blog d’Issa Balla Moussa Sangaré

Un vieux maître d’Afrique disait : il y a « ma » vérité et « ta » vérité, qui ne se rencontreront jamais. « LA » Vérité se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de « sa » vérité pour faire un pas vers l’autre…

Amadou Hampâté Bâ

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